L’art de la guerre ne permet pas de remporter les batailles

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Lire le traité de Sun Tzu ne suffit pas à gagner les guerres

Nous nous sommes interrogés dans le précédent billet sur le caractère obligatoire ou non de considérer L’art de la guerre comme un système complet et indissociable dont la cohérence globale reposerait sur la mise en œuvre de la totalité des règles, excluant tout picorement de préceptes.

En réalité, le débat ne se situe pas à ce niveau du pour ou contre l’indivisibilité du système. En effet, la pensée stratégique ne doit pas nécessairement produire des dogmes, ni rechercher des vérités immuables et transcendantes. Elle doit plutôt chercher à mettre l’esprit en mouvement. Les principes qu’elle dégage n’ont rien d’immuables. Pour éviter le piège de la confusion entre « principe » et « dogme », rappelons les propos du professeur et stratégiste Hervé Coutau-Bégarie : « En réalité, les principes à la guerre n’ont la valeur féconde d’un principe que pour ceux qui les ont dégagés, ou retrouvés eux-mêmes au cours de leur travail personnel. » Le stratégiste revient en effet à de très nombreuses reprises dans son Traité de stratégie sur les limites à fixer aux recettes fournies par tous les traités militaires. Dans son chapitre (de près de 100 pages) « La stratégie en tant que méthode », il indique que la notion de système complet, si elle peut effectivement avoir du sens, ne peut être réellement appliquée. Aucun stratège n’a en effet jamais strictement mis en œuvre un système qu’on lui aurait enseigné : il recrée toujours son propre système à partir de ses enseignements, ses lectures, ses expériences, son génie et de multiples autres facteurs sans rapport direct. En définitive l’essentiel n’est pas de trouver des principes mais bien de les chercher. Ainsi, nier la possibilité de disséquer Sun Tzu, c’est refuser aux générations actuelles et futures le droit de mettre l’esprit en mouvement afin justement de dégager de nouveaux principes ou d’en redécouvrir. Il n’est pas ici question de se soumettre à une école de pensée qui n’aurait pas de sens aujourd’hui car totalement anachronique, mais d’aller chercher chez Sun Tzu comme chez les autres matière à réflexion.

Dans sa thèse intitulée Les sept classiques militaires dans la pensée stratégique chinoise contemporaine[1], Laurent Long estime que la notion de « système » est une vision que les Occidentaux veulent à tout prix plaquer sur un texte qui n’a à l’origine pas cette ambition :

Dans ce contexte où les Classiques [sous-entendu : les « classiques militaires chinois », dont L’art de la guerre est un des piliers] sont cultivés pour leur aspect concret […], les analystes de la question pourraient être tentés de parler de « doctrine stratégique ». L’idée serait séduisante [car elle permettrait d’assimiler les Classiques] à des principes contraignants dont la connaissance permettrait de prévoir – pour ainsi dire à coup sûr – les réactions et les comportements des armées, des diplomates ou des commerçants des pays qui en font leurs références stratégiques. Les Occidentaux se sont habitués, depuis les Grecs et le christianisme, à rechercher un système d’explication complète du monde, et à envisager l’action à partir de principes conçus comme immuables et éternels, beaux et bons, pouvant inspirer les conduites de manière constante et absolue. Dans le domaine militaire, cette disposition, se voulant guidée par la raison, cherche à donner une réponse déterminée à une menace précise.

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La tentation du système monolithique

Sun Tzu et Moïse : même combat ?

Sun Tzu et Moïse : même combat ?

Peut-on considérer L’art de la guerre comme un simple catalogue de maximes, ou s’agit-il d’un système complet et indissociable dont la cohérence globale repose sur la mise en œuvre de la totalité des règles, excluant tout picorement de préceptes ?

Force est en premier lieu de constater que l’utilisation commune du traité de Sun Tzu consiste à y piocher la citation à même d’illustrer un propos. Le panel est en général d’ailleurs relativement réduit : « Qui connaît l’autre et se connaît, en cent combats ne sera point défait », « Remporter cent victoires après cent batailles n’est pas le plus habile ; le plus habile consiste à vaincre l’ennemi sans combat », sans oublier au passage quelques citations apocryphes !

Sans nécessairement qu’il soit question de malhonnêteté intellectuelle, ne pas considérer le système suntzéen comme un tout peut conduire à une méprise sur le sens véritable d’une maxime. Par exemple :

« La prévision [du déroulement de la bataille] n’est pas tirée de l’analogie avec le passé […]. Elle provient uniquement des renseignements obtenus auprès de ceux qui connaissent la situation de l’adversaire. » (chapitre 13)

Cette citation pourrait être interprétée comme un rejet de l’histoire militaire, ou, tout au moins, de l’érudition pédante des historiens prompts à donner des conseils aux guerriers. Le contexte immédiat de la phrase, qui n’a guère de rapport, ne contredirait d’ailleurs pas cette interprétation :

« Un prince avisé et un brillant capitaine sortent toujours victorieux de leurs campagnes et se couvrent d’une gloire qui éclipse leurs rivaux grâce à leur capacité de prévision. Or la prévision ne vient ni des esprits ni des dieux ; elle n’est pas tirée de l’analogie avec le passé pas plus qu’elle n’est le fruit des conjectures. Elle provient uniquement des renseignements obtenus auprès de ceux qui connaissent la situation de l’adversaire. Il existe cinq sortes d’agents. » (s’ensuit la description des différentes sortes d’agents secrets)

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A la recherche du 5e critère

Lecteurs, votre aide est requise !

Lecteurs, votre aide est requise !

Dans le billet Les raisons du succès de Sun Tzu, nous avions identifié quatre facteurs susceptibles d’expliquer pourquoi L’art de la guerre était aujourd’hui si populaire dans le monde civil : l’ancienneté, la brièveté, la superficialité et le thème de la conflictualité. Ainsi :

  • Le manuel de tactique de l’armée de Terre[1] est bref, militaire, et foisonne d’injonctions concrètes, mais peut difficilement se prévaloir de son ancienneté…
  • L’Arthashâstra de Kautilya est un texte ancien, traitant essentiellement de la conflictualité sous l’angle militaire, mais aussi politique, administrative et économique, composé de formules claires, mais extrêmement long : 500 pages réparties sur 15 livres.
  • Le Prince de Machiavel peut également être considéré comme bref, ancien et traitant de la guerre, mais ne se présente pas comme une succession d’injonctions claires et épurées.
  • Le Tao Tö King de Lao Tseu est concis, intelligible et ancien, mais n’a pas pour sujet central le conflit (bien qu’il en traite à plusieurs reprises).

Ces quatre facteurs nous paraissent donc raisonnablement concourir au succès de L’art de la guerre. Toutefois, force est de reconnaitre qu’ils ne sont pas encore suffisants : des traités comme ceux de Wou Tseu[2] ou de Sun Bin[3] répondent bien à tous les critères, mais demeurent relativement inconnus du grand public. Il reste donc au moins une caractéristique à identifier.

Se pourrait-il que ces traités soient trop accrochés à leur époque et pas suffisamment intemporels ? Possible. Cependant, L’art de la guerre regorge lui aussi de préceptes caducs, mais leur dépassement ne semble guère poser de problèmes. Le critère n’est donc pas valable.

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Trouve-t-on du conflit dans tous les domaines ?

The Art Of War For Parenting Your Teenage Child: How To Win A War You Didn't Even Know You Were In

Sous-titre de l’ouvrage : « Comment gagner une guerre à laquelle vous ignoriez que vous participiez »…

Les transpositions du traité de Sun Tzu aux activités autres-que-la-guerre sont légions. Certaines sont aussi improbables que le régime, l’écriture de livre, l’éducation des enfants, voire la prédiction des résultats de la coupe du monde de football !… Nous nous étions d’ailleurs amusés le 1er avril dernier à pasticher ce type de transpositions.

Nous avions évoqué dans notre avant-dernier billet que le thème de la conflictualité était la plupart du temps l’angle d’attaque sous lequel ces transpositions voyaient le jour. Mais y a-t-il réellement du conflit dans tous les domaines ?

Si la chose peut être entendue pour des sujets comme les stratégies d’entreprise ou le management, c’est parce que le cœur de ces activités se base sur la psychologie des protagonistes. Or, Sun Tzu conçoit justement la guerre comme une dialectique entre généraux. Le traitement qu’il propose pour ces situations conflictuelles n’est donc pas absurde à transposer.

Dans L’art de la guerre pour les parents d’adolescents[1], le sous-titre indique clairement « Comment gagner une guerre à laquelle vous ignoriez que vous participiez ». Il se trouve en effet que cet angle de la conflictualité est parfois imposé. L’exercice de la transposition devient alors périlleux. Il est certes toujours possible d’identifier quelque chose contre quoi lutter (pour paraphraser le docteur Knock, toute activité humaine serait une confrontation qui s’ignore…), mais le fait de ne pas avoir deux adversaires pleinement conscients de se livrer une lutte peut fausser les conclusions tirées par Sun Tzu.

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Les raisons du succès de Sun Tzu

L'art de la guerre, l'ouvrage retenu par Paris Hilton pour faire intellectuelle...

L’art de la guerre, l’ouvrage retenu par Paris Hilton pour poser en intellectuelle…

Pourquoi L’art de la guerre connait-il un tel succès auprès du monde civil ? La réponse à cette question n’est pas si simple qu’il y parait. Il n’existe en effet pas de critère unique qui permettrait d’expliquer cette bonne fortune. Nous avons toutefois identifié quelques facteurs qui nous paraissent susceptibles d’expliquer cette situation. Aucun n’est autosuffisant. Mais ensemble, ils participent peut-être de l’alchimie qui rend Sun Tzu si populaire.

  • L’ancienneté

Cette caractéristique, sublimée par la reconnaissance de « plus ancien traité de stratégie », peut rapidement s’entendre comme gage de « vérité intemporelle ».

  • La brièveté

Le texte seul de L’art de la guerre ne fait que 40 pages. Cette concision est totalement en phase avec les comportements de notre époque, qui y regardent à deux fois avant de s’attaquer à un pavé comme le De la guerre de Clausewitz.

  • Le style superficiel

L’art de la guerre a un style d’apparence superficiel : succession d’injonctions claires et simples, concises, sans longs développements, il en ressort une sensation d’accessibilité bien supérieure aux traités de Machiavel ou Guibert, moins dépouillés.

Pour preuve, le nombre de maximes tweetables et porteuses de sens que nous avons extraites des 40 pages du traité : plus de la moitié des propos de Sun Tzu sont tweetables, c’est-à-dire qu’ils constituent des maximes autoporteuses de moins de 140 signes. Les 337 préceptes que nous avons sélectionnés représentent un total de 5506 mots, sur les 9668 qui composent L’art de la guerre. Pourrait-on envisager un tel ratio avec les 800 pages du De la guerre de Clausewitz ? Combien de maximes feraient d’ailleurs moins de 140 caractères ?…

Ce style affirmatif (quasiment pas démonstratif, ou alors très brièvement) rend dès lors aisée la transposition de ses préceptes à n’importe quelle discipline. Lire la suite

L’art de la guerre de Sun Tzu, ouvrage militaire préféré des civils

Un traité militaire qui inspire surtout le monde civil !

Un traité militaire qui inspire surtout le monde civil !

Contre toute attente, le succès que rencontre aujourd’hui Sun Tzu ne vient pas tant du monde militaire que du monde civil. Si L’art de la guerre dispose d’une incontestable stature de par sa position de plus ancien traité stratégique du Monde, l’affirmation selon laquelle il serait enseigné dans toutes les académies militaires est inexacte (nous consacrerons bientôt un billet à ce sujet). A part peut-être pour les guérillas latino-américaines, la doctrine de Sun Tzu n’a jamais servi de référence, pas même en Chine où il constitua pourtant pendant neuf cents ans la base des études stratégiques qu’il fallait absolument maîtriser pour passer les examens de fonctionnaire militaire impérial.

Au sein de la communauté militaire, le traité de Sun Tzu ne sert donc à rien d’autre qu’à fournir des citations pour justifier a posteriori une idée de manœuvre. Nous avions vu dans notre billet Quel est aujourd’hui l’intérêt de lire Sun Tzu ? voire dans notre article Doit-on enseigner Sun Tzu aux militaires ? que si L’art de la guerre pouvait bien présenter un intérêt pour le militaire, il ne pouvait en aucun cas servir de manuel de doctrine. Nous avions de toute façon évoqué la quasi-impossibilité d’utiliser un traité de stratégie comme doctrine.

En revanche, force est de constater le succès de ce texte dans le monde civil, notamment à travers ses innombrables versions et surtout la quantité et la diversité de ses transpositions à tous les domaines possibles : là où au départ seuls les mondes de l’économie et de l’entreprise avaient trouvé un intérêt dans le traité chinois, il n’existe guère aujourd’hui de discipline qui ne connaisse pas sa transposition de L’art de la guerre.

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Des différentes interprétations possibles de L’art de la guerre

Un texte qui peut être interprété de multiples façons

Un texte qui peut être interprété de multiples façons

A travers deux articles parus en 2011 dans la Revue Défense Nationale[1], nous avons identifié quatre niveaux de lecture de L’art de la guerre : littérale, interprétative, systémique et holistique. Non seulement chaque niveau peut conduire à une compréhension différente d’une même maxime, mais en outre plusieurs interprétations peuvent être tirées d’un même niveau (à part peut-être le premier, issu de la stricte compréhension linguistique de l’énoncé). Le traité de Sun Tzu prête le flanc à largement plus d’interprétations qu’un INF 202 « Manuel de la section d’infanterie » ou un FT 02 « Tactique générale ». Aussi, face à la variété – et parfois l’incongruité – de certaines de ces interprétations, nous pouvons nous demander s’il n’y aurait pas au final autant de lectures possibles de L’art de la guerre qu’il y a de lecteurs ? Autrement formulé : le traité de Sun Tzu pourrait-il être vu comme la Bible de la stratégie – le terme « Bible » n’étant pas ici à comprendre comme synonyme d’ « ouvrage de référence », mais bien comme le texte religieux dans son caractère amphibologique ?

Nous ne le pensons pas.

Certes, la tradition chrétienne a elle-même distingué « quatre sens de l’Ecriture » (littérale, allégorique, tropologique et anagogique[2]) pour expliquer les « lectures plurielles » du texte sacré. Mais il nous parait évident que le champ d’interprétation du traité chinois est largement moins étendu que celui de la Bible, ou tout et son contraire peut être trouvé.

Pourquoi ?

Contrairement à ce que l’on pourrait penser intuitivement, la taille relativement réduite du traité ne parait pas pouvoir en être l’explication : un texte comme le Tao Tö King de Lao Tseu n’est guère plus épais que L’art de la guerre, et pourtant la profondeur que l’on y trouve ne cesse d’être explorée.

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Sun Tzu est-il immoral ?

Sun Tzu : un exemple à ne plus suivre ?

Sun Tzu : un exemple à ne plus suivre ?

En recherchant le pragmatisme et l’efficacité, Sun Tzu parvient à se détacher grandement du bain sociétal de son époque. L’exemple le plus emblématique en est probablement son rejet des croyances religieuses :

« La prévision ne vient ni des esprits ni des dieux ; elle n’est pas tirée de l’analogie avec le passé pas plus qu’elle n’est le fruit des conjectures. Elle provient uniquement des renseignements obtenus auprès de ceux qui connaissent la situation de l’adversaire. » (chapitre 13)

« Faites taire les rumeurs, proscrivez les sorts et vos hommes vous suivront jusque dans la mort. » (chapitre 11)

Ce pragmatisme est une des principales raisons de l’intemporalité du traité, mais s’avère également source d’un possible rejet pour cause d’« immoralité ». Il en est ainsi de sa préconisation du pillage :

« En appâtant [ses hommes] par la promesse de récompenses, [le général] les incite à attaquer l’ennemi pour s’emparer du butin. » (chapitre 2)

…ou de son injonction de placer ses propres hommes dans des situations désespérées pour les obliger à se battre comme des lions.

« On jette [ses soldats] dans une situation sans issue, de sorte que, ne pouvant trouver le salut dans la fuite, il leur faut défendre chèrement leur vie. Des soldats qui n’ont d’autre alternative que la mort se battent avec la plus sauvage énergie. N’ayant plus rien à perdre, ils n’ont plus peur ; ils ne cèdent pas d’un pouce, puisqu’ils n’ont nulle part où aller. » (chapitre 11)

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Quel est aujourd’hui l’intérêt de lire Sun Tzu ?

Pourquoi consacrer du temps à étudier ce traité ?

Pourquoi consacrer du temps à étudier ce traité ?

L’art de la guerre ne se présente pas comme un manuel de doctrine moderne, aisé à aborder. Or, à la différence d’un traité comme celui de Clausewitz, il n’existe que peu (voire pas) d’exégèse militaire en français du traité chinois. Des ouvrages francophones – ou des traductions – paraitront peut-être avec le temps, mais pour l’heure, chaque lecteur désireux de véritablement comprendre le système exposé dans L’art de la guerre est tenu de refaire le long cheminement d’assimilation de la philosophie de Sun Tzu, ne pouvant guère se reposer sur des écrits prémâchant ce travail. Dès lors, pourquoi consacrer du temps à l’appropriation de ce traité vieux de près de 2500 ans ?

En tout premier lieu, L’art de la guerre présente une formidable valeur illustrative de par sa prétention à être le tout premier écrit stratégique de l’humanité. Si certaines assertions de Sun Tzu apparaissent aujourd’hui comme des évidences, il faut bien se rappeler que le stratège chinois fut le premier à les formuler par écrit[1] :

  • réduction au strict nécessaire des destructions chez l’adversaire ;
  • préférence pour l’approche indirecte (diplomatie, ruse, etc.) ;
  • recours au combat indirect ;
  • impératif du renseignement ;
  • primauté de la manœuvre ;
  • nécessité de créer l’incertitude chez l’ennemi ;
  • recherche de l’effet de surprise ;
  • obligation d’être réactif et de savoir exploiter les situations ;

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L’art du grand n’importe quoi

Sun Tzu aurait-il vraiment cautionné cela ?

Sun Tzu aurait-il vraiment cautionné cela ?

Un article intitulé « Petit manuel de cyberguerre économique d’après Sun Tzu » est paru dans le numéro 24 des Grands dossiers de Diplomatie magazine. Ce texte est très intéressant, car il est la parfaite illustration que l’on peut écrire à peu près n’importe quoi en se recommandant de Sun Tzu. L’auteur s’est en effet ici essayé à rédiger un « Art de la guerre appliqué à la cyberguerre économique » ; et le résultat est plutôt édifiant pour qui connait un tant soit peu le traité de Sun Tzu. A titre d’exemple, voici comment l’auteur de l’article transpose à sa thématique le chapitre 12 de L’art de la guerre :

  1. De l’art d’attaquer par le feu

Il ne faut pas hésiter à « faire feu » en face d’attaques non conventionnelles et dénoncer sans scrupules les internautes qui ne respectent pas les conditions générales d’utilisation édictées par un média. Par exemple, nous recommandons la dénonciation des faux profils ou usurpations d’identité aux administrateurs d’un site (Facebook, Twitter, Wikipédia, etc.) De même, le recours à un arsenal juridique en cas de diffamation ou d’attaques illégales doit faire partie des solutions envisagées.

Nous invitons le lecteur à se replonger dans ce 12e chapitre (très bref : moins de 500 mots) pour réaliser à quel point la transposition citée ici n’a absolument aucun rapport avec les idées développées par Sun Tzu. L’auteur s’est simplement appuyé sur le titre du chapitre, « attaquer par le feu », et a laissé libre cours à son imagination. Et ne croyez pas qu’il s’agit là d’un contre-exemple : tout l’article est de la même trempe !

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De l’art de dévoyer Sun Tzu

Il est aisé de détourner le propos de Sun Tzu

Il est aisé de détourner le propos de Sun Tzu

La structure de L’art de la guerre étant totalement chaotique, il convient de comprendre le système suntzéen dans sa globalité pour être certain de ne pas se fourvoyer lorsque l’on en extrait une citation. Nous allons voir à travers un exemple comment un commandement pris isolément peut se voir détourné de sa signification :

« On ne combat pas lorsqu’on n’est pas menacé. » (chapitre 12)

Pris tel quel, il paraît normal de comprendre qu’il ne faut pas déclencher de guerres autres que défensives, et que toute action dont la seule fin serait d’accroître son territoire ou sa puissance serait dès lors proscrite. Or cette assertion de Sun Tzu s’inscrit en réalité dans le cadre plus général de la recommandation au chef militaire et au souverain de savoir maîtriser leurs humeurs et de ne pas se laisser emporter par la colère :

« On n’entreprend pas une action qui ne répond pas aux intérêts du pays, on ne recourt pas aux armes sans être sûr du succès, on ne combat pas lorsqu’on n’est pas menacé. Un souverain digne de ce nom ne lève pas une armée sous le coup de la colère, le véritable chef de guerre n’engage pas la bataille sur un mouvement d’humeur. Ils n’entreprennent une action que si elle répond à leur intérêt, sinon ils renoncent. Car si la joie peut succéder à la colère et le contentement à l’humeur, les nations ne se relèvent pas de leurs cendres ni les morts ne reviennent à la vie. »

Interprétée sous un angle pacifiste, la citation « On ne combat pas lorsqu’on n’est pas menacé » peut donc parfaitement être dévoyée et trahir la pensée originelle de Sun Tzu. L’art de la guerre n’interdit en effet pas de combattre simplement pour accroître son pouvoir (cf. notre billet Pourquoi fait-on la guerre ?). Sun Tzu considère que la guerre fait partie de la nature humaine, et sa recommandation vise ici seulement à préciser qu’il faut bien prendre en considération ce que nous nommerions aujourd’hui « l’état final recherché » pour être sûr que l’opération en vaille la chandelle. De façon particulièrement visionnaire, Sun Tzu cherche à éviter que l’exacerbation d’un conflit débouche sur la « montée aux extrêmes » postulée par les théoriciens de la guerre moderne au premier rang desquels trône Clausewitz. Une telle vision du monde s’inscrit dans le droit fil de toute la réflexion chinoise, des taoïstes aux confucéens.

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De l’art d’interpréter Sun Tzu

Une application de Sun Tzu au monde des affaires

Une application de Sun Tzu au monde des affaires

Les propos de Sun Tzu doivent parfois faire l’objet d’une extrapolation pour être exploitables (nous y reviendrons dans un prochain billet). L’exercice est délicat, et une grande source d’écueils dans l’interprétation peut être trouvée dans les adaptations du traité aux autres domaines que la guerre.

Nous allons en présenter une à titre d’exemple, issue de l’ouvrage de Karen Mc Creadie, Sun Tzu – Leçons de stratégie appliquée[1]. Ce dernier adapte 52 préceptes de Sun Tzu au monde de l’entreprise. Si la plupart des transpositions sont relativement logiques, certaines sont toutefois surprenantes ! Ainsi, la leçon 28 s’intéresse au commandement suivant :

« On [supplée] à la voix par le tambour et les cloches ; à l’œil par les étendards et les guidons. » (chapitre 7)

La traduction pour les managers devient alors :

« On perd tous les jours des occasions de gagner ou d’économiser de l’argent. Les gens qui ont les idées ne parlent à personne car ils ne savent pas à qui s’adresser ou s’ils sont censés le faire. Instituez des réunions informelles tous les mois dans lesquelles les employés abandonnent leurs outils pour l’après-midi et échangent des idées sur la manière d’améliorer l’activité autour d’une bière. »

Le raisonnement ayant conduit à cette interprétation moderne est le suivant : Sun Tzu reconnaît la nécessité d’instaurer des communications claires pendant le combat, donc une communication claire est très importante dans le monde de l’entreprise ; et pour avoir une communication claire dans l’entreprise, il faut instituer des réunions informelles. Le rapport avec le propos originel de Sun Tzu semble assez lointain, mais nous parait cependant honnête : nous considérons personnellement que la leçon à tirer de cette maxime est que le général doit avoir le souci de sa chaine de commandement, c’est-à-dire, traduit de façon moderne, de ses SIC.

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Les citations de Sun Tzu : populaires, mais parfois fausses !

Impressionnant ce que Sun Tzu a pu dire dans ses carnets secrets !…

Impressionnant ce que Sun Tzu a pu dire dans ses carnets secrets !…

Nous avons constaté dans notre précédent billet combien populaires étaient les citations issues de L’art de la guerre. Malheureusement, certaines d’entre elles sont fausses ! En voici les dix plus fréquentes, glanées au fil du web : (inutile d’indiquer leurs sources, les moteurs de recherches dénonceront les coupables…)

« Gardez vos amis près de vous et vos ennemis encore plus près.»

« Les opportunités se multiplient lorsqu’elles sont saisies. »

« Un chef dirige par l’exemple et non par la force. »

« La stratégie sans tactique est la route la plus lente vers la victoire ; la tactique sans stratégie est le fracas annonciateur de la défaite. »

« Lorsque le coup de tonnerre éclate, il est trop tard pour se boucher les oreilles. »

« En tuer un pour en terrifier un millier. »

« Celui qui n’a pas d’objectifs ne risque pas de les atteindre. »

« La guerre est semblable au feu ; ceux qui ne veulent pas déposer les armes périssent par les armes. »

« Dites aux gens ordinaires ce qu’ils veulent entendre. »

« L’affaiblissement ou l’élimination d’un adversaire est possible grâce à un usage habile d’une rumeur ponctuelle ou répétitive savamment diffusée. »

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Les meilleures citations de L’art de la guerre ?

Les citations les plus populaires sont…

Les citations les plus populaires sont…

Le fil Sun Tzu Dit va incessamment franchir la barre du millième abonné. Pour mémoire, ce fil Twitter que nous animons depuis maintenant deux ans en parallèle de ce blog propose deux fois par jour une citation de Sun Tzu (extraite de la traduction de Jean Lévi de L’art de la guerre). Son homologue américain, Sun Tzu Daily, ouvert deux ans plus tôt, revendique quant à lui dix fois plus d’abonnés !

Le succès est indubitablement au rendez-vous. Mais pourquoi les citations de Sun Tzu fascinent-elles autant ? Selon nous, pas tant par leur ancienneté : de grands personnages modernes sont cités au même rang lorsque l’on veut appuyer un propos. Mais réellement par leur pertinence. Nous avions l’année dernière cherché à comprendre la raison de l’engouement pour ces citations. Nous estimions que celui-ci provenait essentiellement de la facilité de transposition des préceptes de L’art de la guerre aux domaines autres que le conflit armé ; un public bien plus large que la seule communauté militaire était donc concerné par ces maximes.

Nous avions également relevé le style lapidaire d’écriture de Sun Tzu, restitué dans la traduction française de Jean Lévi, qui se prêtait parfaitement à la contrainte des 140 caractères imposée par Twitter. Rappelons que le traité de Sun Tzu ne fait que 40 pages, et qu’il nous a été possible d’en extraire plus de 300 citations de moins de 140 caractères, toutes porteuses de sens. Il n’y a à notre connaissance pas 300 citations de Clausewitz qui courent sur le Net.

Les trois citations les plus retweetées, que l’on pourrait donc considérer comme les plus populaires[1], sont, par ordre :

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Sun Tzu peut-il aider les sapeurs-pompiers ?

L'art de la guerre contre le feu

L’art de la guerre contre le feu

L’art de la guerre pourrait-il être d’une quelconque inspiration dans le domaine de la lutte contre les incendies ?

La question n’aurait en effet rien d’incongru puisque Sun Tzu consacre un chapitre entier aux attaques par le feu[1]. En outre, un grand nombre de pompiers étant militaires[2], L’art de la guerre pourrait faire partie de leurs classiques doctrinaires.

Si Sun Tzu voit le feu essentiellement pour son potentiel d’attaque (les attaques par le feu), il évoque également comment s’en prémunir :

« Toute armée doit connaître les modalités inhérentes aux cinq sortes d’attaques par le feu, afin de s’en protéger par les moyens appropriés. » (chapitre 12)

Pourtant, il n’y a rien à tirer de Sun Tzu dans ce domaine !

En effet, L’art de la guerre traite de… guerre ! Et la guerre est d’abord un affrontement de volontés. Comme l’a défini le général Beaufre en parlant de la stratégie, une « dialectique des volontés employant la force pour résoudre les conflits[3] ». Ici, « l’adversaire » ne serait qu’un phénomène physico-chimique (induisant potentiellement des effets mécaniques) dépourvu de toute intelligence, volonté, ou ruse. Adversaire complexe, mais mécanique. Aucun besoin de convaincre l’ennemi, de le faire renoncer à ses projets, de le duper : on le vainc en cassant sa mécanique.

Apportons toutefois une nuance : il est souvent apparu que le feu avait un comportement étonnant et que les pompiers, s’ils n’y prenaient garde, pouvaient eux-mêmes créer des modifications dans le comportement de l’incendie. C’est dès lors face au facteur « surprise » que le pompier est confronté[4].  Mais force est de constater que les préceptes et la philosophie de L’art de la guerre ne coïncident pas avec la globalité de cette lutte.

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De l’incompréhension classique de L’art de la guerre

Un ouvrage donnant une vision incorrecte de L'art de la guerre

Un ouvrage donnant une vision erronée de L’art de la guerre

La récente parution de l’ouvrage Le grand livre de la Chine va nous servir d’illustration pour évoquer un problème récurrent dans les fiches de lecture de L’art de la guerre : l’incompréhension de la nature chaotique du traité.

En effet, dans le cadre de son étude de la Chine, l’ouvrage consacre quelques pages au traité de Sun Tzu, le présentant en ces termes :

L’Art de la guerre est constitué de treize articles qui couvrent tous les sujets militaires pour mener à la victoire. Ainsi sont évoqués les thèmes de l’évaluation, de l’engagement, de la stratégie, des analyses du plein et du vide, des neufs changements, des attaques par le feu… Le livre enseigne les cinq facteurs de la réussite : [le dao, le ciel, la terre, le commandant et l’organisation.]

Ces propos reflètent, selon nous, une lecture totalement superficielle du livre relevant du simple survol mal compris. En effet, s’attacher à la structure des chapitres (ou articles) et y comprendre une réflexion organisée et structurée sur la guerre est une erreur : L’art de la guerre ne peut se lire comme un traité moderne, architecturé selon une logique démonstrative. Les propos, bien que rassemblés sous forme de chapitres, n’ont pas d’ordre précis ni de liens entre eux. L’art de la guerre doit être considéré comme un ensemble de maximes disparates, dont certaines se rassemblent il est vrai en paragraphes cohérents, pour lesquelles seule une lecture globale se détachant de la structure en chapitre permet de bien saisir le sens.

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Des niveaux tactique et stratégique

Tactique ou stratégie ?

Tactique ou stratégie ?

Afin de poursuivre la réflexion commencée dans le billet Jusqu’où interpréter Sun Tzu ?, nous allons nous intéresser à un type de détournement des propos de L’art de la guerre relativement pernicieux : celui de la confusion des niveaux tactique et stratégique.

Notons pour commencer que Sun Tzu ne formalise pas cette existence de différents niveaux de décision. Il les voyait probablement comme un continuum et non comme des catégories pouvant présenter des ruptures. Nous tâcherons cependant ici de lire son traité à travers ce prisme d’une distinction entre le niveau stratégique et le niveau tactique[1].

Certains des préceptes de L’art de la guerre sont rattachables avec certitude à un niveau :

« On n’entreprend pas une action qui ne répond pas aux intérêts du pays, on ne recourt pas aux armes sans être sûr du succès, on ne combat pas lorsqu’on n’est pas menacé. » (chapitre 12) : niveau stratégique

« Si les oiseaux s’envolent, il y a embuscade, si les quadrupèdes fuient, il se prépare une offensive générale. » (chapitre 9) : niveau tactique

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Du succès des citations de Sun Tzu

L'art de la guerre, un réservoir de citations

L’art de la guerre, un réservoir de citations

Les citations issues de L’art de la guerre rencontrent un véritable succès. En témoigne la croissance ininterrompue du fil Twitter Sun Tzu Dit, qui vient de franchir la barre des 500 abonnés après seulement un an d’existence. Son homologue américain, Sun Tzu Daily, ouvert deux ans plus tôt, revendique déjà quant à lui plus de 7000 abonnés. Pourquoi un tel attrait ?

Force est d’abord de constater que si les offres de citations quotidiennes abondent, nous n’en avons trouvé aucune qui soit spécifiquement dédiée à un auteur unique (excepté pour les hommes politiques vivants…). Non seulement parmi les stratèges, mais également parmi les philosophes : personne d’autre que Sun Tzu ne semble trouver un écho quotidien à ses aphorismes sur la toile. Chose plus troublante encore : les écrits de Sun Tzu font en tout et pour tout 40 pages. Il nous a pourtant été possible d’en retirer près de 350 citations « tweetables » !

Comment expliquer cette situation ?

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Sun Tzu, une icône de la culture pop ?

Un tag urbain citant Sun Tzu

Le nom de Sun Tzu peut désormais réellement être considéré comme faisant partie de la culture populaire française. Outre les déclinaisons en bandes dessinées, Sun Tzu est ainsi présent aussi bien sur des tags urbains (Cf. illustration ci-contre) que dans des chansons de rap[1]. L’art de la guerre est cité dans des films et fait même l’objet de jeux (nous reviendrons sur ces supports dans de prochains billets).

Un indicateur intéressant de la popularité de Sun Tzu en France nous paraît être le nombre de fausses citations qu’on lui attribue. Il s’en trouve partout : sur Internet bien sûr (« Une foule ne fait pas une armée, un tas de briques, un mur. », site Zone militarisée), dans des revues (« Une attaque peut manquer d’ingéniosité, mais il faut qu’elle soit menée à la vitesse de l’éclair. », Casus Belli de 1988[2]), voire dans des publications officielles militaires ! (« L’affaiblissement ou l’élimination d’un adversaire est possible grâce à un usage habile d’une rumeur ponctuelle ou répétitive savamment diffusée. », Les cahiers du CESAT[3]).

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De l'(in-)utilité des transpositions de L’art de la guerre

Sun Tzu s'applique vraiment à tous les domaines...

Sun Tzu s’applique vraiment à tous les domaines…

Pour faire suite à notre billet Pourquoi trouve-t-on autant de transpositions de L’art de la guerre ?, si nous avions déjà évoqué les ouvrages transposant Sun Tzu à d’autres domaines que celui militaire (médecine, séduction et développement personnel féminin, …), force est de constater que ce genre d’articles pullule sur Internet. Aucun thème ne semble épargné : management, entretien de recrutement, survivalisme, insertion professionnelle, médias sociaux, sécurité des systèmes d’information, jeu d’échecs, gestion des risquesstratégie thérapeutiqueguerre de l’information, management appréciatif, etc. etc.

Nous sommes personnellement assez critiques vis-à-vis de ce genre d’articles. En effet, l’attitude béni-oui-oui consistant à montrer que L’art de la guerre est applicable au champ d’étude concerné en ne transposant qu’une sélection des préceptes de Sun Tzu nous paraît particulièrement creuse et stérile. Nous considérons ainsi qu’il n’y a pas de réel intérêt à cette démarche : le lecteur de Sun Tzu n’apprendra rien, pas plus que l’amateur (et encore moins le spécialiste) du sujet concerné, qui restera également sur sa faim puisqu’il ne trouvera là que de grandes généralités sans aucun développement véritablement concret et novateur.

Nous avons toutefois identifié deux cas où cet exercice pouvait se révéler intéressant :

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De l’absence d’études sur Sun Tzu

Un exemple de titre usurpé

Un exemple de titre usurpé

Dans le numéro d’octobre 2011 des Cahiers du CESAT, Martin Motte publiait un (excellent) article sur Sun Tzu.

Quelle bouffée d’air !

Pour une raison que nous ne parvenons pas à nous expliquer, l’étude militaire française de L’art de la guerre est en effet totalement délaissée. Un indicateur de ce désintérêt peut être trouvé dans la Revue Défense Nationale, référence de la pensée militaire fondée en 1939 : une prospection sur l’ensemble des articles publiés depuis sa création n’en livre que cinq ayant trait à L’art de la guerre[1]. Et encore, trois sont de notre fait. C’est bien maigre…

Pire : trois ouvrages français ont, jusqu’à présent, affirmé se livrer à une exégèse de Sun Tzu : Relire L’art de la guerre de Sun Tzu de Jean-François Phélizon, Comprendre et appliquer Sun Tzu de Pierre Fayard et Décoder & comprendre L’art de la guerre de Gabriel Lechevallier. Or aucun d’eux ne répond à l’objectif annoncé.

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Pourquoi trouve-t-on autant de transpositions de L’art de la guerre ?

L’art de la guerre pour les femmes

Les transpositions de L’art de la guerre à d’autres disciplines que celles militaires sont pléthoriques. En présentant chaque jour une ressource différente, les réseaux sociaux de Sun Tzu France l’illustrent d’ailleurs bien[1]. Des obèses aux videurs de boîtes de nuit, en passant par les écrivains ou les joueurs de poker, il n’est guère de domaine qui ne se soit vue offrir les enseignements de Sun Tzu.

Pourquoi une telle diversification ? Selon Chin-Ning Chu, auteure de L’art de la guerre pour les femmes, « L’art de la guerre puise ses racines dans la philosophie taoïste, qui est fondée sur l’observation des règles qui existent dans la nature. […] Etant donné que le livre de Maître Sun se fonde sur des principes universels, il n’est pas étonnant qu’il puisse être appliqué à chacun des aspects de nos vies ». L’argument paraît valable. D’autant plus que Sun Tzu a écrit son traité sous une forme relativement généraliste (voire confuse), rendant ainsi possible toutes sortes d’interprétations.

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La guérilla est-elle suntzéenne ?

L’inévitable rapprochement entre Sun Tzu et guérilla

L’inévitable rapprochement entre Sun Tzu et guérilla

L’Histoire tend à nous montrer que la guérilla est la forme la plus applicable de la pensée de Sun Tzu. Comment en effet ne pas invoquer des maximes telles : « S’il ne sait où je vais porter l’offensive, l’ennemi est obligé de se défendre sur tous les fronts. Alors qu’il a éparpillé ses forces en de multiples points, je concentre les miennes sur quelques-uns, de sorte que je ne rencontre jamais que de faibles troupes » (chapitre 6). Pourtant, la guérilla n’est qu’une application sélective de L’art de la guerre, car elle bafoue nombre de principes fondamentaux de Sun Tzu.

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Jusqu’où interpréter Sun Tzu ?

Une application de Sun Tzu au monde de l'entreprise

Une exégèse de Sun Tzu se voulant complète se doit-elle de proposer toutes les interprétations possibles des propos de L’art de la guerre ? Pas sûr.
Nous avons évoqué dans le précédent billet la tentation de vouloir surinterpréter les maximes de Sun Tzu. Une parfaite illustration nous en est concrètement donnée par l’ouvrage de Karen Mc Creadie, Sun Tzu – Leçons de stratégie appliquée[1], qui adapte 52 préceptes de L’art de la guerre au monde de l’entreprise.

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Sun Tzu est-il toujours brillant ?

Une représentation de Sun Tzu

Je vais vous raconter une anecdote personnelle :
Il y a quelques temps, au cours d’une discussion, je voulais exprimer l’idée qu’il fallait avoir la finesse de distinguer parmi tous les signes qui nous parviennent ceux qui présentent un réel intérêt. Une parole de Sun Tzu m’est immédiatement venue à l’esprit : « Lorsque les arbres remuent en grand nombre, l’ennemi avance. » Pourtant, par crainte de ne pas être compris de mon auditoire, je me suis finalement rabattu sur « Il n’y a pas de fumée sans feu ». Mais l’idée n’était alors plus tout-à-fait celle que je souhaitais exprimer ; la citation de Sun Tzu aurait été à ce moment-là parfaitement appropriée.

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Sun Tzu peut-il être disséqué ?

Quelle carte Sun Tzu allez-vous jouer aujourd’hui ?

Est-il acceptable de n’appliquer qu’une sélection des principes exposés dans L’art de la guerre ?
Nous pensons qu’une telle posture, si elle est bien sûr techniquement tout à fait réalisable et si elle correspond même à celle que l’on rencontre dans la quasi-totalité des situations, ne peut en revanche pas se revendiquer être une véritable application de l’enseignement de Sun Tzu.

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De l’inapplicabilité de Sun Tzu

Tchang Kaï-chek en 1940

Tchang Kaï-chek en 1940

J’ai récemment publié sur la plateforme Alliance géostratégique un billet concluant que si l’enseignement de Sun Tzu était encore militairement d’actualité, il ne paraissait en revanche pas réellement applicable.
L’exemple de Tchang Kaï-chek[1], étudié par Laurent Long[2], me semble à ce sujet frappant.

Le « généralissime » était en effet très bon connaisseur de Sun Tzu. Il le citait facilement et le commentait fréquemment lorsqu’une une situation militaire lui était présentée ; il en donnait même des conférences à ses généraux[3]. Pourtant, lorsqu’il fut réellement en situation d’appliquer ses principes, il en prit quasiment chaque fois le contrepied ! La campagne militaire qui faillit sceller le sort du Parti communiste chinois fut d’ailleurs menée dans la plus pure tradition allemande, grâce aux moyens directs d’une concentration massive de puissance de feu et de fortifications…

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Sans la Marine, tout devient possible !

Statue de Sun Tzu à Binzhou (Chine)

Statue de Sun Tzu à Binzhou (Chine)

A travers tout son traité, Sun Tzu ne parle que d’opérations terrestres. Il n’évoque à aucun moment le milieu maritime. Or des affrontements navals avaient déjà cours à son époque, même s’ils ne consistaient alors essentiellement qu’en des abordages d’embarcations adverses[1]. Sun Tzu ne connaissait-il pas cette forme de conflit ou a-t-il sciemment choisi de l’occulter ?

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Le paradoxe du travail bien fait

Une version prestige sur bambou de L’art de la guerre

L’art de la guerre fourmille de paradoxes. En voici un qui me laisse perplexe :

Le traité dont nous disposons aujourd’hui a été le fruit d’un long processus d’écriture et de retouches. Alors que Sun Tzu a formalisé sa pensée au cours du IVe siècle av. J.-C., le texte final du traité n’a été fixé que quinze siècles plus tard ! Entre temps, de nombreuses versions se sont développées, cherchant à affiner voire corriger la pensée du maître. Le texte final, fédérateur de toutes ces versions, n’est apparu qu’au XIe siècle[1]. Nous pourrions alors légitimement nous attendre à trouver un traité parfaitement poli jusque dans les moindres détails.

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