L’art de la guerre ne permet pas de remporter les batailles

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Lire le traité de Sun Tzu ne suffit pas à gagner les guerres

Nous nous sommes interrogés dans le précédent billet sur le caractère obligatoire ou non de considérer L’art de la guerre comme un système complet et indissociable dont la cohérence globale reposerait sur la mise en œuvre de la totalité des règles, excluant tout picorement de préceptes.

En réalité, le débat ne se situe pas à ce niveau du pour ou contre l’indivisibilité du système. En effet, la pensée stratégique ne doit pas nécessairement produire des dogmes, ni rechercher des vérités immuables et transcendantes. Elle doit plutôt chercher à mettre l’esprit en mouvement. Les principes qu’elle dégage n’ont rien d’immuables. Pour éviter le piège de la confusion entre « principe » et « dogme », rappelons les propos du professeur et stratégiste Hervé Coutau-Bégarie : « En réalité, les principes à la guerre n’ont la valeur féconde d’un principe que pour ceux qui les ont dégagés, ou retrouvés eux-mêmes au cours de leur travail personnel. » Le stratégiste revient en effet à de très nombreuses reprises dans son Traité de stratégie sur les limites à fixer aux recettes fournies par tous les traités militaires. Dans son chapitre (de près de 100 pages) « La stratégie en tant que méthode », il indique que la notion de système complet, si elle peut effectivement avoir du sens, ne peut être réellement appliquée. Aucun stratège n’a en effet jamais strictement mis en œuvre un système qu’on lui aurait enseigné : il recrée toujours son propre système à partir de ses enseignements, ses lectures, ses expériences, son génie et de multiples autres facteurs sans rapport direct. En définitive l’essentiel n’est pas de trouver des principes mais bien de les chercher. Ainsi, nier la possibilité de disséquer Sun Tzu, c’est refuser aux générations actuelles et futures le droit de mettre l’esprit en mouvement afin justement de dégager de nouveaux principes ou d’en redécouvrir. Il n’est pas ici question de se soumettre à une école de pensée qui n’aurait pas de sens aujourd’hui car totalement anachronique, mais d’aller chercher chez Sun Tzu comme chez les autres matière à réflexion.

Dans sa thèse intitulée Les sept classiques militaires dans la pensée stratégique chinoise contemporaine[1], Laurent Long estime que la notion de « système » est une vision que les Occidentaux veulent à tout prix plaquer sur un texte qui n’a à l’origine pas cette ambition :

Dans ce contexte où les Classiques [sous-entendu : les « classiques militaires chinois », dont L’art de la guerre est un des piliers] sont cultivés pour leur aspect concret […], les analystes de la question pourraient être tentés de parler de « doctrine stratégique ». L’idée serait séduisante [car elle permettrait d’assimiler les Classiques] à des principes contraignants dont la connaissance permettrait de prévoir – pour ainsi dire à coup sûr – les réactions et les comportements des armées, des diplomates ou des commerçants des pays qui en font leurs références stratégiques. Les Occidentaux se sont habitués, depuis les Grecs et le christianisme, à rechercher un système d’explication complète du monde, et à envisager l’action à partir de principes conçus comme immuables et éternels, beaux et bons, pouvant inspirer les conduites de manière constante et absolue. Dans le domaine militaire, cette disposition, se voulant guidée par la raison, cherche à donner une réponse déterminée à une menace précise.

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La tentation du système monolithique

Sun Tzu et Moïse : même combat ?

Sun Tzu et Moïse : même combat ?

Peut-on considérer L’art de la guerre comme un simple catalogue de maximes, ou s’agit-il d’un système complet et indissociable dont la cohérence globale repose sur la mise en œuvre de la totalité des règles, excluant tout picorement de préceptes ?

Force est en premier lieu de constater que l’utilisation commune du traité de Sun Tzu consiste à y piocher la citation à même d’illustrer un propos. Le panel est en général d’ailleurs relativement réduit : « Qui connaît l’autre et se connaît, en cent combats ne sera point défait », « Remporter cent victoires après cent batailles n’est pas le plus habile ; le plus habile consiste à vaincre l’ennemi sans combat », sans oublier au passage quelques citations apocryphes !

Sans nécessairement qu’il soit question de malhonnêteté intellectuelle, ne pas considérer le système suntzéen comme un tout peut conduire à une méprise sur le sens véritable d’une maxime. Par exemple :

« La prévision [du déroulement de la bataille] n’est pas tirée de l’analogie avec le passé […]. Elle provient uniquement des renseignements obtenus auprès de ceux qui connaissent la situation de l’adversaire. » (chapitre 13)

Cette citation pourrait être interprétée comme un rejet de l’histoire militaire, ou, tout au moins, de l’érudition pédante des historiens prompts à donner des conseils aux guerriers. Le contexte immédiat de la phrase, qui n’a guère de rapport, ne contredirait d’ailleurs pas cette interprétation :

« Un prince avisé et un brillant capitaine sortent toujours victorieux de leurs campagnes et se couvrent d’une gloire qui éclipse leurs rivaux grâce à leur capacité de prévision. Or la prévision ne vient ni des esprits ni des dieux ; elle n’est pas tirée de l’analogie avec le passé pas plus qu’elle n’est le fruit des conjectures. Elle provient uniquement des renseignements obtenus auprès de ceux qui connaissent la situation de l’adversaire. Il existe cinq sortes d’agents. » (s’ensuit la description des différentes sortes d’agents secrets)

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Sun Tzu dans les académies militaires du monde

Un colloque chinois sur Sun Tzu, avec des militaires. Ce genre d'évènement est extrêmement rare de part le monde.

Un colloque chinois sur Sun Tzu, avec des militaires. Ce genre d’évènement est extrêmement rare de par le monde.

L’enseignement des préceptes de Sun Tzu à travers les académies militaires du monde entier est très variable. Mais globalement faible : le niveau d’étude varie de l’absence totale d’évocation à quelques heures d’instruction. Seule une poignée de pays dépasse le cadre de l’histoire militaire pour entrer réellement dans la mécanique de L’art de la guerre.

D’une étude menée par nos soins auprès des stagiaires internationaux des promotions 2010-2011 et 2011-2012 de l’Ecole de Guerre, couvrant près d’une centaine de pays, il ressort que le continent étudiant le plus le traité est l’Amérique du Sud et celui l’évoquant le moins l’Afrique (où il semble qu’aucun pays ne le fasse). Les autres régions du monde ont des traitements paraissant répartis aléatoirement. Ainsi les États-Unis ne l’étudient pas mais le Canada oui. La Tunisie non mais le Maroc oui. La Corée du Sud y consacre trois jours complets dans son Ecole de guerre mais les Japonais, pourtant les premiers à avoir sorti Sun Tzu de Chine, rien. L’Inde ne fait que citer épisodiquement Sun Tzu alors que l’Afghanistan, dans son école de guerre naissante, lui consacre une demi-journée complète. La Russie n’y voit qu’un réservoir à citations tandis que la Pologne l’étudie dans le cadre de l’histoire militaire. Enfin, l’Allemagne n’y consacre aucun cours là où la Grèce y passe 10 heures !…

Bien entendu, le niveau d’étude peut varier au cours du temps : l’enseignement de l’histoire militaire peut être négligé de nombreuses années et redevenir brusquement prioritaire à la faveur d’un chef sensible à cette discipline. Sun Tzu lui-même peut être plus ou moins apprécié des professeurs.

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A la recherche du 5e critère

Lecteurs, votre aide est requise !

Lecteurs, votre aide est requise !

Dans le billet Les raisons du succès de Sun Tzu, nous avions identifié quatre facteurs susceptibles d’expliquer pourquoi L’art de la guerre était aujourd’hui si populaire dans le monde civil : l’ancienneté, la brièveté, la superficialité et le thème de la conflictualité. Ainsi :

  • Le manuel de tactique de l’armée de Terre[1] est bref, militaire, et foisonne d’injonctions concrètes, mais peut difficilement se prévaloir de son ancienneté…
  • L’Arthashâstra de Kautilya est un texte ancien, traitant essentiellement de la conflictualité sous l’angle militaire, mais aussi politique, administrative et économique, composé de formules claires, mais extrêmement long : 500 pages réparties sur 15 livres.
  • Le Prince de Machiavel peut également être considéré comme bref, ancien et traitant de la guerre, mais ne se présente pas comme une succession d’injonctions claires et épurées.
  • Le Tao Tö King de Lao Tseu est concis, intelligible et ancien, mais n’a pas pour sujet central le conflit (bien qu’il en traite à plusieurs reprises).

Ces quatre facteurs nous paraissent donc raisonnablement concourir au succès de L’art de la guerre. Toutefois, force est de reconnaitre qu’ils ne sont pas encore suffisants : des traités comme ceux de Wou Tseu[2] ou de Sun Bin[3] répondent bien à tous les critères, mais demeurent relativement inconnus du grand public. Il reste donc au moins une caractéristique à identifier.

Se pourrait-il que ces traités soient trop accrochés à leur époque et pas suffisamment intemporels ? Possible. Cependant, L’art de la guerre regorge lui aussi de préceptes caducs, mais leur dépassement ne semble guère poser de problèmes. Le critère n’est donc pas valable.

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Sun Tzu a désormais sa journée mondiale

L’ONU ne se donne pas pour objectif d’éradiquer l’activité guerrière, qu’elle reconnait intrinsèque au genre humain, mais s’évertue à en humaniser la pratique. « La guerre est la grande affaire des nations ; elle est le lieu où se décident la vie et la mort […]. On ne saurait la traiter à la légère. » (L’art de la guerre, chapitre 1)

L’ONU ne se donne pas pour objectif d’éradiquer l’activité guerrière, qu’elle reconnait intrinsèque au genre humain, mais s’évertue à en humaniser la pratique. « La guerre est la grande affaire des nations ; elle est le lieu où se décident la vie et la mort […]. On ne saurait la traiter à la légère. » (L’art de la guerre, chapitre 1)

L’annonce est officielle : l’ONU a finalement accepté la création de la journée mondiale Sun Tzu. Celle-ci a été fixée au 20 octobre, jour de naissance du stratège chinois. La première édition aura lieu en 2017 et sera célébrée en grande pompe par la Chine, à l’origine de la demande. Nul doute que les ambassades chinoises relaieront l’évènement dans tous les pays.

Si Sun Tzu n’est pas le premier personnage historique à se voir consacrer une journée mondiale (on pourra citer la journée Nelson Mandela le 18 juillet ou celle Christophe Colomb le 10 octobre), il est en revanche le premier militaire. Et il restera probablement sans doute le seul, tellement sa pensée est atypique en exhortant à une forme de non-violence dans la guerre :

« Remporter cent victoires après cent batailles n’est pas le plus habile. Le plus habile consiste à vaincre l’ennemi sans combat. » (chapitre 3, traduction du groupe Denma)

Hasard du calendrier, la date coïncide d’ailleurs avec une autre journée mondiale : celle de la résolution des conflits.

Sun Tzu France se mobilisera bien évidemment pour cette journée, et nous réfléchissons déjà à l’organisation de symposiums dans toutes les grandes villes de France sur le sujet. N’hésitez pas à nous contacter si vous désirez participer à l’aventure.

Source de l’image : capture d’écran de l’auteur

De Sun Tzu à Steve Jobs

Une histoire de la stratégie

Une histoire de la stratégie

Note liminaire : Comme d’habitude, nous n’étudierons cet ouvrage que du strict point de vue suntzéen. Ce billet n’est donc pas une critique du livre pris dans son ensemble.

L’ouvrage cherche à donner une vue succincte (nous sommes loin des références comme l’Anthologie mondiale de la stratégie, le Dictionnaire de stratégie et autre Traité de stratégie) et légère (le texte est parsemé de blagues…) de la stratégie. Cette dernière est d’ailleurs étudiée tant dans son aspect militaire (Machiavel, Clausewitz, Liddell Hart) qu’économique. Bruno Jarrosson est l’auteur ou co-auteur d’une vingtaine d’ouvrages tournant principalement autour de la stratégie d’entreprise.

Le chapitre sur L’art de la guerre ne constitue que 8 des 240 pages du livre. Agréable surprise par rapport aux dernières productions qui citent Sun Tzu sans l’avoir réellement lu : Bruno Jarrosson s’est manifestement réellement plongé dans L’art de la guerre. Les aspects du système suntzéen qu’il choisit de présenter ne trahissent pas la pensée du stratège chinois. L’auteur met en lumière cinq thématiques :

  • L’absence de hasard chez Sun Tzu ;
  • L’objectif de soumission de l’ennemi plutôt que sa destruction (même si nous avons une vision légèrement différente de cette question) ;
  • Le renseignement, dans une partie incorrectement nommée « Le shi et l’effet de levier » : l’auteur ne traite réellement de cette notion de forces régulières et extraordinaires que sur quelques lignes, tout le reste étant consacré au renseignement ;
  • La duperie (avec une illustration humoristique au rapport assez lointain) ;
  • L’harmonie. Cette partie est intéressante car nous en avons une perception différente. En effet, cette notion d’harmonie résulte, selon nous, plus d’une interprétation taoïste du traité que de ce que Sun Tzu a réellement écrit. « L’harmonie du monde » n’est pas altérée par les guerres, car l’activité guerrière est constitutive de l’espèce humaine. Même si nous n’adhérons pas à la lecture qu’en a Bruno Jarrosson, nous ne pouvons que nous réjouir de l’expression de ce point de vue.

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Trouve-t-on du conflit dans tous les domaines ?

The Art Of War For Parenting Your Teenage Child: How To Win A War You Didn't Even Know You Were In

Sous-titre de l’ouvrage : « Comment gagner une guerre à laquelle vous ignoriez que vous participiez »…

Les transpositions du traité de Sun Tzu aux activités autres-que-la-guerre sont légions. Certaines sont aussi improbables que le régime, l’écriture de livre, l’éducation des enfants, voire la prédiction des résultats de la coupe du monde de football !… Nous nous étions d’ailleurs amusés le 1er avril dernier à pasticher ce type de transpositions.

Nous avions évoqué dans notre avant-dernier billet que le thème de la conflictualité était la plupart du temps l’angle d’attaque sous lequel ces transpositions voyaient le jour. Mais y a-t-il réellement du conflit dans tous les domaines ?

Si la chose peut être entendue pour des sujets comme les stratégies d’entreprise ou le management, c’est parce que le cœur de ces activités se base sur la psychologie des protagonistes. Or, Sun Tzu conçoit justement la guerre comme une dialectique entre généraux. Le traitement qu’il propose pour ces situations conflictuelles n’est donc pas absurde à transposer.

Dans L’art de la guerre pour les parents d’adolescents[1], le sous-titre indique clairement « Comment gagner une guerre à laquelle vous ignoriez que vous participiez ». Il se trouve en effet que cet angle de la conflictualité est parfois imposé. L’exercice de la transposition devient alors périlleux. Il est certes toujours possible d’identifier quelque chose contre quoi lutter (pour paraphraser le docteur Knock, toute activité humaine serait une confrontation qui s’ignore…), mais le fait de ne pas avoir deux adversaires pleinement conscients de se livrer une lutte peut fausser les conclusions tirées par Sun Tzu.

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Sun Tzu, l’inventeur de la guerre hybride

Concept nouveau ou ?

Concept nouveau ou réchauffé ?

Le dernier numéro de la Revue Défense Nationale (mars 2016) est consacré à la guerre hybride. Dans un article, intitulé La « guerre hybride » : escroquerie intellectuelle ou réinvention de la roue ?, l’historien Laurent Henninger y fait remarquer que ce concept présenté comme novateur existe en réalité depuis fort longtemps. Il cite ainsi un ouvrage américain[1] où sont présentés neuf exemples historiques allant de l’Antiquité à la guerre du Vietnam, illustrant à quel point le principe de combinaison de forces régulières et irrégulières a couramment été mis en œuvre par le passé.

Mais il est possible de remonter encore plus loin dans le passé. Sun Tzu lui-même commandait en effet explicitement cette pratique :

« En règle générale, on use des moyens réguliers au moment de l’engagement ; on recourt aux moyens extraordinaires pour emporter la victoire. » (chapitre 5)

Nous avions évoqué cette idée maitresse du système suntzéen dans notre billet Des forces régulières et extraordinaires. Nous n’allons donc pas y revenir.

Le concept de « guerre hybride » voit se mêler la guerre dite conventionnelle (avec des armées régulières équipées d’armes de haute technologie) et la guerre dite non-conventionnelle (guérillas menées par des groupes armés irréguliers possédant un armement léger et relevant d’un niveau technologique très limité, milices, unités d’élites, etc.). Exactement ce que préconisait Sun Tzu.

Si bien sûr il n’est pas littéralement écrit dans L’art de la guerre que les forces doivent surfer sur les nouvelles technologies, nul doute que ses recommandations de tenir compte et de s’adapter à l’environnement (qui, à son époque, se résumait à la configuration du terrain et à la météorologie) seraient aujourd’hui déclinées au milieu cyber et aux différentes applications technologiques : GPS, téléphonie satellitaire, drones civils, … Même la guerre de l’information, composante des guerres hybrides, était prévue par Sun Tzu : l’activisme sur les réseaux sociaux pourrait ainsi être directement décliné des injonctions de désinformation de L’art de la guerre.

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Les raisons du succès de Sun Tzu

L'art de la guerre, l'ouvrage retenu par Paris Hilton pour faire intellectuelle...

L’art de la guerre, l’ouvrage retenu par Paris Hilton pour poser en intellectuelle…

Pourquoi L’art de la guerre connait-il un tel succès auprès du monde civil ? La réponse à cette question n’est pas si simple qu’il y parait. Il n’existe en effet pas de critère unique qui permettrait d’expliquer cette bonne fortune. Nous avons toutefois identifié quelques facteurs qui nous paraissent susceptibles d’expliquer cette situation. Aucun n’est autosuffisant. Mais ensemble, ils participent peut-être de l’alchimie qui rend Sun Tzu si populaire.

  • L’ancienneté

Cette caractéristique, sublimée par la reconnaissance de « plus ancien traité de stratégie », peut rapidement s’entendre comme gage de « vérité intemporelle ».

  • La brièveté

Le texte seul de L’art de la guerre ne fait que 40 pages. Cette concision est totalement en phase avec les comportements de notre époque, qui y regardent à deux fois avant de s’attaquer à un pavé comme le De la guerre de Clausewitz.

  • Le style superficiel

L’art de la guerre a un style d’apparence superficiel : succession d’injonctions claires et simples, concises, sans longs développements, il en ressort une sensation d’accessibilité bien supérieure aux traités de Machiavel ou Guibert, moins dépouillés.

Pour preuve, le nombre de maximes tweetables et porteuses de sens que nous avons extraites des 40 pages du traité : plus de la moitié des propos de Sun Tzu sont tweetables, c’est-à-dire qu’ils constituent des maximes autoporteuses de moins de 140 signes. Les 337 préceptes que nous avons sélectionnés représentent un total de 5506 mots, sur les 9668 qui composent L’art de la guerre. Pourrait-on envisager un tel ratio avec les 800 pages du De la guerre de Clausewitz ? Combien de maximes feraient d’ailleurs moins de 140 caractères ?…

Ce style affirmatif (quasiment pas démonstratif, ou alors très brièvement) rend dès lors aisée la transposition de ses préceptes à n’importe quelle discipline. Lire la suite

L’art de la guerre de Sun Tzu, ouvrage militaire préféré des civils

Un traité militaire qui inspire surtout le monde civil !

Un traité militaire qui inspire surtout le monde civil !

Contre toute attente, le succès que rencontre aujourd’hui Sun Tzu ne vient pas tant du monde militaire que du monde civil. Si L’art de la guerre dispose d’une incontestable stature de par sa position de plus ancien traité stratégique du Monde, l’affirmation selon laquelle il serait enseigné dans toutes les académies militaires est inexacte (nous consacrerons bientôt un billet à ce sujet). A part peut-être pour les guérillas latino-américaines, la doctrine de Sun Tzu n’a jamais servi de référence, pas même en Chine où il constitua pourtant pendant neuf cents ans la base des études stratégiques qu’il fallait absolument maîtriser pour passer les examens de fonctionnaire militaire impérial.

Au sein de la communauté militaire, le traité de Sun Tzu ne sert donc à rien d’autre qu’à fournir des citations pour justifier a posteriori une idée de manœuvre. Nous avions vu dans notre billet Quel est aujourd’hui l’intérêt de lire Sun Tzu ? voire dans notre article Doit-on enseigner Sun Tzu aux militaires ? que si L’art de la guerre pouvait bien présenter un intérêt pour le militaire, il ne pouvait en aucun cas servir de manuel de doctrine. Nous avions de toute façon évoqué la quasi-impossibilité d’utiliser un traité de stratégie comme doctrine.

En revanche, force est de constater le succès de ce texte dans le monde civil, notamment à travers ses innombrables versions et surtout la quantité et la diversité de ses transpositions à tous les domaines possibles : là où au départ seuls les mondes de l’économie et de l’entreprise avaient trouvé un intérêt dans le traité chinois, il n’existe guère aujourd’hui de discipline qui ne connaisse pas sa transposition de L’art de la guerre.

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Des différentes interprétations possibles de L’art de la guerre

Un texte qui peut être interprété de multiples façons

Un texte qui peut être interprété de multiples façons

A travers deux articles parus en 2011 dans la Revue Défense Nationale[1], nous avons identifié quatre niveaux de lecture de L’art de la guerre : littérale, interprétative, systémique et holistique. Non seulement chaque niveau peut conduire à une compréhension différente d’une même maxime, mais en outre plusieurs interprétations peuvent être tirées d’un même niveau (à part peut-être le premier, issu de la stricte compréhension linguistique de l’énoncé). Le traité de Sun Tzu prête le flanc à largement plus d’interprétations qu’un INF 202 « Manuel de la section d’infanterie » ou un FT 02 « Tactique générale ». Aussi, face à la variété – et parfois l’incongruité – de certaines de ces interprétations, nous pouvons nous demander s’il n’y aurait pas au final autant de lectures possibles de L’art de la guerre qu’il y a de lecteurs ? Autrement formulé : le traité de Sun Tzu pourrait-il être vu comme la Bible de la stratégie – le terme « Bible » n’étant pas ici à comprendre comme synonyme d’ « ouvrage de référence », mais bien comme le texte religieux dans son caractère amphibologique ?

Nous ne le pensons pas.

Certes, la tradition chrétienne a elle-même distingué « quatre sens de l’Ecriture » (littérale, allégorique, tropologique et anagogique[2]) pour expliquer les « lectures plurielles » du texte sacré. Mais il nous parait évident que le champ d’interprétation du traité chinois est largement moins étendu que celui de la Bible, ou tout et son contraire peut être trouvé.

Pourquoi ?

Contrairement à ce que l’on pourrait penser intuitivement, la taille relativement réduite du traité ne parait pas pouvoir en être l’explication : un texte comme le Tao Tö King de Lao Tseu n’est guère plus épais que L’art de la guerre, et pourtant la profondeur que l’on y trouve ne cesse d’être explorée.

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Sun Tzu dans les dictionnaires

La définition du Larousse

La définition du Larousse

Nous allons ici dresser un rapide panorama de la présence de Sun Tzu dans les ouvrages de référence : L’encyclopédie Universalis, le dictionnaire Larousse et Wikipédia. Ainsi que leurs grands homologues.

L’Universalis ne consacre pas d’article dédié à Sun Tzu. A peine est-il fait mention du stratège dans les articles « Armée » et « Guérilla » ; on le trouve également cité dans les biographies des personnalités françaises s’étant revendiquées de ses enseignements : Pierre Naville, Guy Debord et même l’athlète Teddy Tamgho ! A titre de comparaison, Clausewitz dispose d’un article complet, ainsi que de plusieurs entrées dans le Thésaurus.

L’Encyclopaedia Britannica consacre, elle, un court article : 246 mots (contre 1600 pour celui de Clausewitz).

L’entrée dans le dictionnaire Larousse ne date que de 1998. Le texte n’a pas varié depuis :

Sun Zi ou Sun Tse, VIe – Ve s. av. J.-C., théoricien militaire chinois. Son Art de la guerre, où il privilégie le renseignement et la surprise, constitue le plus ancien traité de stratégie connu.

Il est intéressant de voir que le Larousse véhicule toujours les dates fantaisistes de sa vie. La situation est assez étrange chez les éditions Le Robert : l’entrée Sun Zi figure dans le Dixel depuis 2009, mais est toujours absente du Petit Robert des noms propres. Dans le Dixel, la définition est alors légèrement différente de celle du Larousse ; on n’y détaille plus le contenu de l’ouvrage, mais il est précisé que son existence est hypothétique :

Sun Zi ou Sun Tse Théoricien militaire chinois (VIe – Ve s. av. J.-C.) dont l‘existence reste hypothétique. Il est l’auteur du premier traité de stratégie connu (L’art de la guerre).

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Des maximes apocryphes issues du manuscrit du Yinqueshan

Les fragments encore exploitables du manuscrits de Yinqueshan

Les fragments encore exploitables du manuscrits de Yinqueshan

Nous avions vu dans le précédent billet des maximes apocryphes attribuées à un « Maître Ho » dont on ne sait aujourd’hui rien.

D’autres maximes orphelines existent, telles celles trouvées dans le manuscrit du Yinqueshan. Il semble dans ce cas que des commentaires se soient retrouvés incorporés au texte du traité.

Les maximes suivantes proviennent de la traduction de Jean Lévi parue aux éditions Fayard/Pluriel. En rouge, le texte commun de L’art de la guerre.

Chapitre 8

[…] Il est des voies à ne pas emprunter, des villes à ne pas investir, des armées à ne pas affronter, des provinces à ne pas conquérir, des ordres royaux à ne pas obéir.

II est des routes à ne pas emprunter : cela signifie que si l’on ne s’y engage qu’à moitié, on ne pourra pas atteindre les objectifs fixés et que si on s’y engage pro­fondément, on n’obtiendra aucun bénéfice par la suite ; de sorte qu’il est désavantageux de bouger ; mais à rester sur place, on risque de se trouver encerclé.

On n’attaque pas une armée même quand on en a les moyens : cela signifie que me trouvant face à face avec l’adversaire, bien que je dispose de forces suffisantes pour lui livrer combat et suis en mesure d’acculer son général, je calcule, qu’à long terme, ils ont de leur côté la puissance d’un stratagème extraordinaire et la possibilité d’un coup habile… Dans un cas semblable, on s’abstient de livrer combat même si on le peut.

Des villes à ne pas attaquer : c’est-à-dire que même au cas où je dispose de forces suffisantes pour emporter la place, si je l’emporte, une fois conquise je ne pourrai la garder, sans être en mesure de remporter un avantage pour la suite des opérations.

Des terres qu’on s’abstient de conquérir : ce sont des contrées montagneuses ou humides, sur lesquelles rien ne pousse…

Chapitre 9  [note : Le texte du Yinqueshan est très fragmentaire en cet endroit] Lire la suite

Des maximes apocryphes de Sun Tzu : Les questions du roi de Wou

Sun Tzu présentant son traité au roi de Wou

Sun Tzu présentant son traité au roi de Wou

On ne connait rien de Maître Ho (ou Ho Yen-si), si ce n’est qu’il a été l’un des commentateurs traditionnels sélectionnés par Cao Cao. Au chapitre 11 du traité, son commentaire livre un entretien entre le roi de Wou et Sun Tzu. Il se peut qu’il s’agisse de paragraphes perdus d’une des différentes ver­sions du texte en circulation à l’époque des Royaumes Combattants, ou plus tard, ainsi que porte à le faire croire le manuscrit trouvé à Yinqueshan, lequel recueille, dans sa seconde section, des matériaux du même ordre : « Questions du roi de Wou », « Entrevue avec le roi de Wou », etc.

Ces commentaires se trouvent au début du chapitre 11 de L’art de la guerre :

« A la guerre, un terrain peut être de dispersion, de négligence, de confrontation, de rencontre, de communication, de diligence, de sape, d’encerclement ou d’anéantissement.
Quand on livre combat sur son propre fief, on se trouve en terre de dispersion.
Quand l’armée s’est à peine aventurée en territoire ennemi, elle se trouve en terre de négligence.
Une terre de confrontation est celle dont la possession est profitable à chacune des deux parties.
Une terre de rencontre offre aux belligérants une totale liberté de mouvements.
Une terre de communication est une portion d’une principauté qui, en jouxtant trois autres, assure au premier arrivé le soutien des armées des seigneurs.
Qui, s’étant profondément enfoncé en territoire ennemi, a derrière soi une multitude de villes fortes adverses, se trouve en terre de diligence.
Une armée qui progresse à travers montagnes, forêts, passes, marais ou toute autre région accidentée, et dont la route est mal aisée, évolue en terre de sape.
Une terre d’encerclement se reconnaît à ce qu’on ne peut y accéder que par un passage étroit et en sortir par un chemin sinueux, de sorte que l’ennemi peut attaquer avec des effectifs bien inférieurs.
En terre d’anéantissement, une armée doit se battre avec l’énergie du désespoir ou périr. »

Les propos suivants de Maitre Ho sont issus de la traduction de Jean Lévi parue aux éditions Fayard/Pluriel.

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Samuel Griffith, l’homme qui fit découvrir Sun Tzu à l’Occident

Le général Griffith, traducteur de Sun Tzu en 1963

Le général Griffith, traducteur de Sun Tzu en 1963

N’en déplaise aux antiennes affirmant que, depuis sa traduction par le père Amiot en 1772 , Sun Tzu a été lu par les plus grands chefs militaires – à commencer par Napoléon – et qu’il a été enseigné dans les écoles militaires du monde entier, nous savons que la traduction de 1772 a, sitôt sortie, plongé dans un total oubli. En dépit de quelques soubresauts (la traduction britannique de Lionel Giles en 1910, la nouvelle version de Lucien Nachin opérée à partir de celle du père Amiot en 1948, …), le nom de Sun Tzu ne commença à être véritablement connu du grand public qu’à partir de 1963, date de  parution de la traduction anglaise de Samuel Griffith.

Samuel Blair Griffith II est né le 31 mai 1906 dans la ville de Lewiston (Pennsylvanie). Diplômé de l’U.S. Naval Academy en 1929, il en sort sous-lieutenant dans le corps des Marines et part en 1931 servir au Nicaragua dans le cadre des Banana Wars[1]. Suite au désengagement américain en 1933, Griffith est affecté en Chine, où des unités de Marines étaient postées pour assurer la protection des concessions internationales. De façon curieuse, il semble avoir été nommé traducteur-interprète à l’ambassade américaine de Nankin, alors qu’il ne connaissait pas encore la langue chinoise. Qu’à cela ne tienne : il se consacre aussitôt à son étude. Cette première affectation en Chine prend cependant fin en 1938.

Il sert ensuite à Cuba, en Angleterre et au Guadalcanal. Il est à cette occasion récompensé en 1942 de la Navy Cross et du Purple Heart pour son « héroïsme extrême et son courageux sens du devoir » lors d’un combat sur la rivière Matanikau au cours duquel il est blessé. Il sert ensuite en Nouvelle-Géorgie (la plus grande des îles Salomon, dans le Pacifique), où il est décoré de la Distinguished Service Cross.

A la fin de la guerre en 1945, il retourne en Chine commander le 3e régiment de Marine, puis toutes les unités de Marines de Qingdao (dans la province de Shandong, là où naquit Sun Tzu !). Regagnant les Etats-Unis en 1947, il y poursuit sa carrière dans les états-majors. Après avoir été chef d’Etat-major de la Fleet Marine Force de l’Atlantique, il prend sa retraite de général de brigade en 1956 à l’issue de 25 années de service.

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L’énigme de la jaquette

De quand date réellement cette jaquette ?

De quand date réellement cette jaquette ?

Les personnes qui rechercherait un exemplaire de la traduction de L’art de la guerre de Sun Tzu publiée par les éditions L’impensé radical se verraient présenter trois titres différents. Cela tient au succès rencontré par la traduction de Samuel Griffith parue aux éditions Flammarion en 1972, un an seulement après celle de L’impensé radical. Ainsi, « Les treize articles » de 1971 avec une couverture présentant une partie de go se sont vus affublés d’une jaquette rouge et blanche rebaptisant le traité « Les treize articles sur l’art de la guerre », puis, à la faveur d’une réimpression en 1978 : « L’art de la guerre » (cette dernière édition gommait en outre quasiment toute référence à la filiation avec la traduction du père Amiot). La mue était complète !

La jaquette rouge et blanche mettait en exergue un extrait de l’article paru dans le numéro d’été 1972 de la revue Tel quel, article signé Julia Kristeva :

Les Treize Articles présentent les pratiques militaires basées sur une appréciation dialectique des contradictions spécifiques de la guerre : les lieux, les armements, les moyens d’attaque selon les dispositions matérielles et idéologiques des deux parties, etc. Chaque élément est vu comme un procès dans lequel se confrontent deux aspects sous des formes à chaque fois concrètes et spécifiques. La pratique juste est celle qui tient compte des deux aspects du procès, utilise l’un pour atteindre l’autre à l’intérieur d’un mouvement qu’aucun arbitraire ne peut arrêter. Pour avoir placé la dialectique comme loi du monde objective, pour l’avoir décelée dans les rapports des sujets et des groupes humains, et pour en avoir fait – en conséquence – la science de la pratique militaire, les écrits de Sun Tse nous apparaissent aujourd’hui comme des précurseurs de la logique de la guerre populaire en même temps que de la lutte idéologique.

Le 4e de couverture de la jaquette reprenait quant à lui des commentaires émis par de grandes figures françaises, aujourd’hui toutes disparues, qui louaient le texte de Sun Tzu : Michel Foucault, Jacques Derrida, Gilles Deleuze et Jean Chesneaux.

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Quatre bougies et un ralentissement

Quatre ans tout de même !...

Quatre ans tout de même !…

Sun Tzu France fête son quatrième anniversaire !

Nous sommes fiers d’avoir tenu l’aventure de la durée (quatre ans tout de même, cela commence à faire « vieux chêne » dans le monde des blogs…) et de la fréquence : un billet tous les six jours sans interruption – sauf le mois d’août.

La fréquentation a légèrement augmenté depuis l’année dernière. Le profil des personnes qui suivent réellement ce blog (et pas ceux qui y aboutissent suite à une requête Google) nous reste en revanche relativement obscur : qui peut réellement attendre le dernier billet d’un sujet aussi spécialisé et, pire encore, le lire dans son intégralité ?… Si vous faites partie de ce genre de psychopathes, n’hésitez pas à nous contacter : nous sommes réellement intéressés par comprendre ce qui vous intéresse dans ce blog !

Les billets les plus lus cette année ont été :

Durant les 15 jours qui ont suivi les attentats du 13 novembre dernier, la fréquentation du blog s’est fortement accrue ; 100 nouveaux profils sont venus s’abonner à notre fil Twitter Sun Tzu dit et certaines citations se sont vues retweetées un grand nombre de fois. La palme revenant à cette maxime postée le 22 novembre, retweetée 27 fois et mise en favoris sur 17 comptes  :

« Etre obligé de faire preuve de la plus grande cruauté pour se faire craindre de ses hommes est la marque d’une grande incompétence. » (chapitre 9)

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Un parc d’attraction sur Sun Tzu en Chine

Le parc culturel de Sun Tzu, à Guangrao

Le parc culturel de Sun Tzu, à Guangrao

Votre blog termine l’année sur une note festive, en annonçant l’ouverture prochaine d’un parc d’attraction chinois entièrement consacré à Sun Tzu !

Le parc se situera à Guangrao, dans la province de Shandong, où Sun Tzu serait né (nota : les villes de Binzhou et Huimin revendiquent également ce titre…). Un musée de Sun Tzu y réside déjà.

Ce ne sera pas le premier parc chinois consacré à Sun Tzu, mais celui-ci promet d’être assez immense.

Plus d’informations sur le site http://www.china-suntzu.com/

Source de l’image

Panorama 2015 des livres papier de L’art de la guerre

La Fnac des Halles, à Paris

Le rayon Sun Tzu de la Fnac des Halles, à Paris

En 2012, nous avions effectué un recensement de toutes les versions papier existantes du traité de Sun Tzu. Le marché de l’édition évoluant rapidement (surtout pour ce titre), un point de situation parait aujourd’hui opportun.

Même si la plupart des ouvrages épuisés se trouvent sur le marché de l’occasion (aujourd’hui facilement accessible de n’importe où grâce à Internet), nous ne nous intéresserons ici qu’aux versions toujours approvisionnées en librairies (physiques ou en ligne).

Une grande nouveauté par rapport à 2012 est la banalisation de l’autoédition et de l’impression à la demande. Pas moins de 12 titres recourant à ces procédés sont actuellement disponibles. Mais l’offre évolue très rapidement : des éditions naissent, d’autres meurent, à un rythme tel qu’il est probable que la photographie faite aujourd’hui sera fort différente de celle qui pourra être prise dans un an ou deux. Ces ouvrages en impression à la demande ne sont toutefois disponibles que via Internet, et il est dès lors très improbable qu’une librairie physique en propose nativement en rayon, voire les commande pour vous (elle n’y aurait économiquement aucun intérêt). Cela n’a aucune importance : à l’exception de celui qui voudrait découvrir le texte original de la traduction de 1772, ces impressions à la demande ne présentent aucun intérêt (d’autant plus qu’elles sont en réalité quasiment toutes des versions de l’Impensé radical…).

Le rythme de parutions / disparitions est très élevé. Parfois cela ne représente pas une grande perte (les n-ièmes reprises d’une version du père Amiot), mais parfois le travail était intéressant et il est regrettable qu’il ne soit plus disponible (comme la version de Samuel Griffith parue en 2006 aux édition Evergreen, voire la version en bande dessinée parue en 2000 aux éditions Vent d’Ouest.

Précisons pour finir qu’un certain nombre d’ouvrages portent le titre « L’art de la guerre » voire « L’art de la guerre de Sun Tzu » sans être pour autant des versions du traité. Mais le titre fait vendre… A contrario, le traité se dissimule parfois sous son titre historique « Les treize articles », et la graphie du nom du stratège chinois peut varier : Sun Tzu, Sun Tsu, Sun Tse, Sun-Tse, Sun Zi, Sunzi, …

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Une nouvelle conférence mondiale sur Sun Tzu

La première conférence américaine sur Sun Tzu affichant une ambition internationale

La première conférence américaine sur Sun Tzu affichant une ambition internationale

Après avoir évoqué la semaine dernière le cycle de conférences en cours à Paris sur L’art de la guerre de Sun Tzu, signalons que l’année 2016 verra la création aux Etats-Unis d’une conférence annuelle sur la même thématique. Elle ne sera pas le premier évènement à revendiquer une portée mondiale sur le sujet : un symposium, se réunissant à fréquence chaotique, existe déjà en Chine depuis 1989[1]. Mais la localisation étatsunienne devrait rendre cet évènement plus accessible aux occidentaux.

La conférence est organisée par Thomas Huynh, rédacteur de Sonshi.com, site consacré à l’exploitation des enseignements de Sun Tzu, et auteur d’une traduction américaine de L’art de la guerre parue sous le titre The Art of War — Spirituality for Conflict.

La conférence aura lieu le 27 février à Nashville (Tennessee), au sein de l’université de Vanderbilt. Le droit d’entrée est fixé à 250 $ (188 $ pour les inscriptions avant le 31 décembre 2015).

Les interventions annoncées sont :

  1. « Comparison of shark strategies and Sun Tzu strategies » par Robert Cantrell, auteur de Understanding Sun Tzu on the Art of War.
  2. « How Sun Tzu’s Art of War has helped the fight for democracy and civil rights in the Deep South » par Marvin Kramer, ancien procureur.
  3. « The Art of Health — debunking the myth of modern healthcare and how the principles in Sun Tzu’s Art of War help to achieve the best results in healthcare through preventive strategies » par le Dr Kevin Chan, médecin.
  4. « How 900 disadvantaged young girls were empowered by The Art of War’s principle of emotional control » par Jodi Wing, auteur de The Art of Social War.
  5. « Antifragility and Sun Tzu’s Art of War in Practice » par Si Alhir, coach et consultant.
  6. « The role of ancient strategic narratives in modern business strategy » par Kaihan Krippendorff, auteur de Outthink the Competition.
  7. « Embodying Sun Tzu: Lessons from a Martial Arts Master » par Becky Sheetz-Runkle, auteur de Sun Tzu for Women.
  8. « Understanding and Misunderstanding Sun Tzu’s Art of War » par Peter Lorge, auteur de Chinese Martial Arts: From Antiquity to the Twenty-First Century.
  9. « Sun Tzu’s Art of War for success at work and at home » par Thomas Huynh (précédemment évoqué).

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Six conférences sur Sun Tzu à Paris

Le professeur Aoyu WEI donnant la première conférence du cycle

Le professeur Aoyu WEI donnant la première conférence du cycle

Dans le cadre de ses « Dialogues entre la civilisation chinoise et la civilisation européenne », le Centre culturel de Chine à Paris organise six conférences sur L’art de la guerre de Sun Tzu, de décembre 2015 à mai 2016.

Autour du thème général « Sun Zi, L’Art de la Guerre et le management », les sujets traités seront les suivants :

  • Mardi 1er décembre à 19h : Introduction de « l’Art de la Guerre » : un livre qui ne traite pas que de la guerre ; Sun Zi et la philosophie taoïste ; Sun Zi et la pensée confucéenne ; Sun Zi et l’école légiste ; une façon de penser systémique ; la notion du soft power.
  • Mercredi 13 janvier à 19h : Sun Zi et la culture stratégique chinoise : questions géostratégique, géopolitique, géoéconomique ; la vision stratégique chinoise et son application en Asie, en Afrique et en Amérique latine dans les années 1960 à 1980.
  • Mardi 16 février à 19h : Sun Zi et « L’Art de la Guerre » dans le monde occidental, ses spécificités par rapport à Carl Von Clausewitz, ses influences sur les stratèges européens et américains au XIXe siècle et au XIXe siècle.
  • Lundi 14 mars à 19h : « L’Art de la Guerre » et ses applications dans le domaine des stratagèmes : « Les Trente Six stratagèmes » et dans la littérature de la guerre « Les Trois Royaumes » et « Au Bord de l’Eau », et même dans « Pèlerinage à l’Ouest ».

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A propos de L’impensé radical

1971 : Une couverture présentant une partie de go

1971 : Une couverture présentant une partie de go

En 1969 s’ouvrait à Paris une petite librairie confidentielle, L’impensé radical. Ce nom allait s’imposer pendant 20 ans au sein de la communauté des amateurs de stratégie.

C’est en effet en janvier 1969 que Luc Thanassecos, alors encore étudiant en sciences politiques, racheta la librairie Le meilleur des Mondes, la rebaptisa et lui donna une toute autre direction : les œuvres de stratégie. Point particulier : Luc Thanassecos était un grand joueur ; outre les traditionnels échecs, il officiait dans le monde naissant du go. Il fut ainsi entre autre fondateur du premier club français de cette discipline et en édita les premières revues. Echecs et go, ces deux classiques ne furent pas les seuls jeux à lui être redevables : shogi, djambi, xiangqi, awélé, mah-jong, … Tous ces noms aujourd’hui familiers aux joueurs doivent une grande partie de leur découverte à L’impensé radical, qui les édita comme boîtes de jeu et publia presque à chaque fois un voire plusieurs ouvrages sur le sujet. La librairie fonctionnait comme un véritable laboratoire : n’importe qui pouvait y entrer pour simplement faire une partie de ces jeux encore inconnus du grand public.

En tant que maison d’édition, L’impensé radical fit également très occasionnellement paraître des titres plus généraux parmi lesquels, en 1971, Les treize articles d’un certain Sun Tse[1]. Version fortement remaniée de la traduction du père Amiot de 1772, la couverture représentait… une partie de go ! Le succès du traité chinois fut au rendez-vous, puisque trois réimpressions virent le jour (en 1972, 1976 et 1978). Dans ce cadre, la dernière ne resta pas insensible à la consécration de la traduction française de la version de Samuel Griffith parue en 1972 aux éditions Flammarion : en 1978, la version de L’impensé radical fut rebaptisée « L’art de la guerre » et affichait une couverture plus conventionnelle, supprimant la référence au jeu de go.

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La version la plus diffusée de L’art de la guerre n’est pas celle que l’on croit

Le fautif : le texte publié par L’impensé radical, dans sa version de 1978

Le fautif : le texte publié par L’impensé radical, dans sa version de 1978

Nous avions vu que les traductions de L’art de la guerre se revendiquant du père Amiot peuvent en réalité correspondre à quatre textes différents. Le plus diffusé d’entre eux est celui de L’impensé radical : il représente plus de 95 % de ces traductions dites « du père Amiot », ainsi que la quasi-totalité des versions numériques – à commencer par celle de Wikimédia – et les deux versions audio disponibles à ce jour.

Dès le début, les personnes à l’origine de ce texte se montrèrent relativement discrètes, nous amenant à désigner le travail réalisé par le simple nom de la maison d’édition : « L’impensé radical ». La page de garde de la version parue en 1971 indiquait en effet seulement « Edition préparée par Monique Beuzit, Roberto Cacérès, Paul Maman, Luc Thanassecos et Tran Ngoc An ». Aucune autre mention de ces « auteurs » n’était faite par la suite (à l’exception de Tran Ngoc An, cité pour avoir « collationné à Tokyo les éditions japonaises de L’art de la guerre »). Nous ne disposons d’aucun renseignement concernant ces protagonistes – excepté Luc Thanassecos, qui devrait faire l’objet du prochain billet. Ils étaient peut-être étudiants rue d’Ulm à ce moment-là, mais nos recherches sommaires ne nous ont pas permis d’en retrouver la trace. Nous serions au passage très reconnaissants à qui pourra nous mettre sur la piste d’une de ces personnes (qui ne doivent plus être très jeunes : cela fait maintenant 45 ans que l’ouvrage est sorti…).

Si la mention de ces « auteurs » était déjà relativement discrète en 1971, elle disparut totalement de l’édition de 1978 ! Le nom même du père Amiot se trouva relégué au seul emplacement des mentions de copyright. Les raisons de cette éclipse, pour le moins cavalière, nous sont inconnues.

Ce texte de copyright était d’ailleurs relativement flou sur l’importance des modifications apportées au texte du jésuite :

« Edition refondue et augmentée tirée de la version établie en 1772 par le Père de la Compagnie de Jésus J.-J.-M. AMIOT (1718-1794) ».

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L’impensé radical n’a pas reproduit le texte du père Amiot

N'en déplaise à l'éditeur, ce texte n’est pas du père Amiot

N’en déplaise à l’éditeur, ce texte n’est pas du père Amiot

[Note : la couleur est nécessaire pour lire ce texte.]

Après avoir étudié les différences existant entre le texte originel du père Amiot et sa déclinaison par Lucien Nachin en 1948, étudions maintenant la reprise que fit L’impensé radical en 1971.

Le substrat est indubitablement le texte du jésuite : s’il se trouve bien quelques maximes reformulées, sans doute pour apparaitre dans un français plus contemporain, il ne s’agit toutefois ici que de modifications sporadiques, sans rapport avec l’ampleur des changements opérées par Lucien Nachin. Le texte de base est sensiblement identique à celui de 1772.

« De base », car il se voit affublé de nombreux ajouts d’origines diverses. Une partie provient d’insertions dans le corps du texte de commentaires que le père Amiot faisait figurer en notes de bas de page. Par exemple, au chapitre 11, alors que le texte originel de 1772 était :

Veillez en particulier avec une extrême attention à ce qu’on ne sème pas de faux bruits, coupez racine aux plaintes, aux murmures, ne permettez pas qu’on tire des augures sinistres de tout ce qui peut arriver d’extraordinaire ; aimez vos troupes, procurez-leur tous les secours, tous les avantages, toutes les commodités dont elles peuvent avoir besoin.

… celui de L’impensé radical devient :

Veillez en particulier avec une extrême attention à ce qu’on ne sème pas de faux bruits, coupez racine aux plaintes et aux murmures, ne permettez pas qu’on tire des augures sinistres de tout ce qui peut arriver d’extraordinaire.
Si les devins ou les astrologues de l’armée ont prédit le bonheur, tenez-vous-en à leur décision ; s’ils parlent avec obscurité, interprétez en bien ; s’ils hésitent, ou qu’ils ne disent pas des choses avantageuses, ne les écoutez pas, faites-les taire.
Aimez vos troupes, et procurez-leur tous les secours, tous les avantages, toutes les commodités dont elles peuvent avoir besoin.

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Combattre le terrorisme au quotidien

Lutter est toujours possible, à tous les niveaux.

Lutter est toujours possible, à tous les niveaux.

Il n’est pas dans les habitudes de ce blog de traiter d’autres sujets que ceux relatifs à L’art de la guerre de Sun Tzu. Nous ferons une exception aujourd’hui.

Comme la plupart des Français, vous ne souhaitez pas rester inactif face aux attentats du 13 novembre dernier. Outre le désir de venir en aide (soutien psychologique aux personnes qui en ont besoin, exercice renforcé de votre métier s’il a un rapport avec les évènements, don aux ONG d’aide aux victimes, etc.), vous ressentez peut-être également le besoin de réagir, de ne pas subir ces évènements. Bref, de lutter contre les terroristes.

Bien sûr, vous pourriez aller en Syrie, vous improviser fantassin et tenter de tuer tous ceux que vous verriez porter le drapeau de Daech. Outre que la capacité à un tel engagement solitaire ne concerne qu’une infime minorité de la population, il signifie aussi dans une certaine mesure un renoncement à notre État de droit, que justement les terroristes combattent. Car en France, les générations précédentes ont progressivement mis en place l’idée que, tout comme il est interdit aux citoyens de rendre justice par eux-mêmes, seules les forces armées assermentées (ie les militaires) ont l’autorisation d’aller mener des actions de guerre contre les ennemis de l’État. Ainsi, il est aujourd’hui interdit aux citoyens français d’aller spontanément se battre en Syrie (ou ailleurs).

Il existe pourtant plusieurs moyens simples de combattre à votre niveau les terroristes.

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2000e abonné au fil Twitter Sun Tzu dit

La tendance de l’année : Sun Tzu vu comme un guerrier ?

La tendance de l’année : Sun Tzu vu comme un guerrier ?

Le cap du 2000e abonné vient d’être franchi pour notre fil Twitter postant deux fois par jour (à 7h00 et à 17h00) une citation de Sun Tzu.

Alors que la progression du nombre d’abonnés était relativement linéaire depuis sa création en mars 2012, une accélération s’est faite ressentir en début d’année 2015. Les attentats de Charlie Hebdo n’y sont peut-être pas étrangers : pendant plusieurs mois, la majeure partie des nouveaux venus affichait un profil arabo-musulman (alors que les profils non occidentaux provenaient jusque là quasi-exclusivement d’Afrique francophone), dont une frange présentant ouvertement une incitation au jihad.

Doit-on y lire une évolution dans la perception de Sun Tzu ? Depuis sa véritable découverte en Occident, L’art de la guerre s’est essentiellement révélé une source d’inspiration pour l’entreprise et la société civile. Se pourrait-il qu’apparaisse un renouveau du stratège chinois vu comme une icône guerrière ? Après la déferlante d’adaptations à tous les domaines imaginables que nous avons connue ces dernières années, le temps est peut-être venu de publier un « L’art de la guerre pour les militaires » …

Terminons avec les citations les plus retweetées depuis le début de l’année : Lire la suite

Deadpool : L’art de la guerre

Sun Tzu et Deadpool : mariage improbable pour un résultat incertain...

Sun Tzu et Deadpool : mariage improbable pour un résultat incertain…

Un nouvel OVNI vient d’apparaitre dans l’univers de Sun Tzu : le comics « Deadpool : L’art de la guerre ».

Cette bande dessinée est un mélange surprenant entre les aventures « normales » du super-héros trash Deadpool et le traité de Sun Tzu…

Créé en 1991, Deadpool est un personnage relativement décalé de l’univers Marvel (humour permanent, mises en abyme, etc.). L’annonce de son adaptation en film (la sortie est programmée pour février 2016) a provoqué ces derniers mois une déferlante de traductions en France. C’est dans ce cadre que ce croisement improbable avec Sun Tzu arrive sur nos côtes, moins d’un an après sa parution outre-Atlantique.

L’histoire ? Fort de son expérience de combattant, Deadpool tombe sous le charme de L’art de la guerre et décide d’étudier sa mise application en provoquant une guerre entre Thor et son frère Loki, puis entre Loki et la Terre entière… Cette trame narrative permet à l’anti-héros d’égrainer les conseils de Sun Tzu, soit à l’un des participants, soit en voix off pour expliquer une défaite ou une victoire.

Les préceptes de L’art de la guerre sont assez souvent malmenés : parfois pris dans un sens très réducteur, ils sont même par endroits compris de travers, quand ils ne sont tous simplement pas écartés ! Nous sommes très loin des bandes dessinées entièrement consacrées à Sun Tzu comme celle de Wang Xuanming ou de Tsai Chih Chung.

Signé Peter David pour le scénario et Scott Koblish pour le dessin, ce comics de 96 pages est vendu 13 € aux éditions Panini. Il comprend l’aventure complète, originellement parue aux Etats-Unis en 4 numéros de décembre 2014 à mars 2015, et inclut en bonus une aventure de 8 pages datant de 2008 (sans rapport avec l’histoire précédente). La couverture est rigide et le papier de qualité. Il est au passage amusant de constater le flou artistique des Américains entre la Chine et le Japon (toutes les illustrations de couverture sont des pastiches de peintures japonaises…)

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La version de Lucien Nachin n’est pas celle du père Amiot

Page de garde de la version originelle de 1948

Un texte que l’on trouve aujourd’hui estampillé « traduit par le père Amiot » mais qui ne l’était pourtant pas lors de sa sortie en 1948

En 1948 paraissait un ouvrage intitulé Sun Tse et les anciens Chinois. La page de garde indiquait « présentés et annotés par Lucien Nachin » et, en dehors de l’introduction, nulle mention n’était faite du père Amiot. Et pour cause : le texte présenté ici était fort différent de celui paru en 1772.

Nous avions précédemment constaté que la version de Lucien Nachin était 20 % moins longue que l’original du père Amiot (19 190 mots contre 24 969). La raison en est que l’ancien militaire élaguait ce qu’il jugeait inutile ou redondant. Le chapitre 11 s’achève par exemple ainsi :

Père Amiot : « Avant que la campagne soit commencée, soyez comme une jeune fille qui ne sort pas de la maison ; elle s’occupe des affaires du ménage, elle a soin de tout préparer, elle voit tout, elle entend tout, elle fait tout, elle ne se mêle d’aucune affaire en apparence. La campagne une fois commencée, vous devez avoir la promptitude d’un lièvre qui, se trouvant poursuivi par des chasseurs, tâcherait, par mille détours, de trouver enfin son gîte, pour s’y réfugier en sureté. »

Lucien Nachin : « Quand la campagne n’est pas commencée, soyez comme une jeune fille dans sa maison. Quand la campagne est entamée, ayez du lièvre la promptitude et l’ennemi ne pourra tenir devant vous. »

Au-delà de cette compression, Lucien Nachin a surtout reformulé une grande partie du texte de 1772 :

« Certaines expressions, en vieillissant, ont perdu de leur vigueur ; d’autres sont devenues désuètes ; pour la clarté, quelques-unes doivent céder la place à des termes plus modernes et dont le sens est admis par tous. » (Introduction de Lucien Nachin à l’édition de 1948)

La « modernisation » est loin d’être anodine pour le texte. Comparons, à titre d’exemple, la fin du chapitre 1 pour les deux versions : Lire la suite

« Traduction du père Amiot » : de quoi parle-t-on ?

Pierre tombale du père Amiot, en Chine. 200 ans après sa mort, le jésuite publiait toujours de nouveaux textes…

Pierre tombale du père Amiot, en Chine. 200 ans après sa mort, le jésuite publiait toujours de nouveaux textes…

L’intégralité des versions de L’art de la guerre disponibles gratuitement, et une bonne partie des payantes, affirment être des traductions du père Amiot. Ce n’est pourtant le cas que d’un très petit nombre d’entre elles, toutes les autres étant des textes produits à partir de la version de 1772, mais s’en éloignant au final suffisamment pour que l’on ne puisse plus considérer qu’il s’agisse du même texte. Trois voire quatre textes différents se réclament ainsi « du père Amiot ».

Le premier est l’original. Lire la suite

Des raisons de l’imposture du père Amiot

Le père Amiot. Des sources de piètre qualité dans une langue difficile ont conduit le jésuite à produire une traduction aujourd’hui largement surpassée.

Le père Amiot. Des sources de piètre qualité dans une langue difficile ont conduit le jésuite à produire une traduction aujourd’hui largement surpassée.

Après avoir vu dans le billet précédent pourquoi la traduction du père Amiot avait pu être qualifiée d’« imposture » par le sinologue britannique Lionel Giles, nous allons maintenant chercher à en comprendre les raisons.

Force est déjà de constater que le texte livré par le père Amiot est 2,5 fois plus long que les traductions modernes (24969 mots contre 9668 pour celle de Jean Lévi[1]). La raison en est que le père Amiot mêlait à sa traduction commentaires et explications de texte[2]. Le jésuite ne s’en cachait d’ailleurs pas :

« J’entrepris donc, non pas de traduire littéralement, mais de donner une idée de la manière dont les meilleurs auteurs chinois parlent de la guerre, d’expliquer d’après eux leurs préceptes militaires, en conservant leur style autant qu’il m’a été possible, sans défigurer notre langue, et en donnant quelque jour à leurs idées, lorsqu’elles étaient enveloppées dans les ténèbres de la métaphore, de l’amphibologie, de l’énigme ou de l’obscurité. » (Discours du traducteur in Art militaire des Chinois, 1772, pp. 6 à 9.)

Il est cependant curieux d’observer que si de nombreux commentaires sont inclus dans le texte, certains en revanche figurent en note de bas page :

« Il y a, dit le commentateur, neuf sortes de terrains où une armée peut se trouver ; il y a par conséquent neuf sortes de lieux sur lesquels elle peut combattre ; par conséquent encore il y a neuf manières différentes d’employer les troupes, neuf manières de vaincre l’ennemi, neuf manières de tirer parti de ses avantages, et neuf manières de profiter de ses pertes mêmes. C’est pour mieux faire sentir la nécessité de bien connaître le terrain, que Sun-tse revient plus d’une fois au même sujet, et qu’il place cet article immédiatement après celui où il traite expressément de la connaissance du terrain. » (chapitre 11)

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