La guerre a-t-elle réellement le profit pour ressort ?

Ne nous serions-nous pas trompés sur la vision de Sun Tzu du motif de la guerre ?

Dans notre billet Pourquoi fait-on la guerre ?, nous avions discouru autour de la citation « La guerre a le mensonge pour fondement et le profit pour ressort » (chapitre 7), arrivant à la conclusion que la raison véritable et avouée de déclencher une guerre pouvait être aussi peu noble que le pillage de son voisin.

La lecture d’autres traduction nous a fait douter de cette interprétation. En effet, la partie correspondant à « La guerre […] a le profit pour ressort » est rendue différemment par les autres traducteurs :

  • Valérie Niquet : « Celui qui fait la guerre en arrivant à ses fins par la ruse [et] en manœuvrant l’ennemi grâce à des appâts sait s’adapter. »
  • Samuel Griffith : « La guerre est basée sur la tromperie. Déplacez-vous lorsque c’est votre intérêt. »
  • James Trapp : « A la guerre, le subterfuge est votre fondement, l’avantage votre ressort. »
  • Christopher McDonald : « Military forces establish decoy positions to fool the enemy [and] move when there is advantage to be gained. »
  • Jose Maria Sanchez Barrio : « Une force militaire prend position par tromperie [et] se meut dans l’espoir d’une récompense. »
  • Bande dessinée de Wang Xuanming : « La victoire est basée sur la tromperie et sur la ruse. Déplacez-vous quand cela est avantageux. »
  • Bande dessinée de Tsai Chih Chung : « On doit être rusé et adaptable pour gagner la guerre. Être capable de frapper au bon moment. »
  • Luo Shenyi : « Une guerre dépend des ruses [et] se développe selon les intérêts. »
  • Xiaojun et Jia Xiaoning : « Pour gagner la guerre, il faut recourir à la duperie. Agissez si c’est avantageux. »
  • Tang Jialong : « L’armée ne peut se maintenir solidement qu’en recourant à la simulation. Elle doit agir au moment propice. »
  • Groupe Denma : « La guerre est fondée sur la ruse. L’armée doit entrer en action au moment propice. » (traduction critiquable de : « The military is based on guile. Acts due to advantage. »)

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The science of war, de Christopher MacDonald

Un ouvrage majeur pour l’étude de Sun Tzu

Une récente publication anglo-saxonne relative à Sun Tzu a retenu notre attention : The science of war, de Christopher MacDonald.

Sous-titré « L’Art de la guerre de Sun Tzu re-traduit et re-considéré », cet ouvrage se donne pour ambition de proposer une nouvelle traduction qui dépasserait l’exercice simple de version, pour chercher à retranscrire au mieux les idées que Sun Tzu voulait exprimer. À partir de la version chinoise de Sun Hsing-yen (1752-1818), Christopher MacDonald a manifestement souhaité transmettre le plus finement possible la pensée de Sun Tzu. Il consacre ainsi une (petite) partie de son ouvrage à présenter les problématiques de la traduction, livrant cinq exemples de ses choix :

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Une analyse de qualité en français

Un opuscule inattendu de qualité

L’analyse de L’Art de la guerre parue dans la collection Profil Littéraire mérite une attention particulière.

Parue en 2017, la publication fait partie d’une nouvelle collection de l’éditeur belge Lemaitre Publishing. Distribuée essentiellement en numérique, et peut toutefois être imprimé à la deman

de grâce aux presses d’Amazon. Le format est petit (plus petit qu’un livre de poche !), et l’ensemble fait moins de 50 pages. Le contenu n’en est pas moins est surprenant de qualité.

Rédigée par Chistophe Van Staen, nous trouvons en effet là une véritable analyse, concise, du traité de Sun Tzu. Plusieurs idées s’avèrent de vraies originalités, telle l’approche « symptômale » du général, qui, utilisant l’analogie avec la psychanalyse, considère que le général doit prendre la posture du médecin au chevet de son patient et partager son attention entre le relevé des données objectives liées à la maladie et celui des signes subjectifs de la souffrance qui témoignent de la manière dont la maladie est vécue par celui qui souffre.

Ni notre blog, ni nos ouvrages, ne font partie des références de la bibliographie. Pour autant, la similitude des propos avec nos propres analyses est troublante : nombre de nos idées, que nous estimons originales, se retrouvent en effet dans cet opuscule. Force est néanmoins de reconnaitre que nous n’avons trouvé à aucun endroit une quelconque recopie mot-à-mot de nos propos. L’auteur se serait-il donc inspiré de nos travaux sans en faire mention ? Impossible d’en avoir la certitude.

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Clausewitz et Sun Tzu

Une étude comparative des deux plus célèbres penseurs militaires

Clausewitz et Sun Tzu vient de paraître. Deuxième titre des éditions Amiot (après Wu Zixu, inspirateur de Sun Tzu), il s’agit là encore d’un recueil retravaillé des billets parus sur ce blog. Sans surprise, la thématique est ici une comparaison des systèmes de pensée de Clausewitz et de Sun Tzu. Ces deux mastodontes de la pensée militaire traitent de thématiques communes, mais en apportant des recommandations pouvant être en totale opposition. La mise en parallèle de leurs écrits respectifs permet ainsi de mieux appréhender l’essence même de leur système.

Après une réflexion sur la forme que présentent L’Art de la guerre et De la guerre, les deux œuvres phares de Sun Tzu et Clausewitz, l’étude détaille les principales différences existant entre chaque traité sur le plan des fondements de la stratégie (la guerre en tant qu’objet, son objectif) et sur une sélection de grandes thématiques militaires tels le renseignement, la logistique, ou même le rôle du chef.

Si vous avez apprécié les billets de ce blog, n’hésitez pas à vous en offrir la compilation remaniée et enrichie !

46 pages aux éditions Amiot. 5 € en version papier, 1 € en numérique.

Source de l’image : Couverture de l’auteur

Le pillage : une idée à explorer ?

Du pillage

Le pillage : un procédé pas si caduc que ça…

« Pillez en terrain de diligence. » (chapitre 11)

Indubitablement, Sun Tzu préconise le pillage. Deux raisons à cela : assurer sa logistique, et motiver ses hommes (en leur promettant de se récompenser sur la bête).

Assurer sa logistique :

« Qui est habile à conduire les armées ne procède jamais à deux levées consécutives ni n’a besoin de trois réquisitions de grains. Ses ressources propres lui suffisent et il puise ses vivres chez l’ennemi. C’est ainsi qu’il assure la subsistance de ses troupes. » (chapitre 2)

« Un général avisé s’emploie à vivre sur l’ennemi. Car une mesure prise sur lui en épargne vingt acheminées depuis l’arrière. Un boisseau de fourrage mangé chez lui en vaut vingt venus de l’arrière. » (chapitre 2)

« On pourvoit aux besoins en nourriture des troupes en pillant les campagnes fertiles. » (chapitre 11)

Motiver ses hommes :

« En appâtant [ses hommes] par la promesse de récompenses, [le général] les incite à attaquer l’ennemi pour s’emparer du butin. » (chapitre 2)

« Quand on pille une région, on répartit le butin entre ses hommes ; lorsqu’on occupe un territoire, on en distribue les profits. » (chapitre 7)

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