Sun Tzu dans les dictionnaires

La définition du Larousse

La définition du Larousse

Nous allons ici dresser un rapide panorama de la présence de Sun Tzu dans les ouvrages de référence : L’encyclopédie Universalis, le dictionnaire Larousse et Wikipédia. Ainsi que leurs grands homologues.

L’Universalis ne consacre pas d’article dédié à Sun Tzu. A peine est-il fait mention du stratège dans les articles « Armée » et « Guérilla » ; on le trouve également cité dans les biographies des personnalités françaises s’étant revendiquées de ses enseignements : Pierre Naville, Guy Debord et même l’athlète Teddy Tamgho ! A titre de comparaison, Clausewitz dispose d’un article complet, ainsi que de plusieurs entrées dans le Thésaurus.

L’Encyclopaedia Britannica consacre, elle, un court article : 246 mots (contre 1600 pour celui de Clausewitz).

L’entrée dans le dictionnaire Larousse ne date que de 1998. Le texte n’a pas varié depuis :

Sun Zi ou Sun Tse, VIe – Ve s. av. J.-C., théoricien militaire chinois. Son Art de la guerre, où il privilégie le renseignement et la surprise, constitue le plus ancien traité de stratégie connu.

Il est intéressant de voir que le Larousse véhicule toujours les dates fantaisistes de sa vie. La situation est assez étrange chez les éditions Le Robert : l’entrée Sun Zi figure dans le Dixel depuis 2009, mais est toujours absente du Petit Robert des noms propres. Dans le Dixel, la définition est alors légèrement différente de celle du Larousse ; on n’y détaille plus le contenu de l’ouvrage, mais il est précisé que son existence est hypothétique :

Sun Zi ou Sun Tse Théoricien militaire chinois (VIe – Ve s. av. J.-C.) dont l‘existence reste hypothétique. Il est l’auteur du premier traité de stratégie connu (L’art de la guerre).

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Des maximes apocryphes issues du manuscrit du Yinqueshan

Les fragments encore exploitables du manuscrits de Yinqueshan

Les fragments encore exploitables du manuscrits de Yinqueshan

Nous avions vu dans le précédent billet des maximes apocryphes attribuées à un « Maître Ho » dont on ne sait aujourd’hui rien.

D’autres maximes orphelines existent, telles celles trouvées dans le manuscrit du Yinqueshan. Il semble dans ce cas que des commentaires se soient retrouvés incorporés au texte du traité.

Les maximes suivantes proviennent de la traduction de Jean Lévi parue aux éditions Fayard/Pluriel. En rouge, le texte commun de L’art de la guerre.

Chapitre 8

[…] Il est des voies à ne pas emprunter, des villes à ne pas investir, des armées à ne pas affronter, des provinces à ne pas conquérir, des ordres royaux à ne pas obéir.

II est des routes à ne pas emprunter : cela signifie que si l’on ne s’y engage qu’à moitié, on ne pourra pas atteindre les objectifs fixés et que si on s’y engage pro­fondément, on n’obtiendra aucun bénéfice par la suite ; de sorte qu’il est désavantageux de bouger ; mais à rester sur place, on risque de se trouver encerclé.

On n’attaque pas une armée même quand on en a les moyens : cela signifie que me trouvant face à face avec l’adversaire, bien que je dispose de forces suffisantes pour lui livrer combat et suis en mesure d’acculer son général, je calcule, qu’à long terme, ils ont de leur côté la puissance d’un stratagème extraordinaire et la possibilité d’un coup habile… Dans un cas semblable, on s’abstient de livrer combat même si on le peut.

Des villes à ne pas attaquer : c’est-à-dire que même au cas où je dispose de forces suffisantes pour emporter la place, si je l’emporte, une fois conquise je ne pourrai la garder, sans être en mesure de remporter un avantage pour la suite des opérations.

Des terres qu’on s’abstient de conquérir : ce sont des contrées montagneuses ou humides, sur lesquelles rien ne pousse…

Chapitre 9  [note : Le texte du Yinqueshan est très fragmentaire en cet endroit] Lire la suite

Des maximes apocryphes de Sun Tzu : Les questions du roi de Wou

Sun Tzu présentant son traité au roi de Wou

Sun Tzu présentant son traité au roi de Wou

On ne connait rien de Maître Ho (ou Ho Yen-si), si ce n’est qu’il a été l’un des commentateurs traditionnels sélectionnés par Cao Cao. Au chapitre 11 du traité, son commentaire livre un entretien entre le roi de Wou et Sun Tzu. Il se peut qu’il s’agisse de paragraphes perdus d’une des différentes ver­sions du texte en circulation à l’époque des Royaumes Combattants, ou plus tard, ainsi que porte à le faire croire le manuscrit trouvé à Yinqueshan, lequel recueille, dans sa seconde section, des matériaux du même ordre : « Questions du roi de Wou », « Entrevue avec le roi de Wou », etc.

Ces commentaires se trouvent au début du chapitre 11 de L’art de la guerre :

« A la guerre, un terrain peut être de dispersion, de négligence, de confrontation, de rencontre, de communication, de diligence, de sape, d’encerclement ou d’anéantissement.
Quand on livre combat sur son propre fief, on se trouve en terre de dispersion.
Quand l’armée s’est à peine aventurée en territoire ennemi, elle se trouve en terre de négligence.
Une terre de confrontation est celle dont la possession est profitable à chacune des deux parties.
Une terre de rencontre offre aux belligérants une totale liberté de mouvements.
Une terre de communication est une portion d’une principauté qui, en jouxtant trois autres, assure au premier arrivé le soutien des armées des seigneurs.
Qui, s’étant profondément enfoncé en territoire ennemi, a derrière soi une multitude de villes fortes adverses, se trouve en terre de diligence.
Une armée qui progresse à travers montagnes, forêts, passes, marais ou toute autre région accidentée, et dont la route est mal aisée, évolue en terre de sape.
Une terre d’encerclement se reconnaît à ce qu’on ne peut y accéder que par un passage étroit et en sortir par un chemin sinueux, de sorte que l’ennemi peut attaquer avec des effectifs bien inférieurs.
En terre d’anéantissement, une armée doit se battre avec l’énergie du désespoir ou périr. »

Les propos suivants de Maitre Ho sont issus de la traduction de Jean Lévi parue aux éditions Fayard/Pluriel.

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Samuel Griffith, l’homme qui fit découvrir Sun Tzu à l’Occident

Le général Griffith, traducteur de Sun Tzu en 1963

Le général Griffith, traducteur de Sun Tzu en 1963

N’en déplaise aux antiennes affirmant que, depuis sa traduction par le père Amiot en 1772 , Sun Tzu a été lu par les plus grands chefs militaires – à commencer par Napoléon – et qu’il a été enseigné dans les écoles militaires du monde entier, nous savons que la traduction de 1772 a, sitôt sortie, plongé dans un total oubli. En dépit de quelques soubresauts (la traduction britannique de Lionel Giles en 1910, la nouvelle version de Lucien Nachin opérée à partir de celle du père Amiot en 1948, …), le nom de Sun Tzu ne commença à être véritablement connu du grand public qu’à partir de 1963, date de  parution de la traduction anglaise de Samuel Griffith.

Samuel Blair Griffith II est né le 31 mai 1906 dans la ville de Lewiston (Pennsylvanie). Diplômé de l’U.S. Naval Academy en 1929, il en sort sous-lieutenant dans le corps des Marines et part en 1931 servir au Nicaragua dans le cadre des Banana Wars[1]. Suite au désengagement américain en 1933, Griffith est affecté en Chine, où des unités de Marines étaient postées pour assurer la protection des concessions internationales. De façon curieuse, il semble avoir été nommé traducteur-interprète à l’ambassade américaine de Nankin, alors qu’il ne connaissait pas encore la langue chinoise. Qu’à cela ne tienne : il se consacre aussitôt à son étude. Cette première affectation en Chine prend cependant fin en 1938.

Il sert ensuite à Cuba, en Angleterre et au Guadalcanal. Il est à cette occasion récompensé en 1942 de la Navy Cross et du Purple Heart pour son « héroïsme extrême et son courageux sens du devoir » lors d’un combat sur la rivière Matanikau au cours duquel il est blessé. Il sert ensuite en Nouvelle-Géorgie (la plus grande des îles Salomon, dans le Pacifique), où il est décoré de la Distinguished Service Cross.

A la fin de la guerre en 1945, il retourne en Chine commander le 3e régiment de Marine, puis toutes les unités de Marines de Qingdao (dans la province de Shandong, là où naquit Sun Tzu !). Regagnant les Etats-Unis en 1947, il y poursuit sa carrière dans les états-majors. Après avoir été chef d’Etat-major de la Fleet Marine Force de l’Atlantique, il prend sa retraite de général de brigade en 1956 à l’issue de 25 années de service.

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L’énigme de la jaquette

De quand date réellement cette jaquette ?

De quand date réellement cette jaquette ?

Les personnes qui rechercherait un exemplaire de la traduction de L’art de la guerre de Sun Tzu publiée par les éditions L’impensé radical se verraient présenter trois titres différents. Cela tient au succès rencontré par la traduction de Samuel Griffith parue aux éditions Flammarion en 1972, un an seulement après celle de L’impensé radical. Ainsi, « Les treize articles » de 1971 avec une couverture présentant une partie de go se sont vus affublés d’une jaquette rouge et blanche rebaptisant le traité « Les treize articles sur l’art de la guerre », puis, à la faveur d’une réimpression en 1978 : « L’art de la guerre » (cette dernière édition gommait en outre quasiment toute référence à la filiation avec la traduction du père Amiot). La mue était complète !

La jaquette rouge et blanche mettait en exergue un extrait de l’article paru dans le numéro d’été 1972 de la revue Tel quel, article signé Julia Kristeva :

Les Treize Articles présentent les pratiques militaires basées sur une appréciation dialectique des contradictions spécifiques de la guerre : les lieux, les armements, les moyens d’attaque selon les dispositions matérielles et idéologiques des deux parties, etc. Chaque élément est vu comme un procès dans lequel se confrontent deux aspects sous des formes à chaque fois concrètes et spécifiques. La pratique juste est celle qui tient compte des deux aspects du procès, utilise l’un pour atteindre l’autre à l’intérieur d’un mouvement qu’aucun arbitraire ne peut arrêter. Pour avoir placé la dialectique comme loi du monde objective, pour l’avoir décelée dans les rapports des sujets et des groupes humains, et pour en avoir fait – en conséquence – la science de la pratique militaire, les écrits de Sun Tse nous apparaissent aujourd’hui comme des précurseurs de la logique de la guerre populaire en même temps que de la lutte idéologique.

Le 4e de couverture de la jaquette reprenait quant à lui des commentaires émis par de grandes figures françaises, aujourd’hui toutes disparues, qui louaient le texte de Sun Tzu : Michel Foucault, Jacques Derrida, Gilles Deleuze et Jean Chesneaux.

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Quatre bougies et un ralentissement

Quatre ans tout de même !...

Quatre ans tout de même !…

Sun Tzu France fête son quatrième anniversaire !

Nous sommes fiers d’avoir tenu l’aventure de la durée (quatre ans tout de même, cela commence à faire « vieux chêne » dans le monde des blogs…) et de la fréquence : un billet tous les six jours sans interruption – sauf le mois d’août.

La fréquentation a légèrement augmenté depuis l’année dernière. Le profil des personnes qui suivent réellement ce blog (et pas ceux qui y aboutissent suite à une requête Google) nous reste en revanche relativement obscur : qui peut réellement attendre le dernier billet d’un sujet aussi spécialisé et, pire encore, le lire dans son intégralité ?… Si vous faites partie de ce genre de psychopathes, n’hésitez pas à nous contacter : nous sommes réellement intéressés par comprendre ce qui vous intéresse dans ce blog !

Les billets les plus lus cette année ont été :

Durant les 15 jours qui ont suivi les attentats du 13 novembre dernier, la fréquentation du blog s’est fortement accrue ; 100 nouveaux profils sont venus s’abonner à notre fil Twitter Sun Tzu dit et certaines citations se sont vues retweetées un grand nombre de fois. La palme revenant à cette maxime postée le 22 novembre, retweetée 27 fois et mise en favoris sur 17 comptes  :

« Etre obligé de faire preuve de la plus grande cruauté pour se faire craindre de ses hommes est la marque d’une grande incompétence. » (chapitre 9)

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Un parc d’attraction sur Sun Tzu en Chine

Le parc culturel de Sun Tzu, à Guangrao

Le parc culturel de Sun Tzu, à Guangrao

Votre blog termine l’année sur une note festive, en annonçant l’ouverture prochaine d’un parc d’attraction chinois entièrement consacré à Sun Tzu !

Le parc se situera à Guangrao, dans la province de Shandong, où Sun Tzu serait né (nota : les villes de Binzhou et Huimin revendiquent également ce titre…). Un musée de Sun Tzu y réside déjà.

Ce ne sera pas le premier parc chinois consacré à Sun Tzu, mais celui-ci promet d’être assez immense.

Plus d’informations sur le site http://www.china-suntzu.com/

Source de l’image

Panorama 2015 des livres papier de L’art de la guerre

La Fnac des Halles, à Paris

Le rayon Sun Tzu de la Fnac des Halles, à Paris

En 2012, nous avions effectué un recensement de toutes les versions papier existantes du traité de Sun Tzu. Le marché de l’édition évoluant rapidement (surtout pour ce titre), un point de situation parait aujourd’hui opportun.

Même si la plupart des ouvrages épuisés se trouvent sur le marché de l’occasion (aujourd’hui facilement accessible de n’importe où grâce à Internet), nous ne nous intéresserons ici qu’aux versions toujours approvisionnées en librairies (physiques ou en ligne).

Une grande nouveauté par rapport à 2012 est la banalisation de l’autoédition et de l’impression à la demande. Pas moins de 12 titres recourant à ces procédés sont actuellement disponibles. Mais l’offre évolue très rapidement : des éditions naissent, d’autres meurent, à un rythme tel qu’il est probable que la photographie faite aujourd’hui sera fort différente de celle qui pourra être prise dans un an ou deux. Ces ouvrages en impression à la demande ne sont toutefois disponibles que via Internet, et il est dès lors très improbable qu’une librairie physique en propose nativement en rayon, voire les commande pour vous (elle n’y aurait économiquement aucun intérêt). Cela n’a aucune importance : à l’exception de celui qui voudrait découvrir le texte original de la traduction de 1772, ces impressions à la demande ne présentent aucun intérêt (d’autant plus qu’elles sont en réalité quasiment toutes des versions de l’Impensé radical…).

Le rythme de parutions / disparitions est très élevé. Parfois cela ne représente pas une grande perte (les n-ièmes reprises d’une version du père Amiot), mais parfois le travail était intéressant et il est regrettable qu’il ne soit plus disponible (comme la version de Samuel Griffith parue en 2006 aux édition Evergreen, voire la version en bande dessinée parue en 2000 aux éditions Vent d’Ouest.

Précisons pour finir qu’un certain nombre d’ouvrages portent le titre « L’art de la guerre » voire « L’art de la guerre de Sun Tzu » sans être pour autant des versions du traité. Mais le titre fait vendre… A contrario, le traité se dissimule parfois sous son titre historique « Les treize articles », et la graphie du nom du stratège chinois peut varier : Sun Tzu, Sun Tsu, Sun Tse, Sun-Tse, Sun Zi, Sunzi, …

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Une nouvelle conférence mondiale sur Sun Tzu

La première conférence américaine sur Sun Tzu affichant une ambition internationale

La première conférence américaine sur Sun Tzu affichant une ambition internationale

Après avoir évoqué la semaine dernière le cycle de conférences en cours à Paris sur L’art de la guerre de Sun Tzu, signalons que l’année 2016 verra la création aux Etats-Unis d’une conférence annuelle sur la même thématique. Elle ne sera pas le premier évènement à revendiquer une portée mondiale sur le sujet : un symposium, se réunissant à fréquence chaotique, existe déjà en Chine depuis 1989[1]. Mais la localisation étatsunienne devrait rendre cet évènement plus accessible aux occidentaux.

La conférence est organisée par Thomas Huynh, rédacteur de Sonshi.com, site consacré à l’exploitation des enseignements de Sun Tzu, et auteur d’une traduction américaine de L’art de la guerre parue sous le titre The Art of War — Spirituality for Conflict.

La conférence aura lieu le 27 février à Nashville (Tennessee), au sein de l’université de Vanderbilt. Le droit d’entrée est fixé à 250 $ (188 $ pour les inscriptions avant le 31 décembre 2015).

Les interventions annoncées sont :

  1. « Comparison of shark strategies and Sun Tzu strategies » par Robert Cantrell, auteur de Understanding Sun Tzu on the Art of War.
  2. « How Sun Tzu’s Art of War has helped the fight for democracy and civil rights in the Deep South » par Marvin Kramer, ancien procureur.
  3. « The Art of Health — debunking the myth of modern healthcare and how the principles in Sun Tzu’s Art of War help to achieve the best results in healthcare through preventive strategies » par le Dr Kevin Chan, médecin.
  4. « How 900 disadvantaged young girls were empowered by The Art of War’s principle of emotional control » par Jodi Wing, auteur de The Art of Social War.
  5. « Antifragility and Sun Tzu’s Art of War in Practice » par Si Alhir, coach et consultant.
  6. « The role of ancient strategic narratives in modern business strategy » par Kaihan Krippendorff, auteur de Outthink the Competition.
  7. « Embodying Sun Tzu: Lessons from a Martial Arts Master » par Becky Sheetz-Runkle, auteur de Sun Tzu for Women.
  8. « Understanding and Misunderstanding Sun Tzu’s Art of War » par Peter Lorge, auteur de Chinese Martial Arts: From Antiquity to the Twenty-First Century.
  9. « Sun Tzu’s Art of War for success at work and at home » par Thomas Huynh (précédemment évoqué).

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Six conférences sur Sun Tzu à Paris

Le professeur Aoyu WEI donnant la première conférence du cycle

Le professeur Aoyu WEI donnant la première conférence du cycle

Dans le cadre de ses « Dialogues entre la civilisation chinoise et la civilisation européenne », le Centre culturel de Chine à Paris organise six conférences sur L’art de la guerre de Sun Tzu, de décembre 2015 à mai 2016.

Autour du thème général « Sun Zi, L’Art de la Guerre et le management », les sujets traités seront les suivants :

  • Mardi 1er décembre à 19h : Introduction de « l’Art de la Guerre » : un livre qui ne traite pas que de la guerre ; Sun Zi et la philosophie taoïste ; Sun Zi et la pensée confucéenne ; Sun Zi et l’école légiste ; une façon de penser systémique ; la notion du soft power.
  • Mercredi 13 janvier à 19h : Sun Zi et la culture stratégique chinoise : questions géostratégique, géopolitique, géoéconomique ; la vision stratégique chinoise et son application en Asie, en Afrique et en Amérique latine dans les années 1960 à 1980.
  • Mardi 16 février à 19h : Sun Zi et « L’Art de la Guerre » dans le monde occidental, ses spécificités par rapport à Carl Von Clausewitz, ses influences sur les stratèges européens et américains au XIXe siècle et au XIXe siècle.
  • Lundi 14 mars à 19h : « L’Art de la Guerre » et ses applications dans le domaine des stratagèmes : « Les Trente Six stratagèmes » et dans la littérature de la guerre « Les Trois Royaumes » et « Au Bord de l’Eau », et même dans « Pèlerinage à l’Ouest ».

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A propos de L’impensé radical

1971 : Une couverture présentant une partie de go

1971 : Une couverture présentant une partie de go

En 1969 s’ouvrait à Paris une petite librairie confidentielle, L’impensé radical. Ce nom allait s’imposer pendant 20 ans au sein de la communauté des amateurs de stratégie.

C’est en effet en janvier 1969 que Luc Thanassecos, alors encore étudiant en sciences politiques, racheta la librairie Le meilleur des Mondes, la rebaptisa et lui donna une toute autre direction : les œuvres de stratégie. Point particulier : Luc Thanassecos était un grand joueur ; outre les traditionnels échecs, il officiait dans le monde naissant du go. Il fut ainsi entre autre fondateur du premier club français de cette discipline et en édita les premières revues. Echecs et go, ces deux classiques ne furent pas les seuls jeux à lui être redevables : shogi, djambi, xiangqi, awélé, mah-jong, … Tous ces noms aujourd’hui familiers aux joueurs doivent une grande partie de leur découverte à L’impensé radical, qui les édita comme boîtes de jeu et publia presque à chaque fois un voire plusieurs ouvrages sur le sujet. La librairie fonctionnait comme un véritable laboratoire : n’importe qui pouvait y entrer pour simplement faire une partie de ces jeux encore inconnus du grand public.

En tant que maison d’édition, L’impensé radical fit également très occasionnellement paraître des titres plus généraux parmi lesquels, en 1971, Les treize articles d’un certain Sun Tse[1]. Version fortement remaniée de la traduction du père Amiot de 1772, la couverture représentait… une partie de go ! Le succès du traité chinois fut au rendez-vous, puisque trois réimpressions virent le jour (en 1972, 1976 et 1978). Dans ce cadre, la dernière ne resta pas insensible à la consécration de la traduction française de la version de Samuel Griffith parue en 1972 aux éditions Flammarion : en 1978, la version de L’impensé radical fut rebaptisée « L’art de la guerre » et affichait une couverture plus conventionnelle, supprimant la référence au jeu de go.

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La version la plus diffusée de L’art de la guerre n’est pas celle que l’on croit

Le fautif : le texte publié par L’impensé radical, dans sa version de 1978

Le fautif : le texte publié par L’impensé radical, dans sa version de 1978

Nous avions vu que les traductions de L’art de la guerre se revendiquant du père Amiot peuvent en réalité correspondre à quatre textes différents. Le plus diffusé d’entre eux est celui de L’impensé radical : il représente plus de 95 % de ces traductions dites « du père Amiot », ainsi que la quasi-totalité des versions numériques – à commencer par celle de Wikimédia – et les deux versions audio disponibles à ce jour.

Dès le début, les personnes à l’origine de ce texte se montrèrent relativement discrètes, nous amenant à désigner le travail réalisé par le simple nom de la maison d’édition : « L’impensé radical ». La page de garde de la version parue en 1971 indiquait en effet seulement « Edition préparée par Monique Beuzit, Roberto Cacérès, Paul Maman, Luc Thanassecos et Tran Ngoc An ». Aucune autre mention de ces « auteurs » n’était faite par la suite (à l’exception de Tran Ngoc An, cité pour avoir « collationné à Tokyo les éditions japonaises de L’art de la guerre »). Nous ne disposons d’aucun renseignement concernant ces protagonistes – excepté Luc Thanassecos, qui devrait faire l’objet du prochain billet. Ils étaient peut-être étudiants rue d’Ulm à ce moment-là, mais nos recherches sommaires ne nous ont pas permis d’en retrouver la trace. Nous serions au passage très reconnaissants à qui pourra nous mettre sur la piste d’une de ces personnes (qui ne doivent plus être très jeunes : cela fait maintenant 45 ans que l’ouvrage est sorti…).

Si la mention de ces « auteurs » était déjà relativement discrète en 1971, elle disparut totalement de l’édition de 1978 ! Le nom même du père Amiot se trouva relégué au seul emplacement des mentions de copyright. Les raisons de cette éclipse, pour le moins cavalière, nous sont inconnues.

Ce texte de copyright était d’ailleurs relativement flou sur l’importance des modifications apportées au texte du jésuite :

« Edition refondue et augmentée tirée de la version établie en 1772 par le Père de la Compagnie de Jésus J.-J.-M. AMIOT (1718-1794) ».

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L’impensé radical n’a pas reproduit le texte du père Amiot

N'en déplaise à l'éditeur, ce texte n’est pas du père Amiot

N’en déplaise à l’éditeur, ce texte n’est pas du père Amiot

[Note : la couleur est nécessaire pour lire ce texte.]

Après avoir étudié les différences existant entre le texte originel du père Amiot et sa déclinaison par Lucien Nachin en 1948, étudions maintenant la reprise que fit L’impensé radical en 1971.

Le substrat est indubitablement le texte du jésuite : s’il se trouve bien quelques maximes reformulées, sans doute pour apparaitre dans un français plus contemporain, il ne s’agit toutefois ici que de modifications sporadiques, sans rapport avec l’ampleur des changements opérées par Lucien Nachin. Le texte de base est sensiblement identique à celui de 1772.

« De base », car il se voit affublé de nombreux ajouts d’origines diverses. Une partie provient d’insertions dans le corps du texte de commentaires que le père Amiot faisait figurer en notes de bas de page. Par exemple, au chapitre 11, alors que le texte originel de 1772 était :

Veillez en particulier avec une extrême attention à ce qu’on ne sème pas de faux bruits, coupez racine aux plaintes, aux murmures, ne permettez pas qu’on tire des augures sinistres de tout ce qui peut arriver d’extraordinaire ; aimez vos troupes, procurez-leur tous les secours, tous les avantages, toutes les commodités dont elles peuvent avoir besoin.

… celui de L’impensé radical devient :

Veillez en particulier avec une extrême attention à ce qu’on ne sème pas de faux bruits, coupez racine aux plaintes et aux murmures, ne permettez pas qu’on tire des augures sinistres de tout ce qui peut arriver d’extraordinaire.
Si les devins ou les astrologues de l’armée ont prédit le bonheur, tenez-vous-en à leur décision ; s’ils parlent avec obscurité, interprétez en bien ; s’ils hésitent, ou qu’ils ne disent pas des choses avantageuses, ne les écoutez pas, faites-les taire.
Aimez vos troupes, et procurez-leur tous les secours, tous les avantages, toutes les commodités dont elles peuvent avoir besoin.

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Combattre le terrorisme au quotidien

Lutter est toujours possible, à tous les niveaux.

Lutter est toujours possible, à tous les niveaux.

Il n’est pas dans les habitudes de ce blog de traiter d’autres sujets que ceux relatifs à L’art de la guerre de Sun Tzu. Nous ferons une exception aujourd’hui.

Comme la plupart des Français, vous ne souhaitez pas rester inactif face aux attentats du 13 novembre dernier. Outre le désir de venir en aide (soutien psychologique aux personnes qui en ont besoin, exercice renforcé de votre métier s’il a un rapport avec les évènements, don aux ONG d’aide aux victimes, etc.), vous ressentez peut-être également le besoin de réagir, de ne pas subir ces évènements. Bref, de lutter contre les terroristes.

Bien sûr, vous pourriez aller en Syrie, vous improviser fantassin et tenter de tuer tous ceux que vous verriez porter le drapeau de Daech. Outre que la capacité à un tel engagement solitaire ne concerne qu’une infime minorité de la population, il signifie aussi dans une certaine mesure un renoncement à notre État de droit, que justement les terroristes combattent. Car en France, les générations précédentes ont progressivement mis en place l’idée que, tout comme il est interdit aux citoyens de rendre justice par eux-mêmes, seules les forces armées assermentées (ie les militaires) ont l’autorisation d’aller mener des actions de guerre contre les ennemis de l’État. Ainsi, il est aujourd’hui interdit aux citoyens français d’aller spontanément se battre en Syrie (ou ailleurs).

Il existe pourtant plusieurs moyens simples de combattre à votre niveau les terroristes.

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2000e abonné au fil Twitter Sun Tzu dit

La tendance de l’année : Sun Tzu vu comme un guerrier ?

La tendance de l’année : Sun Tzu vu comme un guerrier ?

Le cap du 2000e abonné vient d’être franchi pour notre fil Twitter postant deux fois par jour (à 7h00 et à 17h00) une citation de Sun Tzu.

Alors que la progression du nombre d’abonnés était relativement linéaire depuis sa création en mars 2012, une accélération s’est faite ressentir en début d’année 2015. Les attentats de Charlie Hebdo n’y sont peut-être pas étrangers : pendant plusieurs mois, la majeure partie des nouveaux venus affichait un profil arabo-musulman (alors que les profils non occidentaux provenaient jusque là quasi-exclusivement d’Afrique francophone), dont une frange présentant ouvertement une incitation au jihad.

Doit-on y lire une évolution dans la perception de Sun Tzu ? Depuis sa véritable découverte en Occident, L’art de la guerre s’est essentiellement révélé une source d’inspiration pour l’entreprise et la société civile. Se pourrait-il qu’apparaisse un renouveau du stratège chinois vu comme une icône guerrière ? Après la déferlante d’adaptations à tous les domaines imaginables que nous avons connue ces dernières années, le temps est peut-être venu de publier un « L’art de la guerre pour les militaires » …

Terminons avec les citations les plus retweetées depuis le début de l’année : Lire la suite

Deadpool : L’art de la guerre

Sun Tzu et Deadpool : mariage improbable pour un résultat incertain...

Sun Tzu et Deadpool : mariage improbable pour un résultat incertain…

Un nouvel OVNI vient d’apparaitre dans l’univers de Sun Tzu : le comics « Deadpool : L’art de la guerre ».

Cette bande dessinée est un mélange surprenant entre les aventures « normales » du super-héros trash Deadpool et le traité de Sun Tzu…

Créé en 1991, Deadpool est un personnage relativement décalé de l’univers Marvel (humour permanent, mises en abyme, etc.). L’annonce de son adaptation en film (la sortie est programmée pour février 2016) a provoqué ces derniers mois une déferlante de traductions en France. C’est dans ce cadre que ce croisement improbable avec Sun Tzu arrive sur nos côtes, moins d’un an après sa parution outre-Atlantique.

L’histoire ? Fort de son expérience de combattant, Deadpool tombe sous le charme de L’art de la guerre et décide d’étudier sa mise application en provoquant une guerre entre Thor et son frère Loki, puis entre Loki et la Terre entière… Cette trame narrative permet à l’anti-héros d’égrainer les conseils de Sun Tzu, soit à l’un des participants, soit en voix off pour expliquer une défaite ou une victoire.

Les préceptes de L’art de la guerre sont assez souvent malmenés : parfois pris dans un sens très réducteur, ils sont même par endroits compris de travers, quand ils ne sont tous simplement pas écartés ! Nous sommes très loin des bandes dessinées entièrement consacrées à Sun Tzu comme celle de Wang Xuanming ou de Tsai Chih Chung.

Signé Peter David pour le scénario et Scott Koblish pour le dessin, ce comics de 96 pages est vendu 13 € aux éditions Panini. Il comprend l’aventure complète, originellement parue aux Etats-Unis en 4 numéros de décembre 2014 à mars 2015, et inclut en bonus une aventure de 8 pages datant de 2008 (sans rapport avec l’histoire précédente). La couverture est rigide et le papier de qualité. Il est au passage amusant de constater le flou artistique des Américains entre la Chine et le Japon (toutes les illustrations de couverture sont des pastiches de peintures japonaises…)

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La version de Lucien Nachin n’est pas celle du père Amiot

Page de garde de la version originelle de 1948

Un texte que l’on trouve aujourd’hui estampillé « traduit par le père Amiot » mais qui ne l’était pourtant pas lors de sa sortie en 1948

En 1948 paraissait un ouvrage intitulé Sun Tse et les anciens Chinois. La page de garde indiquait « présentés et annotés par Lucien Nachin » et, en dehors de l’introduction, nulle mention n’était faite du père Amiot. Et pour cause : le texte présenté ici était fort différent de celui paru en 1772.

Nous avions précédemment constaté que la version de Lucien Nachin était 20 % moins longue que l’original du père Amiot (19 190 mots contre 24 969). La raison en est que l’ancien militaire élaguait ce qu’il jugeait inutile ou redondant. Le chapitre 11 s’achève par exemple ainsi :

Père Amiot : « Avant que la campagne soit commencée, soyez comme une jeune fille qui ne sort pas de la maison ; elle s’occupe des affaires du ménage, elle a soin de tout préparer, elle voit tout, elle entend tout, elle fait tout, elle ne se mêle d’aucune affaire en apparence. La campagne une fois commencée, vous devez avoir la promptitude d’un lièvre qui, se trouvant poursuivi par des chasseurs, tâcherait, par mille détours, de trouver enfin son gîte, pour s’y réfugier en sureté. »

Lucien Nachin : « Quand la campagne n’est pas commencée, soyez comme une jeune fille dans sa maison. Quand la campagne est entamée, ayez du lièvre la promptitude et l’ennemi ne pourra tenir devant vous. »

Au-delà de cette compression, Lucien Nachin a surtout reformulé une grande partie du texte de 1772 :

« Certaines expressions, en vieillissant, ont perdu de leur vigueur ; d’autres sont devenues désuètes ; pour la clarté, quelques-unes doivent céder la place à des termes plus modernes et dont le sens est admis par tous. » (Introduction de Lucien Nachin à l’édition de 1948)

La « modernisation » est loin d’être anodine pour le texte. Comparons, à titre d’exemple, la fin du chapitre 1 pour les deux versions : Lire la suite

« Traduction du père Amiot » : de quoi parle-t-on ?

Pierre tombale du père Amiot, en Chine. 200 ans après sa mort, le jésuite publiait toujours de nouveaux textes…

Pierre tombale du père Amiot, en Chine. 200 ans après sa mort, le jésuite publiait toujours de nouveaux textes…

L’intégralité des versions de L’art de la guerre disponibles gratuitement, et une bonne partie des payantes, affirment être des traductions du père Amiot. Ce n’est pourtant le cas que d’un très petit nombre d’entre elles, toutes les autres étant des textes produits à partir de la version de 1772, mais s’en éloignant au final suffisamment pour que l’on ne puisse plus considérer qu’il s’agisse du même texte. Trois voire quatre textes différents se réclament ainsi « du père Amiot ».

Le premier est l’original. Lire la suite

Des raisons de l’imposture du père Amiot

Le père Amiot. Des sources de piètre qualité dans une langue difficile ont conduit le jésuite à produire une traduction aujourd’hui largement surpassée.

Le père Amiot. Des sources de piètre qualité dans une langue difficile ont conduit le jésuite à produire une traduction aujourd’hui largement surpassée.

Après avoir vu dans le billet précédent pourquoi la traduction du père Amiot avait pu être qualifiée d’« imposture » par le sinologue britannique Lionel Giles, nous allons maintenant chercher à en comprendre les raisons.

Force est déjà de constater que le texte livré par le père Amiot est 2,5 fois plus long que les traductions modernes (24969 mots contre 9668 pour celle de Jean Lévi[1]). La raison en est que le père Amiot mêlait à sa traduction commentaires et explications de texte[2]. Le jésuite ne s’en cachait d’ailleurs pas :

« J’entrepris donc, non pas de traduire littéralement, mais de donner une idée de la manière dont les meilleurs auteurs chinois parlent de la guerre, d’expliquer d’après eux leurs préceptes militaires, en conservant leur style autant qu’il m’a été possible, sans défigurer notre langue, et en donnant quelque jour à leurs idées, lorsqu’elles étaient enveloppées dans les ténèbres de la métaphore, de l’amphibologie, de l’énigme ou de l’obscurité. » (Discours du traducteur in Art militaire des Chinois, 1772, pp. 6 à 9.)

Il est cependant curieux d’observer que si de nombreux commentaires sont inclus dans le texte, certains en revanche figurent en note de bas page :

« Il y a, dit le commentateur, neuf sortes de terrains où une armée peut se trouver ; il y a par conséquent neuf sortes de lieux sur lesquels elle peut combattre ; par conséquent encore il y a neuf manières différentes d’employer les troupes, neuf manières de vaincre l’ennemi, neuf manières de tirer parti de ses avantages, et neuf manières de profiter de ses pertes mêmes. C’est pour mieux faire sentir la nécessité de bien connaître le terrain, que Sun-tse revient plus d’une fois au même sujet, et qu’il place cet article immédiatement après celui où il traite expressément de la connaissance du terrain. » (chapitre 11)

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La traduction du père Amiot : une imposture !

L. Giles ne portait vraiment pas haut dans son estime la traduction du père Amiot...

L. Giles ne portait vraiment pas haut dans son estime la traduction du père Amiot…

En 1910, le sinologue Britannique Lionel Giles publiait sa traduction anglaise de L’art de la guerre[1]. Il y écrivait en préface : « La soi-disante « traduction » du Sun Tzu [par le père Amiot] n’est rien moins qu’une imposture […]. Elle contient beaucoup de propos que Sun Tzu n’a pas écrits, et très peu de ce qu’il a réellement écrit ». Le jugement est dur, mais il est pourtant exact que bien souvent, les préceptes figurant dans la traduction du jésuite ne se retrouvent dans aucune version moderne. Le chapitre 5 commence par exemple ainsi :

« Sun-tse dit : Ayez les noms de tous les officiers tant généraux que subalternes ; inscrivez-les dans un catalogue à part, avec la note des talents et de la capacité de chacun d’eux, afin de pouvoir les employer avec avantage lorsque l’occasion en sera venue. Faites en sorte que tous ceux que vous devez commander soient persuadés que votre principale attention est de les préserver de tout dommage. »

Rien de ce qui est écrit ici ne figure dans le texte de Sun Tzu ! Si ces propos pourraient toutefois n’être vus que comme une extrapolation des enseignements de L’art de la guerre, il y a pire : les faux-sens ! Les idées de Sun Tzu se révèlent en effet bien souvent incorrectement rendues. Ainsi lorsque le père Amiot traduit au chapitre 6 :

« Si, lorsque [les bataillons ennemis] prennent la fuite, ou qu’ils retournent sur leurs pas, ils usent d’une extrême diligence et marchent en bon ordre, ne tentez pas de les poursuivre ; ou, si vous les poursuivez, que ce ne soit jamais ni trop loin, ni dans les pays inconnus. »

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1772, Sun Tzu atteint l’Occident

La toute première version de L'art de la guerre du monde occidental

La toute première version de L’art de la guerre du monde occidental

En 1772 paraissait à Paris sous le titre « Les treize articles sur l’art militaire, par Sun-tse » (par endroits abrégé en « Les treize articles de Sun-tse ») la toute première traduction française – et du monde occidental – de L’art de la guerre. Le traité ne constituait pas encore un livre en lui-même : il n’était que l’un des textes regroupés dans un recueil plus général intitulé « Art militaire des Chinois ».

Sa traduction en avait été assurée depuis la Chine par un jésuite missionnaire, le père Joseph-Marie Amiot. Ce dernier répondait à la commande du ministre français Henri Bertin qui se montrait très désireux « d’avoir des connaissances sur la Milice Chinoise ». Le texte, parti de Chine en 1766 et arrivé à destination l’année suivante, fut publié cinq ans plus tard (après quelques corrections cosmétiques) par l’orientaliste Joseph de Guignes au sein du recueil sus-évoqué. Le Mercure de France de 1772 indique que l’Art militaire des Chinois ne parut qu’à « un très petit nombre d’exemplaires », sans plus de précisions.

S’il fut correctement recensé et commenté dans toute la presse de l’époque (L’année littéraire, Le journal encyclopédique, Le journal des savants, etc.), il plongea aussitôt dans l’oubli et ne fut plus cité que très épisodiquement durant les deux siècles qui suivirent. Les principales raisons en furent qu’à cette époque, la Chine avait arrêté de fasciner la France, et surtout que paraissait la même année l’Essai général de tactique du comte de Guibert qui focalisa toute l’attention sur le plan militaire. A une exception près[1], le traité passa ainsi totalement inaperçu.

Une réédition de cet Art militaire des Chinois paru pourtant bien en 1782, sous la forme du septième tome (sur quinze) d’une monumentale encyclopédie de la Chine intitulée « Mémoires concernant l’histoire, les sciences, les arts, les mœurs, les usages, etc. des Chinois par les missionnaires de Pé-kin ». Cette nouvelle édition connut malheureusement le même sort, et le traité de Sun Tzu sombra aussitôt dans l’oubli, n’étant plus cité que très épisodiquement par quelques rares érudits orientalistes durant les deux siècles qui suivirent.

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L’art de guerre réimprimé

Tout simplement la meilleure édition disponible !

Tout simplement la meilleure édition disponible !

Une nouvelle édition de L’art de la guerre vient-elle de paraitre ? Non : la mention « Inédit » figurant sur la couverture est trompeuse : le texte est la copie conforme de la traduction de Jean Lévi parue en 2000 ; seule la couverture a été changée.

Cette mue est une simple conséquence de l’intégration en 2010 d’Hachette Littératures et de sa collection de poche « Pluriel » à Fayard (autre maison du groupe Hachette).

Rappelons que cette version du traité de Sun Tzu, l’une des très nombreuses sur le marché, est tout simplement celle que nous trouvons la meilleure !

Bonne nouvelle : le prix baisse, passant de 9,20 € à 6,90 €, ce qui rend ce livre totalement incontournable, même face aux multiples versions du père Amiot qui apparaissent et disparaissent régulièrement. Par pur souci d’esthétisme, il est juste regrettable que cette mention du prix soit imprimée en pastille jaune sur la couverture, donnant presque une impression de livre premier prix alors qu’il s’agit véritablement du meilleur, selon nous, disponible en langue française.

Mais ne boudons pas notre plaisir : l’ouvrage est toujours disponible (alors que d’autres versions de qualité ont disparu), et à un prix totalement scandaleux au regard du formidable travail effectué par Jean Lévi…

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A qui s’adresse L’art de la guerre ?

Quel destin possible à celui qui maitriserait L'art de la guerre ?

Quel destin possible à celui qui maitriserait L’art de la guerre ?

Il existe deux façons de lire L’art de la guerre :

Soit en tant que miroir des princes : il faut dans ce cas y chercher le portrait du général idéal que devra sélectionner le souverain afin de diriger ses armées. L’art de la guerre décrit ce qu’est le génie militaire et l’idéal dont devra s’approcher l’élu.

Soit comme guide du général. « Guide », pas « manuel » : Sun Tzu ne livre pas toujours les explications qui seraient nécessaires pour mettre en œuvre ses préceptes ; il ne précise par exemple pas comment faire atteindre à ses troupes le niveau suprême d’entraînement qui leur permettra de « ne plus avoir de forme ». La question, occultée, n’a pourtant rien d’anodine. En outre, même si Sun Tzu apparait très injonctif dans ses recommandations (« il faut », « le général doit », etc.), l’important pour la victoire est de mettre en œuvre plus de procédés que l’adversaire :

« Pris en compte dans les calculs, les cinq facteurs permettent une évaluation exacte du rapport de forces. Il suffit pour cela de se demander : Qui a les meilleures institutions ? Qui a le meilleur général ? Qui a les conditions climatiques et géographiques les plus favorables ? Qui a la meilleure discipline ? Qui a l’armée la plus puissante et les soldats les mieux aguerris ? Qui possède le système de récompenses et de châtiments le plus efficace ? La réponse à ces questions permet de déterminer à coup sûr le camp qui détient la victoire. » (chapitre 1)

Et :

« Qui additionne de nombreux atouts sera victorieux, qui en a peu sera vaincu. » (chapitre 1)

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Sun Tzu est-il immoral ?

Sun Tzu : un exemple à ne plus suivre ?

Sun Tzu : un exemple à ne plus suivre ?

En recherchant le pragmatisme et l’efficacité, Sun Tzu parvient à se détacher grandement du bain sociétal de son époque. L’exemple le plus emblématique en est probablement son rejet des croyances religieuses :

« La prévision ne vient ni des esprits ni des dieux ; elle n’est pas tirée de l’analogie avec le passé pas plus qu’elle n’est le fruit des conjectures. Elle provient uniquement des renseignements obtenus auprès de ceux qui connaissent la situation de l’adversaire. » (chapitre 13)

« Faites taire les rumeurs, proscrivez les sorts et vos hommes vous suivront jusque dans la mort. » (chapitre 11)

Ce pragmatisme est une des principales raisons de l’intemporalité du traité, mais s’avère également source d’un possible rejet pour cause d’« immoralité ». Il en est ainsi de sa préconisation du pillage :

« En appâtant [ses hommes] par la promesse de récompenses, [le général] les incite à attaquer l’ennemi pour s’emparer du butin. » (chapitre 2)

…ou de son injonction de placer ses propres hommes dans des situations désespérées pour les obliger à se battre comme des lions.

« On jette [ses soldats] dans une situation sans issue, de sorte que, ne pouvant trouver le salut dans la fuite, il leur faut défendre chèrement leur vie. Des soldats qui n’ont d’autre alternative que la mort se battent avec la plus sauvage énergie. N’ayant plus rien à perdre, ils n’ont plus peur ; ils ne cèdent pas d’un pouce, puisqu’ils n’ont nulle part où aller. » (chapitre 11)

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Peut-on se fier aux commentateurs historiques ?

Une version de L'art de la guerre avec commentaires

Une version de L’art de la guerre avec commentaires

Nonobstant le besoin d’élever la lecture de L’art de la guerre pour en percevoir la substantifique moelle, certains propos de Sun Tzu peuvent se révéler en eux-mêmes obscurs. D’où l’apport appréciable des commentaires juxtalinéaires qui permettent d’éclairer telle ou telle formulation sibylline.

Comme nous l’avons récemment vu, les 2000 ans d’immobilisme de la pensée stratégique chinoise ont conduit à générer une quantité colossale de ces exégèses et commentaires. Celles réputées les plus pertinentes nous sont parvenues et quelques extraits en figurent dans les traductions françaises réalisées par Jean Lévi, Samuel Griffith (traduit de l’anglais) et Valérie Niquet).

La sélection opérée par les traducteurs est drastique, à raison : bien souvent, les commentateurs ne font qu’expliciter, illustrer ou développer les propos de Sun Tzu. A titre d’exemple, en commentaire de la maxime « En règle générale, le premier arrivé est dispos, il a tout loisir de recevoir l’ennemi » (chapitre 6), Cao Cao note : « Ainsi, il aura plus de forces »… Pire, sur la maxime « Si on me demande : « Que doit-on faire au cas où l’ennemi fond sur vous avec des troupes nombreuses et en bon ordre ? » » (chapitre 11) le commentaire de Cao Cao est : « Il s’agit d’une question »… Samuel Griffith s’en amuse d’ailleurs : « Le fait que cette série de versets soit rédigée en termes élémentaires n’arrête pas les commentateurs, qui se complaisent à les expliquer longuement, l’un après l’autre. »[1]

Une des raisons au fait que beaucoup de « commentaires » s’avèrent être de la pure recopie du propos originel pourrait être que le texte commenté par les exégètes historiques étant en chinois classique, cette langue était beaucoup moins précise que ce que l’est aujourd’hui le chinois moderne, les idéogrammes utilisés pouvant être sujets à de multiples interprétations. D’où la nécessité pour les commentateurs de préciser leur sens. Mais comme en français le mot retenu pour la traduction est directement le bon, sans ambigüité possible, le commentaire historique apparaît redondant avec le propos originel et devient dès lors inutile.

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De la disparité des explications de texte

Comment les traducteurs français expliquent-ils ces deux symboles ?

Comment les traducteurs français expliquent-ils ces deux symboles ?

Dans les versions françaises de L’art de la guerre, les notions spécifiquement chinoises, non immédiatement traduisibles, peuvent être traitées de façon fort différente. A titre d’illustration, nous allons détailler l’exemple, peu familier des Occidentaux, des moyens « ordinaires » (正, « zheng ») et « extraordinaires » (奇, « qi »). Ils constituent le thème principal du chapitre 5.

De façon simplifiée (et forcément réductrice), les moyens ordinaires sont tous les procédés auxquels s’attend l’adversaire, tandis que les moyens extraordinaires recouvrent au contraire ceux auxquels il ne s’attend pas. Mao Zedong, adhérant à cette idée, entretenait ainsi parallèlement l’Armée Populaire de Libération (moyens ordinaires) et les milices populaires (moyens extraordinaires), et ce même après sa victoire en 1949. La situation peut cependant être plus subtile qu’une simple transposition avec l’attaque directe et l’attaque indirecte. Ainsi, de façon non-intuitive, si l’on sait que l’ennemi s’attend à une embuscade de notre part, cette dernière sera le moyen ordinaire et l’attaque frontale le moyen extraordinaire. En outre, le moyen extraordinaire peut également être immatériel, comme une ruse.

Le niveau de détail fourni par les traducteurs sur cette notion est extrêmement divers. Il va de l’absence pure et simple d’explication (Luo Shenyi) à des chapitres complets consacrés à cette notion en complément du texte (Jean Lévi, groupe Denma et James Trapp). L’énumération suivante est ordonnée selon la chronologie de parution des traductions françaises : Lire la suite

Visualiser L’art de la guerre : Une nouvelle traduction française de Sun Tzu

Oublions les schémas, ne gardons que le texte

Oublions les schémas, ne gardons que le texte

Nous avions en son temps signalé la sortie de The art of war visualized de Jessica Hagy. Cinq mois seulement après sa parution outre-Atlantique, l’ouvrage arrive traduit sur nos côtes.

Nous nous étions à l’époque montré dubitatif vis-à-vis de cette représentation graphique des propos de Sun Tzu, sous-titrant d’ailleurs notre billet « Un OVNI énigmatique ». Notre opinion s’est consolidée depuis, et nous ne voyons aujourd’hui vraiment pas qui cette transposition pourrait intéresser…

L’ouvrage de Jessica Hagy ne peut en effet déjà pas être considérée comme une transcription graphique de L’art de la guerre, comme le sont les bandes dessinées. Il s’agit plus exactement d’une interprétation sous forme de diagrammes et schémas d’une sélection de propos de Sun Tzu. « Sélection », car le traité n’est pas rendu dans son intégralité, des maximes aussi fondamentales que « Toute guerre est basé sur la tromperie » passant purement et simplement à la trappe.

Mais surtout, l’impression qui ressort de l’étude des schémas de Jessica Hagy est plus celui d’un flash artistique, limite psychédélique, que d’une véritable transcription graphique d’un propos. En effet, la représentation qu’en donne l’illustratrice est bien souvent inattendue, et le rapport avec le texte originel lointain : Lire la suite

Sun Tzu en Chine (3/3) – L’art de la guerre au XXe siècle

Une véritable renaissance seulement à partir des années 80.

Une véritable renaissance seulement à partir des années 80.

Nous avons vu précédemment que le monde chinois connut à partir du Ve siècle av. J.-C. une formidable période de réflexion stratégique qui vit notamment naître L’art de la guerre de Sun Tzu. Cette richesse conceptuelle resta cependant liée à cette période historique : une éclipse de la pensée stratégique de près de 2000 ans eut ensuite lieu. La chute de l’empire chinois en 1912 marqua la fin de cet immobilisme.

A la différence du Japon qui s’adapta au même moment aux bouleversements civilisationnels qu’il connut, la Chine ne sut éviter l’effondrement de son Empire. De cette période confuse, qui s’étendit de la fin du XIXe siècle à la prise de pouvoir par les communistes en 1949, émergèrent deux acteurs dont la renommée en tant que stratèges fut directement liée au rôle qu’ils tinrent dans l’histoire de la Chine moderne et contemporaine. L’un, Mao Zedong, bénéficia de l’aura du vainqueur tandis que l’autre, Tchang Kaï-chek (Jiǎng Jièshí en pinyin), vit sa pensée stratégique occultée par les échecs et les erreurs indéniables du Kuomintang avant sa « retraite stratégique » à Taiwan en 1949.

Tchang Kaï-chek faisait explicitement référence à Sun Tzu dans ses écrits, d’autant plus que le Kuomintang se présentait comme le conservatoire de la culture chinoise classique. Pourtant, dans sa pratique de la guerre, il semble avoir été beaucoup plus influencé par les stratèges occidentaux ou japonais qui offraient une image moderniste à laquelle la Chine nationaliste souhaitait adhérer.

A contrario, Mao, oscillant entre la rupture avec un passé qu’il jugeait sclérosant et le recours à une tradition nationale flatteuse, a souvent nié avoir été influencé par les traités militaires de la Chine ancienne. La Révolution culturelle l’a d’ailleurs conduit à fermement rejeter Sun Tzu avec les autres « vieilleries » (Confucius, Lao Tseu, …). Cependant, bien que « l’homme nouveau » ne devait pas se bâtir sur le passé (mais l’attitude des communistes a beaucoup varié sur ce point), certaines citations tirées des écrits militaires de Mao laissent penser que ce dernier avait bien intégré l’enseignement du maître, au moins de façon inconsciente. Nous avions dédié un billet complet à cette ambivalence de Mao vis-à-vis de Sun Tzu.

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Sun Tzu en Chine (2/3) – 2000 ans d’éclipse de la pensée stratégique chinoise

Une réflexion stratégique figée pendant plus de 2000 ans.

Une réflexion stratégique figée pendant plus de 2000 ans.

A l’instar des fonctionnaires civils, le recrutement des officiers se fera jusqu’en 1905 – date de l’abolition des examens impériaux – par concours administratifs ; concours fondés sur quelques épreuves pratiques (contrôle des qualités de cavalier et d’archer), mais surtout sur une connaissance totalement livresque des classiques chinois de la stratégie, au premier rang desquels figurait L’art de la guerre de Sun Tzu. Nous nous proposons ici de revenir sur les 2000 ans d’immobilisme qu’a connu la pensée stratégique chinoise. Nous nous appuierons largement pour cela sur les études de Valérie Niquet, et notamment son opuscule Les fondements de la stratégie chinoise (éditions Economica, 1997).

En réaction contre les excès militaristes de la première dynastie légiste des Qin, et contre les siècles de combats incessants qui avaient précédé la fondation de l’Empire, la dynastie des Han s’est tout de suite appuyée sur une réhabilitation d’idées confucianistes (« réhabilitation », bien qu’elles n’avaient en fait jamais été mises en pratique). Élevé au rang d’idéologie d’État (même si par endroit réinterprété par le pouvoir impérial…), le confucianisme a constitué le fondement officiel du bon gouvernement du pays. Ce courant de pensée, sur lequel se basait aussi le recrutement des fonctionnaires, a dès lors placé tout ce qui touchait au domaine de la guerre dans une position totalement subordonnée par rapport au civil. Ainsi les vertus militaires étaient-elles particulièrement dédaignées et les fonctionnaires militaires, pourtant très « civilisés », étaient-ils considérés comme hiérarchiquement inférieurs aux fonctionnaires civils.

En effet, la guerre, et par extension le militaire, signifiait l’irruption de la violence déstabilisatrice dans la société, signe du non-respect des rites et des vertus morales ; elle annonçait, au même titre que les tremblements de terre ou les comètes, la sanction du prince : la perte du « mandat du ciel », qui pouvait déboucher sur le renversement de la dynastie. Pour comprendre cela, il convient de revenir à la situation géostratégique de l’Empire du milieu, qui a profondément affecté sa perception de ce que pouvaient être une guerre : pendant près de 2000 ans, la Chine, en tant qu’entité culturelle comprenant également les dynasties « barbares » progressivement sinisées, comme les Yuan mongols au XIIIe siècle ou les Qing mandchous à partir du XVIIe siècle, ne se concevra plus vraiment d’ennemi extérieur digne de sa puissance. Chaque guerre sera ainsi perçue comme la répression d’un acte de rébellion contre l’ordre du monde « sous le ciel » : l’usage de la force n’était toléré que pour remédier à la transgression de l’ordre civilisé, qu’il s’agisse d’une incursion barbare, d’un soulèvement paysan, d’une association de brigands ou d’une tentative de renversement de la dynastie. La pensée stratégique se fondant sur la perception que l’on a de ce qu’est « l’autre », l’emploi des militaires se percevra dès lors plus comme une opération de police que comme une véritable guerre. En période d’hostilité, à l’intérieur de l’Empire comme sur ses marges, le gouvernement préférait de toute façon choisir une solution politique, fondée sur des incitations économiques et des pressions diplomatiques, plutôt qu’une solution purement militaire de dernier recours (à noter qu’il s’agit encore aujourd’hui de la stratégie adoptée par la Chine dans ses relations avec ses voisins proches ou lointains).

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L’art de la guerre traduit par Philip J. Ivanhoe

Une très bonne version de L'art de la guerre.

Une très bonne version de L’art de la guerre.

Une nouvelle traduction française de L’art de la guerre vient de paraître aux éditions Synchronique.

Il s’agit de la traduction française (signée Aurélien Clause) de la version américaine de Philip J. Ivanhoe parue en 2011. Ce dernier est professeur de philosophie à l’Université de Hong-Kong et a servi dans sa jeunesse chez les Marines.

Le texte présenté apparait de bonne facture et nous n’y avons rien décelé de surprenant comparé aux autres versions françaises du texte.

L’introduction de Philip J. Ivanhoe présentant l’environnement du traité chinois est complète et synthétique. La partie intitulée « idées centrales » relative à une véritable interprétation du système suntzéen expose une vision intéressante, axée sur quelques idées précises. Elle souffre toutefois de menues erreurs de traduction en français des concepts militaires (« point critique » au lieu de « point de bascule », « formation de l’espace de combat » au lieu « façonnage du champ de bataille » …). Au final, on ne pourra que regretter la trop grande brièveté de cette partie.

Il est dommage que l’index qui figurait dans la version américaine n’ait pas été repris dans la version française.

Le texte est présenté brut, les quelques notes explicatives étant renvoyées en fin d’ouvrage. Nous aurions préféré qu’elles soient incorporées en bas de page pour faciliter la lecture, comme dans la version originale, mais le très petit format du livre ne le permettait sans doute pas.

Le livre lui-même est en effet plus petit qu’un traditionnel livre de poche. Sa couverture rigide fermée par un bandeau élastique marque-page, son papier glacé, son dessin de couverture et ses illustrations intérieures en couleur (pour la plupart œuvres de Giuseppe Castiglione, jésuite-peintre du XVIIIe siècle, peu avant le père Amiot) en font un objet relativement esthétique.

Au final, une version de L’art de la guerre tout à fait correcte et de surcroit élégante. 12,90 € en librairie.

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