Qui était le père Amiot ?

La biographie la plus complète du père Amiot, parue en 1915

Joseph-Marie Amiot naquit le 8 février 1718 à Toulon. Fils d’un notaire royal, il effectua à l’issue de ses études classiques, trois ans de philosophie et un an de théologie. A l’âge de 19 ans, il entra au noviciat de la Compagnie de Jésus à Avignon et y resta deux années, se liant à Dieu en 1739. Il poursuivit alors sa formation au collège à Besançon (1739-1742), puis effectua ses humanités à Arles et à Aix (1742-1744). Il apprit ensuite la rhétorique à Nîmes (1744-1745) et la théologie à Dôle (1745-1749), où se développa sa passion pour l’Histoire, les langues et les arts. Ordonné prêtre à 31 ans à la fin de ses quatre années de théologie, il redevint novice pendant un an (1749-1750) à Salins.
Attiré par les peuples « d’au-delà des mers », il fut désigné pour servir en Chine. Le 22 août 1751, âgé de 32 ans, il rejoignait la mission française de Pékin[1]. Il y resta 42 ans, jusqu’à sa mort le 8 octobre 1793.

Persécuté en Chine

A la cour impériale, le monde que découvrit le père Amiot était sensiblement différent de ce qu’il avait pu en lire. Si les hommes de science et les intellectuels de l’Ouest y étaient encore les bienvenus, l’atmosphère en Chine n’était en effet plus ce qu’elle était du temps des Matteo Ricci, Ferdinand Verbiest et autres pionniers. Le christianisme n’y était plus en bonne grâce[2].

Les jésuites résidant à la cour du temps du père Amiot espéraient donc que leur présence et leur travail pour l’empereur permettraient une réhabilitation de leur religion. Si le père Amiot gagna bien le respect, l’estime et la confiance de l’empereur Qianlong (qui régna de 1735 à 1796), les efforts des jésuites furent néanmoins vains : à partir de 1784, une terrible répression mandchoue acheva d’éliminer ce qui restait de jésuites (chinois et étrangers) dans le pays. Le statut de grand homme de science du père Amiot lui permit d’être l’un des rares à pouvoir rester sur place.

Renié en Europe par l’Eglise

En France, si la Chine avait présenté un réel engouement dans un passé récent[3] et si elle avait encore été très à la mode au début du XVIIIe siècle, ce n’était déjà plus le cas lorsque le père Amiot y accosta.

Au sein de l’Eglise, la Querelle des Rites[4] faisait alors rage. Pour les missionnaires, les nouvelles venant d’Europe étaient donc dramatiques. La Compagnie de Jésus fut bannie de France en 1764. Amiot obtint alors de Henri Bertin, ministre d’État avec lequel il était en correspondance, que le roi de France finance à titre personnel le travail des jésuites français à Pékin. Mais neuf ans plus tard, en 1773, le pape Clément XIV ordonna l’interdiction pure et simple de l’ordre religieux des jésuites en Chine. Pour sauver ce qui restait encore de la Mission jésuite de Chine, Amiot obtint que les Lazaristes prennent leur place.

La Révolution française de 1789 passée, Amiot fut profondément troublé lorsqu’il apprit que le roi Louis XVI avait été exécuté. Le jésuite s’éteignit peu après, en 1793. Avec lui disparaissait le dernier survivant de la grande épopée de la Mission jésuite en Chine.


[1] La Mission jésuite en Chine avait débuté en 1582 avec l’arrivée dans le pays des premiers prêtres de la Compagnie de Jésus. Elle s’acheva en 1773 avec la dissolution de l’Ordre.

[2] En 1721, les missionnaires chrétiens furent bannis de l’Empire. Seuls les hommes de science et savants au service de la cour purent rester. En 1724, le gouvernement Qing rendit le christianisme illégal et le considéra comme « secte perverse et doctrine sinistre ». En 1746 et 1755, de terribles persécutions furent perpétuées contre les chrétiens.

[3] Louis XIV avait tissé des liens avec son homologue chinois, et les ambassades jésuites avaient été financées par la couronne de France.

[4] La Querelle des Rites opposa durant les XVIIe et XVIIIe siècles les missionnaires jésuites en Chine à l’autorité du pape, ce dernier leur reprochant de s’adapter aux coutumes et usages locaux et de ne pas rester dans l’orthodoxie vaticane.

Source de l’image : photo de l’auteur

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