Qui suis-je ? Sun Tzu

La première biographie française de Sun Tzu

Quelques semaines seulement[1] après la parution de notre précédent ouvrage consacré à Wu Zixu, arrive en librairie notre nouvelle publication, dédiée cette fois à Sun Tzu.

Qui suis-je ? Sun Tzu constitue la toute première[2] biographie française entièrement consacrée au plus ancien stratège de l’Histoire.

Les connaisseurs feront remarquer que nous ignorons à peu près tout de la vie de Sun Tzu : les sources historiques sont peu fiables, et l’existence même du personnage est sujette à caution. Comment, dès lors, produire une biographie sérieuse ? Notre démarche a été la suivante : après avoir étudié ce que les textes anciens nous ont laissés, nous confrontons l’histoire légendaire avec les travaux déjà menés par les spécialistes, historiens et sinologues. Nous décrivons également l’univers dans lequel Sun Tzu aurait vécu (la période chinoise des Royaumes Combattants), avant de nous arrêter sur sa descendance revendiquée : outre Sun Bin, certains guerriers antiques se sont en effet réclamés d’une filiation de sang avec le père de stratégie ; était-ce vraisemblable ? Enfin, une annexe revient sur les allégations selon lesquelles la plupart des grands hommes de l’Histoire auraient lu L’Art de la guerre. À travers quelques exemples emblématiques (Napoléon, Patton, Mao, de Gaulle, …), nous décortiquons ces affirmations colportées à l’excès.

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Wu Zixu, inspirateur de Sun Tzu

Le tout premier ouvrage français consacré à Wu Zixu

Le tout premier ouvrage des éditions Amiot vient de paraitre. Il s’agit de la compilation retravaillée et enrichie des billets parus sur ce blog et consacrés à Wu Zixu.

Pour ceux qui n’auraient pas suivi ce cycle, retenons que Wu Zixu est un personnage relativement populaire en Chine, mais totalement méconnu en Occident. Des anciennes chroniques le présentent comme un compagnon de Sun Tzu[1] qui aurait rédigé plusieurs textes, dont un traité de stratégie. Ce traité était considéré par tous comme définitivement perdu, jusqu’à ce que des fouilles archéologiques en mettent miraculeusement au jour un exemplaire en 1983. Très endommagé, sa transcription en chinois moderne ne fut publiée qu’en 2003, sous le titre L’Art de la guerre, en écho au traité de stratégie de Sun Tzu. Cette formidable trouvaille apporta non seulement des éléments de contexte qui permirent de préciser la biographie de son auteur, mais également un éclairage nouveau dans la lecture de L’Art de la guerre de Sun Tzu. Le premier ayant très probablement servi d’inspiration au second.

De quoi parle Wu Zixu, inspirateur de Sun Tzu ?

Après un passage en revue de ce que nous savons du personnage de Wu Zixu, son traité est présenté, étudié, puis comparé avec celui de Sun Tzu. Les aspects politiques de la pensée de Wu Zixu sont également examinés. Enfin, une annexe reproduit le texte traduit en chinois moderne.

Le traitement de ce personnage, fort célèbre en Chine, est relativement inédit en France : s’il est bien possible de trouver quelques mentions de son nom dans des ouvrages spécialisés[2], son rapport avec Sun Tzu n’a en revanche jamais été évoqué. Au moment de la parution de la présente biographie de Wu Zixu, il n’existait même pas de page Wikipédia qui lui était consacrée !

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Sun Tzu dans les académies militaires du monde

Un colloque chinois sur Sun Tzu, avec des militaires. Ce genre d'évènement est extrêmement rare de part le monde.

Un colloque chinois sur Sun Tzu, avec des militaires. Ce genre d’évènement est extrêmement rare de par le monde.

L’enseignement des préceptes de Sun Tzu à travers les académies militaires du monde entier est très variable. Mais globalement faible : le niveau d’étude varie de l’absence totale d’évocation à quelques heures d’instruction. Seule une poignée de pays dépasse le cadre de l’histoire militaire pour entrer réellement dans la mécanique de L’art de la guerre.

D’une étude menée par nos soins auprès des stagiaires internationaux des promotions 2010-2011 et 2011-2012 de l’Ecole de Guerre, couvrant près d’une centaine de pays, il ressort que le continent étudiant le plus le traité est l’Amérique du Sud et celui l’évoquant le moins l’Afrique (où il semble qu’aucun pays ne le fasse). Les autres régions du monde ont des traitements paraissant répartis aléatoirement. Ainsi les États-Unis ne l’étudient pas mais le Canada oui. La Tunisie non mais le Maroc oui. La Corée du Sud y consacre trois jours complets dans son Ecole de guerre mais les Japonais, pourtant les premiers à avoir sorti Sun Tzu de Chine, rien. L’Inde ne fait que citer épisodiquement Sun Tzu alors que l’Afghanistan, dans son école de guerre naissante, lui consacre une demi-journée complète. La Russie n’y voit qu’un réservoir à citations tandis que la Pologne l’étudie dans le cadre de l’histoire militaire. Enfin, l’Allemagne n’y consacre aucun cours là où la Grèce y passe 10 heures !…

Bien entendu, le niveau d’étude peut varier au cours du temps : l’enseignement de l’histoire militaire peut être négligé de nombreuses années et redevenir brusquement prioritaire à la faveur d’un chef sensible à cette discipline. Sun Tzu lui-même peut être plus ou moins apprécié des professeurs.

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Samuel Griffith, l’homme qui fit découvrir Sun Tzu à l’Occident

Le général Griffith, traducteur de Sun Tzu en 1963

Le général Griffith, traducteur de Sun Tzu en 1963

N’en déplaise aux antiennes affirmant que, depuis sa traduction par le père Amiot en 1772 , Sun Tzu a été lu par les plus grands chefs militaires – à commencer par Napoléon – et qu’il a été enseigné dans les écoles militaires du monde entier, nous savons que la traduction de 1772 a, sitôt sortie, plongé dans un total oubli. En dépit de quelques soubresauts (la traduction britannique de Lionel Giles en 1910, la nouvelle version de Lucien Nachin opérée à partir de celle du père Amiot en 1948, …), le nom de Sun Tzu ne commença à être véritablement connu du grand public qu’à partir de 1963, date de  parution de la traduction anglaise de Samuel Griffith.

Samuel Blair Griffith II est né le 31 mai 1906 dans la ville de Lewiston (Pennsylvanie). Diplômé de l’U.S. Naval Academy en 1929, il en sort sous-lieutenant dans le corps des Marines et part en 1931 servir au Nicaragua dans le cadre des Banana Wars[1]. Suite au désengagement américain en 1933, Griffith est affecté en Chine, où des unités de Marines étaient postées pour assurer la protection des concessions internationales. De façon curieuse, il semble avoir été nommé traducteur-interprète à l’ambassade américaine de Nankin, alors qu’il ne connaissait pas encore la langue chinoise. Qu’à cela ne tienne : il se consacre aussitôt à son étude. Cette première affectation en Chine prend cependant fin en 1938.

Il sert ensuite à Cuba, en Angleterre et au Guadalcanal. Il est à cette occasion récompensé en 1942 de la Navy Cross et du Purple Heart pour son « héroïsme extrême et son courageux sens du devoir » lors d’un combat sur la rivière Matanikau au cours duquel il est blessé. Il sert ensuite en Nouvelle-Géorgie (la plus grande des îles Salomon, dans le Pacifique), où il est décoré de la Distinguished Service Cross.

A la fin de la guerre en 1945, il retourne en Chine commander le 3e régiment de Marine, puis toutes les unités de Marines de Qingdao (dans la province de Shandong, là où naquit Sun Tzu !). Regagnant les Etats-Unis en 1947, il y poursuit sa carrière dans les états-majors. Après avoir été chef d’Etat-major de la Fleet Marine Force de l’Atlantique, il prend sa retraite de général de brigade en 1956 à l’issue de 25 années de service.

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L’énigme de la jaquette

De quand date réellement cette jaquette ?

De quand date réellement cette jaquette ?

Les personnes qui rechercherait un exemplaire de la traduction de L’art de la guerre de Sun Tzu publiée par les éditions L’impensé radical se verraient présenter trois titres différents. Cela tient au succès rencontré par la traduction de Samuel Griffith parue aux éditions Flammarion en 1972, un an seulement après celle de L’impensé radical. Ainsi, « Les treize articles » de 1971 avec une couverture présentant une partie de go se sont vus affublés d’une jaquette rouge et blanche rebaptisant le traité « Les treize articles sur l’art de la guerre », puis, à la faveur d’une réimpression en 1978 : « L’art de la guerre » (cette dernière édition gommait en outre quasiment toute référence à la filiation avec la traduction du père Amiot). La mue était complète !

La jaquette rouge et blanche mettait en exergue un extrait de l’article paru dans le numéro d’été 1972 de la revue Tel quel, article signé Julia Kristeva :

Les Treize Articles présentent les pratiques militaires basées sur une appréciation dialectique des contradictions spécifiques de la guerre : les lieux, les armements, les moyens d’attaque selon les dispositions matérielles et idéologiques des deux parties, etc. Chaque élément est vu comme un procès dans lequel se confrontent deux aspects sous des formes à chaque fois concrètes et spécifiques. La pratique juste est celle qui tient compte des deux aspects du procès, utilise l’un pour atteindre l’autre à l’intérieur d’un mouvement qu’aucun arbitraire ne peut arrêter. Pour avoir placé la dialectique comme loi du monde objective, pour l’avoir décelée dans les rapports des sujets et des groupes humains, et pour en avoir fait – en conséquence – la science de la pratique militaire, les écrits de Sun Tse nous apparaissent aujourd’hui comme des précurseurs de la logique de la guerre populaire en même temps que de la lutte idéologique.

Le 4e de couverture de la jaquette reprenait quant à lui des commentaires émis par de grandes figures françaises, aujourd’hui toutes disparues, qui louaient le texte de Sun Tzu : Michel Foucault, Jacques Derrida, Gilles Deleuze et Jean Chesneaux.

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