De la guerre éclair

Un concept ancien

Le sujet peut sembler évident puisqu’il fait l’objet des premières lignes de L’Art de la guerre, mais nous ne l’avions jamais traité en tant que tel : Sun Tzu enjoint on ne peut plus clairement de ne viser que des guerres éclair :

« Quand les opérations traînent en longueur sans apporter de victoire décisive, les armes s’émoussent, les troupes perdent leur mordant ; les soldats usent leurs nerfs dans les sièges. Des armées trop longtemps en campagne ruinent l’économie d’un pays.

Voyant vos armes émoussées, vos troupes sans mordant, vos hommes sans ressort, votre économie ruinée, les principautés rivales sauteront sur l’occasion pour vous attaquer en état d’infériorité. Et aussi avisés que soient les dirigeants, il leur sera impossible de préserver leurs arrières.

S’il y eut des campagnes qui ont péché par précipitation, que l’on m’en cite une seule qui, habilement conduite, s’éternisa. Jamais il n’est arrivé qu’un pays ait pu tirer profit d’une guerre prolongée. 

[…] Voilà pourquoi une armée doit viser la victoire immédiate et non une guerre d’usure. » (chapitre 1)

Sun Tzu voit deux raisons à rechercher la brièveté du conflit :

  • Ne pas ruiner le pays : chaque jour de conflit coûte.
  • Ne pas tenter les voisins de nous attaquer pour profiter de l’affaiblissement inéluctable du pays et de l’armée en cas de conflit prolongé.

Bien que le commandement de Sun Tzu semble relever du bon sens, nous en relevons ici la limite : aucun dirigeant n’envisage de s’enliser dans un conflit qui durera des années et ruinera son pays. Et pourtant, c’est très souvent ce qui a été joué dans l’Histoire ; comme le décrivait très justement Winston Churchill dans ses Mémoires :

Ne pensez jamais, jamais, jamais, qu’une guerre peut être facile et sans surprise ; […] L’homme d’État qui cède au démon de la guerre doit savoir que, dès que le signal est donné, il n’est plus le maître de la politique mais l’esclave d’évènements imprévisibles et incontrôlables.

Notons également le paradoxe à voir L’Art de la guerre figurer comme livre de chevet des guérillas alors que le mode d’action de ces dernières s’inscrit justement dans la durée en cherchant à faire céder l’adversaire (bien souvent le gouvernement) par l’usure ! Nous pouvons donc considérer ici que cette injonction de guerre éclair s’applique aux États, et que des adversaires de ces États peuvent a contrario se servir de ce facteur comme d’une arme. Cette injonction est donc l’une des rares (la seule ?) à ne pouvoir être extrapolée à toutes les « dialectiques de généraux » (notre synthèse de la pensée suntzéenne).

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