Qui parle ?

Quel est la personne censée nous délivrer les secrets de l'art de la guerre ?

Quel est la personne censée nous délivrer les secrets de l’art de la guerre ?

Ce billet se donne pour objectif d’étudier la source de la formulation des préceptes de Sun Tzu : comment ces derniers sont-ils exprimés ? Sous la forme directe ou indirecte ? Nous allons voir que L’art de la guerre mélange allègrement les styles, sans grand souci de cohérence ni d’homogénéité.

Pour commencer, nous pouvons constater que chacun des treize chapitres commence par la phrase « Maître Sun a dit : ». Toutefois, il s’agit du seul endroit du traité où Sun Tzu se nomme directement, parlant de lui à la troisième personne.

A six endroits du traité, le « je » est employé pour annoncer un précepte, comme dans ces deux exemples :

« C’est pourquoi je dis : on peut connaître les moyens de la victoire sans nécessairement l’obtenir. » (chapitre 4)

« Si on me demande : « Que doit-on faire au cas où l’ennemi fond sur vous avec des troupes nombreuses et en bon ordre ? », je répondrai : « II suffit d’attaquer ce à quoi il tient, pour qu’il vous mange dans la main. » » (chapitre 11)

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Sun Tsu sens dessus dessous

Sun Tsu sens dessus dessous

Une interprétation française de L’art de la guerre parue en 2010

Nous allons ici présenter un livre paru en 2010 : Sun Tsu sens dessus dessous. Pourquoi en parler aujourd’hui ? Tout simplement parce que cet ouvrage avait échappé à notre recension de l’état de l’art concernant Sun Tzu en France. Il s’agit donc de réparer un oubli.

Paru chez InterEditions, Sun Tsu sens dessus dessous est un ouvrage de 304 pages dont l’ambition est de montrer comment « réussir les rencontres humaines non seulement dans la guerre, mais aussi dans la paix ». Le livre est français (il ne s’agit pas d’une traduction). L’auteure, Juliette Tournand, travaille dans le coaching d’entreprise. Coaching, donc conseils sur la gestion des conflits. Conflits, donc Sun Tzu.

La traduction de L’art de la guerre servant de référence pour l’étude est celle de Valérie Niquet, ce qui est une bonne chose. L’auteure se réfère en outre également aux traductions du père Amiot, de Tsai Chih Chung, de Samuel Griffith et de Jean Lévi pour picorer les éléments aptes à servir son propos.

Sous-titré « Un art de la paix » et paru dans la collection « Epanouissement » chez InterEditions (filiale « bien-être » des éditions Dunod), l’ouvrage à une tonalité indubitablement féminine. Il se rapproche en cela bien plus de L’art de la guerre pour les femmes de Chin-Ning Chu (cf. notre billet Pourquoi trouve-on autant de transpositions de L’art de la guerre ?) que de L’art de la paix de Philip Dunn (dont le principe était de proposer une traduction alternative de L’art de la guerre en jouant sur la polysémie des caractères chinois ; cf. notre billet Pourquoi le texte original de L’art de la guerre était-il cryptique ?)

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Du succès des citations de Sun Tzu

L'art de la guerre, un réservoir de citations

L’art de la guerre, un réservoir de citations

Les citations issues de L’art de la guerre rencontrent un véritable succès. En témoigne la croissance ininterrompue du fil Twitter Sun Tzu Dit, qui vient de franchir la barre des 500 abonnés après seulement un an d’existence. Son homologue américain, Sun Tzu Daily, ouvert deux ans plus tôt, revendique déjà quant à lui plus de 7000 abonnés. Pourquoi un tel attrait ?

Force est d’abord de constater que si les offres de citations quotidiennes abondent, nous n’en avons trouvé aucune qui soit spécifiquement dédiée à un auteur unique (excepté pour les hommes politiques vivants…). Non seulement parmi les stratèges, mais également parmi les philosophes : personne d’autre que Sun Tzu ne semble trouver un écho quotidien à ses aphorismes sur la toile. Chose plus troublante encore : les écrits de Sun Tzu font en tout et pour tout 40 pages. Il nous a pourtant été possible d’en retirer près de 350 citations « tweetables » !

Comment expliquer cette situation ?

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Patton a-t-il lu Sun Tzu ?

Patton en 1919 (ou 1920)

Patton en 1919 (ou 1920)

Après Napoléon, Mao et de Gaulle, intéressons-nous aujourd’hui au cas de l’exceptionnel George Smith Patton, général américain incontournable de la seconde guerre mondiale, réputé pour son caractère… tranché, mais aussi sa très grande culture militaire (francophone, il lisait également les œuvres classiques grecques et latines dans le texte…).

Patton, donc, a-t-il lu Sun Tzu ? La réponse est oui, avec certitude :

De retour de France depuis mars 1919, George Smith Patton, âgé de 33 ans, est affecté à Camp Meade dans le Maryland. Il voyage beaucoup durant cette année, et assure différentes missions, dont la participation à l’écriture d’un manuel sur l’emploi des chars en opérations. Mais surtout, le commandant[1] Patton prend le temps de lire 45 pages dactylographiées qu’il avait ramenées d’Europe : la traduction anglaise de L’art de la guerre, réalisée par le Britannique Lionel Giles en 1910. Lors de sa lecture, il annote les maximes de Sun Tzu. Il relève notamment la pertinence de ces trois-là :

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Les personnages historiques de L’art de la guerre

Le personnage de Yi Yin, cité au chapitre 13

Le personnage de Yi Yin, cité au chapitre 13

Pour faire suite au billet Les personnages de L’art de la guerre, nous allons maintenant nous intéresser aux noms propres cités par Sun Tzu.

« Les Yin durent leur triomphe à la présence de Yi Yin à la cour des Hsia, les Tcheou à celle de Liu Ya chez les Yin. » (chapitre 13)

Quelques explications s’imposent :

La dynastie des Yin (aussi appelée dynastie Shang) régna de 1600 à 1046 av. J.-C.. Elle succéda à celle des Hsia (ou Xia), qui régna de 2100 à 1600 av. J.-C.)[1], et précéda celle des Tcheou (ou Zhou), qui régna de 1046 à 256 av. J.-C.. Sachant que les dates varient beaucoup selon les sources… Un schéma valant mieux qu’une longue explication :

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Numérologie de L’art de la guerre

Que cachent les nombres contenus dans L'art de la guerre ?

Que cachent les nombres contenus dans L’art de la guerre ?

« A la guerre, le nombre n’est pas un facteur décisif. » L’art de la guerre, chapitre 9.

Certes. Nous allons néanmoins chercher ici à faire mentir Sun Tzu (ou du moins le détournement que nous avons bien voulu faire de sa maxime) en nous amusant à étudier la place des nombres dans L’art de la guerre.

La science est bien présente dans le vocabulaire de Sun Tzu :

« Le général […] qui ne connaît pas [les avantages offerts par les neuf retournements] aura beau posséder la science de la topographie, il lui sera impossible d’en tirer parti. » (chapitre 8)

« Qui, en ayant une science parfaite, recourt à la force des armes est assuré de remporter la victoire. » (chapitre 10)

Mais une autre forme de science est encore plus présente : le calcul, la science des nombres. Ce que le mot français « raison » évoque pour nous dans son sens premier (la ratio latine), où l’art de compter n’est pas distinct de celui de réfléchir. La conduite de la raison, indispensable pour celle de l’action, est en effet pour Sun Tzu un calcul au sens le plus strict. Il faut compter avant d’agir et en agissant.

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Les aptitudes dans L’art de la guerre

Quelles sont les qualités demandées par Sun Tzu ?

Quelles sont les qualités demandées par Sun Tzu ?

Comme pour les précédents billets, nous répétons que cet exercice d’étude lexicale est intimement lié à la traduction à laquelle nous nous référons, et que le choix de travailler sur une autre édition de L’art de la guerre aurait conduit à des résultats différents. Nous avions ainsi vu dans le billet Des qualités requises pour être général toute la diversité d’interprétation que pouvait amener la confrontation des différentes traductions. Toutefois, nous tâcherons encore une fois ici de ne pas nous attacher à ce qui relève d’un strict choix de traduction, mais de rechercher ce que l’on peut déduire de la fréquence d’utilisation des termes.

Le général de Sun Tzu sort du lot des autres généraux. Pour l’identifier, les qualificatifs de sa supériorité sont : « grand » (employé 10 fois), « habile » (6 fois), « bon » (4 fois), « avisé » (2 fois), « véritable » (1 fois) et « brillant » (1 fois). Les qualités qui lui sont demandées à travers tout le traité sont innombrables : la résolution, la puissance, la prestesse, la force, le courage, l’humanité, la vertu, la perspicacité, l’impartialité, la sévérité, la souplesse, la fermeté, la rigueur, l’impavidité, l’intelligence, la bonté, la subtilité et la discrétion !… Le général doit en outre revêtir un certain nombre de qualités difficilement palpables : « invincible », « infini », « inépuisable », « mystérieux », « divin », …

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Sun Tzu et la culture des bonsaï

Sun Tzu et bonsaï

Un livre de référence sur un sujet inattendu

Un nouveau livre vient de sortir, et, autant le dire tout de suite, il est excellent !

L’art de la guerre et la culture du bonsaï est en effet une application des maximes de Sun Tzu à cet art ancestral que constitue l’arbre miniature (qui, contrairement à ce que l’on croit souvent, est originaire de Chine et non du Japon). L’auteur, Laurent Gordelès, maîtrise chacun des deux sujets et parvient à rendre passionnante la lecture de son ouvrage, tant pour les amateurs du stratège chinois que pour les botanistes en herbe.

Chacun des préceptes de Sun Tzu est ainsi explicité pour nous apprendre comment choisir, donner naissance, faire croître et enfin exposer ces trésors de la nature. Le sujet semble traité de façon exhaustive (l’ouvrage fait tout de même 432 pages !). Cet angle de lecture réussit même la gageure de rendre l’étude pas-à-pas de L’art de la guerre beaucoup plus logique que lorsqu’on l’applique au domaine de la confrontation armée, les chapitres de L’art de la guerre étant suivis scrupuleusement. Ainsi le onzième, « Les neuf sortes de terrain », nous donne-t-il toutes les clés pour comprendre que le meilleur terrain pour les bonsaï est celui fait de terreau de tourbe, d’humus d’écorce fine et de lave pulvérisée, et que tous les autres ne peuvent être considérés que comme des « terres d’anéantissement ».

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Une nouvelle version de L’art de la guerre… à éviter !

L'art de la guerre des éditions Ultraletters

L’art de la guerre des éditions Ultraletters

Une nouvelle édition de L’art de la guerre vient de paraître.

Vendue exclusivement sur Amazon au prix de 4,39 €, cette version ne présente absolument aucun intérêt !

La traduction est en effet celle du père Amiot, version de l’Impensé radical. Nous avons déjà expliqué pourquoi nous considérions cette traduction comme dévoyant totalement l’œuvre de Sun Tzu. Le texte est livré brut, sans le moindre supplément.

L’éditeur, Ultraletters, publie essentiellement des œuvres tombées dans le domaine public (et bien que cette version, nous l’avons vu, date de 1971…).

Pour cinq euros de plus, n’hésitez donc pas à vous offrir l’une des traductions que nous recommandons.

Source de l’image : photo de l’auteur

La structure de l’armée dans L’art de la guerre

Planche extraite de L'art militaire des Chinois, du Père Amiot (1772)

Planche extraite de L’art militaire des Chinois, du Père Amiot (1772)

Pour faire suite au précédent billet, nous allons poursuivre notre étude lexicale de L’art de la guerre pour nous intéresser aux détails que donne Sun Tzu de l’armée.

Nous l’avons vu, l’armée est bien sûr commandée par le « général ». Il est à noter que celui-ci est également stratège. Sun Tzu n’évoque pas la possibilité de la décorrélation de ces deux fonctions : point de Zhuge Liang[1] dans L’art de la guerre !

L’armée qu’il commande est composée de « soldats », masse de combattants toujours évoqués en tant que collectif et jamais considérés dans leur individualité. Pour autant, Sun Tzu ne voit pas l’armée comme un ensemble homogène. Il y évoque par trois fois la hiérarchie, en parlant de « supérieurs » et d’ « inférieurs » (par exemple, au chapitre 3 : « Celui qui sait harmoniser la volonté des inférieurs et des supérieurs aura la victoire. »). Les « officiers » sont évoqués 9 fois. Si le terme de « capitaine » apparaît 8 fois, nous avons vu qu’il n’était employé que comme synonyme de « général ». « Lieutenant » en revanche, employé une fois, désigne bien l’officier.

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Les personnages de L’art de la guerre

L’armée de terre cuite du mausolée de l’empereur Qin

L’armée de terre cuite du mausolée de l’empereur Qin

Nous allons nous livrer ici à l’exercice périlleux de l’étude purement lexicale de L’art de la guerre. Périlleux, car nous nous baserons sur une traduction et non sur le texte original. Périlleux plus encore, lorsque l’on connaît toute la fragilité des versions existantes. Bien sûr, le vocabulaire employé, et même la fréquence des termes, est consubstantielle d’un traducteur. Nous serons donc attentifs à ne pas nous engluer dans ce qui relève uniquement d’un choix de traduction. Comme d’habitude, la traduction nous servant ici de référence sera celle de Jean Lévi.

L’œuvre de Sun Tzu est parcourue d’un certain nombre de personnages. Le premier d’entre eux est bien évidemment le « général », auquel s’adresse principalement Sun Tzu.

« Général » est employé 35 fois à travers tout le traité. D’autres expressions apparaissent également, voulant toujours représenter ce général, sans recherche de nuance : « capitaine » (8 fois), « chef de guerre » (8 fois), « chef » (3 fois), « commandant en chef » (1 fois), « général en chef » (1 fois), « homme de guerre » (1 fois), « expert en stratégie » (1 fois) et « militaire » (1 fois). Au total, ce général est cité 59 fois sous toutes ses formes.

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Le fil Twitter Sun Tzu dit a les honneurs du Monde

Le Monde

Le Monde du 8 mars 2013

Le journal Le Monde daté de ce jour (vendredi 8 mars 2013) vient de faire paraître un article de Gilles Paris intitulé Sun Tzu n’a pas fait le Mali.

Le fil Twitter Sun Tzu dit, dont le précédent billet célébrait la première année d’existence, y est explicitement cité et sert de support à une réflexion sur la guerre au Mali.

L’article se conclut ainsi :

Un objectif [faire saigner l’adversaire] assez éloigné de l’esthétisme de Sun Tzu, pour qui l’une des formes suprêmes de la guerre consistait à obtenir le renoncement de l’adversaire sans avoir à engager le combat. Jeudi matin 7 mars, la dernière maxime tweetée du stratège chinois rappelait que « qui sait commander aussi bien à un petit nombre qu’à un grand nombre d’hommes sera victorieux ». Certes, tout compte fait, François Hollande n’est peut-être pas obligé de s’abonner à « Sun Tzu dit ». Ou alors seulement pour se délasser.

Une bien sympathique reconnaissance.

Source de l’image : photographie de l’auteur

Le fil Twitter Sun Tzu dit a un an

Logo SunTzuDit

Le logo de Sun Tzu dit : Sur fond de texte de L’art de la guerre sur bambous, le drapeau français sur lequel est inscrit en chinois : « Sun Tzu, L’art de la guerre ».

Pour ceux qui ne le connaîtraient pas, le fil Twitter Sun Tzu dit propose deux fois par jour (à 07h00 et 17h00) une citation extraite de L’art de la guerre. Celle-ci provient de la traduction que nous recommandons le plus : celle de Jean Lévi (merci d’ailleurs à lui pour son aimable autorisation).

Sans publicité particulière, ce fil Twitter connaît une lente mais régulière croissance, ayant récemment dépassé les 300 abonnés. Ce ne sont bien sûr pas les chiffres d’une Lady Gaga ou d’un Justin Bieber, mais le public n’est pas le même non plus… Cette progression continue, résultant du hasard des découvertes individuelles, nous semble bien témoigner de l’intérêt, ou de la simple curiosité, que porte la population francophone au stratège chinois.

Source de l’image : infographie de l’auteur

Le général de Gaulle a-t-il lu Sun Tzu ?

De Gaulle en 1948

De Gaulle en 1948

La question peut sembler incongrue, étant donné que nous avons précédemment vu que Sun Tzu n’avait réellement fait son apparition en France qu’en 1972, avec la traduction américaine de Samuel Griffith. Pourtant il n’est pas impossible que le général ait eu connaissance du stratège chinois.

En effet, Charles de Gaulle était ami avec Lucien Nachin[1], l’homme qui republia en 1948 la traduction du père Amiot (cf. notre billet Sun Tzu de 1901 à 1950). Les échanges avec le capitaine de Gaulle commencent en 1923, au moment où Lucien Nachin, également capitaine, choisit de quitter l’armée d’active pour ne plus servir que dans la réserve. Les deux hommes fréquentent alors notamment le salon d’Emile Mayer[2]. Ils conservèrent des liens très étroits, se rencontrant régulièrement : on trouve les traces de ces rencontres et de ces déjeuners dans les agendas du général, y compris en avril 1951, soit deux mois avant le décès de Lucien Nachin.

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Sun Tzu en France primé par l’IHEDN

Prix scientifique de l'IHEDN

Le prix scientifique de l’IHEDN

Sun Tzu en France a eu le grand honneur de recevoir le Prix scientifique de l’IHEDN (Institut des hautes études de défense nationale[1]) dans la catégorie « Prix spécial de mémoire ». La récompense a été directement remise le 13 février dernier par le général de corps d’armée Jean-Marc Duquesne, directeur de l’IHEDN.

Le jury était composé de représentants de la direction de l’IHEDN, d’universitaires et de personnalités qualifiées des domaines de défense, de relations internationales, d’armement et d’économie de défense.

Un grand merci pour cette reconnaissance.


[1] La mission première de l’IHEDN est de réunir des responsables de haut niveau, civils et militaires, français ou étrangers, en vue d’approfondir en commun leur connaissance des questions de défense, de politique étrangère, d’armement et d’économie de défense. En outre, il contribue à promouvoir et à diffuser toutes connaissances utiles sur ses trois champs disciplinaires. C’est à ce titre que Sun Tzu en France a été primé.

Source de l’image : photo de l’auteur

Sun Tzu en France, une étude de la réception de L’art de la guerre

Sun Tzu en France

Sun Tzu en France, le livre

Le premier livre issu de ce blog vient de paraître. Édité chez Nuvis, petite maison jeune et très dynamique, il est proposé sous forme papier (24 €) ou numérique (12 €).

L’ouvrage est préfacé par Jean-Pierre Raffarin. L’ancien Premier ministre, aujourd’hui sénateur de la Vienne, entretient en effet un lien fort avec la Chine, lien qui l’a amené à étudier en profondeur ce grand traité stratégique.

Mais de quoi exactement parle le livre ?

Fruit d’une enquête minutieuse autant historique que philologique, Sun Tzu en France retrace l’histoire de la réception de ce traité en France, de la première traduction par un jésuite, le père Amiot, au XVIIIe siècle, aux toutes dernières parutions sorties, tant dans le domaine des livres papier que dans celui du numérique, de la bande dessinée ou même de la chanson. Une riche iconographie (l’ouvrage comporte près d’une centaine d’illustrations en couleur) complète le propos. A travers de très nombreux exemples, le travail des traducteurs est décortiqué pour expliquer comment il est aujourd’hui possible de trouver des préceptes totalement opposés d’une traduction à l’autre.

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Sun Tzu et Clausewitz : Les points de désaccord

Les différences de fond

Des différences de fond

Après avoir évoqué quelques thèmes sur lesquels Sun Tzu et Clausewitz peuvent se rejoindre, nous allons maintenant nous intéresser à quelques-uns de ceux sur lesquels les deux stratèges en arrivent à des conclusions radicalement inverses.

Il est en premier lieu très fréquent de voir les deux traités opposés sur l’idée que l’un serait le chantre de la stratégie directe tandis que l’autre serait celui de l’approche indirecte. Pour des auteurs comme Vincent Desportes ou Benoît Durieux, ce serait toutefois une interprétation parcellaire que de lire chez Clausewitz l’apologie de la stratégie directe. Sans doute. Mais ce n’est pas parce que Clausewitz envisage la possibilité d’une attaque de flanc qu’il prône pour autant la stratégie indirecte. La vraie stratégie indirecte ne consiste en effet pas à attaquer sur les flancs ou à revers plutôt que de front, mais là où personne ne vous attend parce que, a priori, c’est hors sujet, sans lien apparent ni prévisible avec l’objectif principal, si ce n’est celui que l’on va créer. C’est de cela dont parle Sun Tzu. Ainsi, l’effet de surprise peut être aussi, à l’inverse, d’attaquer là où cela paraît le plus évident, le plus visible, précisément parce que ça l’est tellement que l’adversaire va finir par ne plus s’y attendre. C’est aussi cela, la stratégie indirecte.

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Sun Tzu et Clausewitz : Quelques mises en parallèle

Les systèmes de Sun Tzu et Clausewitz ont-ils des points communs ?

Les systèmes de Sun Tzu et Clausewitz ont-ils des points communs ?

Nous l’avons vu dans les billets précédents, Sun Tzu et Clausewitz abordent leur sujet de deux manières différentes. En découle que les thèmes traités ne se correspondent pas forcément. Bon nombre d’idées ne sont ainsi développées que par l’un ou l’autre : l’armée qui doit être comme l’eau pour Sun Tzu, le concept de friction pour Clausewitz, … Quand les thèmes concordent, les analyses des deux stratèges peuvent alors converger (même si les façons de les énoncer peuvent être très distinctes), différer, voire, plus rarement, être en franche opposition.

Un certain nombre d’idées sont donc similaires chez Sun Tzu et Clausewitz. Par exemple, pour les deux stratèges, le rapport de force se crée fondamentalement et de manière instable et délicate dans le rapport affectif du peuple et du souverain, ainsi que du peuple sous les armes et du commandement militaire, rapports qui dans un camp (plus que dans l’autre) permettent, le moment venu, de demander à la population un effort exceptionnel. Les formulations sont dans la forme très différentes, mais l’idée reste la même.

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Sun Tzu et Clausewitz : Les différences de fond

Quelles différences entre Sun Tzu et Clausewitz ?

Quelles différences entre Sun Tzu et Clausewitz ?

Nous allons dans ce billet nous intéresser à l’impression générale que dégage la lecture de chacun des traités de stratégie.

L’art de la guerre est un ouvrage à utilité opérationnelle immédiate. Il se présente un peu comme un livre de recettes, où à telle situation doit correspondre telle manœuvre. Bien sûr, il est également parfois nécessaire de creuser un peu le propos pour en dégager la véritable idée – l’existence de ce blog en témoigne. De la guerre est un ouvrage différent : l’ambition de Clausewitz était de développer une théorie scientifique de la guerre. De cette théorie découlaient certains principes pratiques, mais ce n’était pas le centre de l’ouvrage. Ainsi, alors que Clausewitz tente une introspection au terme de laquelle il met à jour concepts et théories, Sun Tzu s’attache davantage à définir une pensée stratégique à proprement parler, voire une méthode. Il pense l’action, Clausewitz la comprend. Les démarches diffèrent donc radicalement. Hervé Coutau-Bégarie est sur ce point catégorique :

« Clausewitz a produit une théorie de la guerre articulée dans ses moindres détails, donc infiniment plus profonde que les simples pistes de réflexion proposées par Sun Tzu. »[1]

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Sun Tzu et Clausewitz : Les différences de forme

Livres Sun Tzu vs Clausewitz

Quelle différence de forme entre L‘art de la guerre et De la guerre ?

Nous allons nous livrer dans les prochains billets au périlleux exercice de comparaison des systèmes de Sun Tzu et de Clausewitz. Périlleux, car l’étude sera forcément imparfaite et ne pourra être que nuancée, complétée, amendée.  Mais nous espérons justement que la critique s’exprimera sur ce « premier jet » et que le produit s’en améliorera.

Ce premier billet s’intéressera uniquement à la forme des traités. Il trouvera une suite dans l’étude des différences de fond entre les deux stratèges.

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Mao a-t-il lu Sun Tzu ?

Pourquoi le Grand Timonier a-t-il nié avoir lu Sun Tzu ?

Pourquoi le Grand Timonier a-t-il nié avoir lu L’art de la guerre ?

La question peut surprendre : comment un chef d’Etat chinois, grand stratège de surcroît (ces écrits sur la guérilla sont fondateurs) pourrait ne pas avoir lu ce grand classique ? Le fait est que rien ne permet formellement d’établir que le Grand Timonier ait un jour lu L’art de la guerre. Outre que, curieusement, le stratège antique n’était pas au programme de ses études, littéraires, les biographes de Mao sont partagés sur sa lecture effective du traité. L’intéressé lui-même niera pendant la Révolution culturelle avoir lu ou même connaître Sun Tzu !

L’affaire est donc loin d’être simple.

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De la connaissance

Que cherche à connaître Sun Tzu ?

Que cherche à connaître Sun Tzu ?

Pour faire une synthèse des précédents billets, nous observons que la « connaissance » est essentielle chez Sun Tzu. Elle touche plusieurs domaines, qui eux-mêmes comprennent plusieurs subdivisions :

  • La connaissance de soi-même
    • Sa propre personne
    • Ses forces (troupes : volume, équipement et moral) et, selon le traducteur, ses officiers (aptitudes, pour pouvoir assigner des missions spécifiques)
  • La connaissance de l’adversaire
    • L’adversaire lui-même
    • Les autres forces en présence susceptibles de passer des alliances
  • La connaissance de l’environnement
    • Le terrain
    • La météo

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Sun Tzu France fête son premier anniversaire

Un an déjà !

Un an déjà !

Sun Tzu France vous présente ses meilleurs vœux et en profite pour souffler sa première bougie : voici en effet maintenant un an que le blog est ouvert.

Et l’aventure se poursuit. Aucun risque qu’elle s’épuise faute de munitions : les sujets à traiter sont innombrables, ils ne demandent qu’à être mis en forme. Nous sommes fiers d’avoir tenu le cap et surtout d’avoir pu conserver le rythme de parution (au minimum un billet tous les six jours). A ce jour, 72 billets ont déjà été publiés.

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De l’étude du terrain

L’étude minutieuse du terrain est indispensable

Le besoin en renseignement du chef ne se restreint pas à l’adversaire : Sun Tzu insiste particulièrement sur la nécessité de connaître le terrain. Une perception correcte en est en effet indispensable pour l’élaboration de la manœuvre. Son étude relève d’une obligation pour le général :

« La configuration topographique est d’un précieux concours dans les opérations militaires. Un grand général construit sa victoire sur la connaissance de l’ennemi et tient un compte précis de la nature du terrain et des distances. » (chapitre 10)

« Etre fixé sur l’absence de capacités défensives adverses et sur ses propres possibilités offensives, sans savoir que le terrain ne se prête pas à l’engagement, c’est […] n’avoir entre les mains que la moitié de la victoire. » (chapitre 10)

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Connais-toi toi-même, disait Sun Tzu

Mosaïque d’un couvent romain présentant le Gnôthi seautón, « connais-toi toi-même »

Pour obtenir la victoire, le général doit, outre connaître le plus parfaitement possible son ennemi, se connaître lui-même :

« Qui connaît l’autre et se connaît, en cent combats ne sera point défait ; qui ne connaît l’autre mais se connaît, sera vainqueur une fois sur deux ; qui ne connaît pas plus l’autre qu’il ne se connaît sera toujours défait. » (chapitre 3)

L’injonction de Sun Tzu rejoint ici le Gnôthi seautón, « connais-toi toi-même », que les Grecs avaient inscrit au fronton du temple de Delphes et sur lequel Socrate bâtissait sa sagesse. En effet, le général doit être lucide sur ses qualités et ses défauts pour savoir mettre en valeur ses forces et ne pas prêter le flanc à ses faiblesses. Il doit de même avoir conscience de ses traits de personnalité et de ses tendances profondes pour ne pas se laisser dominer par elles :

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Faut-il tenir ses troupes dans l’ignorance ?

Sun Tzu préconise-t-il le mutisme du chef ?

Nous avons vu dans le billet précédent que le général devait penser son action de façon à préserver le secret sur ses intentions. Mais une autre forme de dissimulation est évoquée dans L’art de la guerre : celle à avoir vis-à-vis de ses propres troupes :

« Un général se doit d’être impavide pour garder ses secrets […]. Il lui incombe d’obstruer les yeux et les oreilles de ses hommes pour les tenir dans l’ignorance. » (chapitre 11)

Cette injonction est particulièrement troublante. Elle semble s’inscrire dans la considération relativement froide dont peut témoigner Sun Tzu à l’égard de la troupe, comme :

« On jette [ses hommes] dans une situation sans issue, de sorte que, ne pouvant trouver le salut dans la fuite, il leur faut défendre chèrement leur vie. […] Quand [le général] mène ses hommes au combat, c’est comme s’il leur retirait l’échelle sous les pieds après les avoir fait grimper en haut d’un mur. » (chapitre 11)

L’objectif est ici triple : se prémunir d’une fuite qui viendrait de ses troupes, asseoir son commandement et ne pas alourdir inutilement le processus de transmissions des ordres.

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Sun Tzu et le secret

La préservation secret, un besoin depuis longtemps identifié

Corollaire de la recherche de renseignement évoquée dans le billet précédent, il convient de se prémunir de l’exercice de cette activité par l’adversaire. Il s’agit logiquement de chercher à être le plus hermétique possible face au renseignement de l’ennemi. Moins ce dernier connaîtra avec précision notre position, nos effectifs et nos intentions, et moins il sera à même d’avoir l’initiative de l’action. Il sera alors obligé d’agir dans le brouillard, en se rabattant sur une disposition à même d’englober tout le champ des possibles, manœuvre qui s’avèrera donc nécessairement peu efficace car ne pouvant répondre à aucun des principes de la guerre : concentration des efforts, économie des moyens, liberté d’action.

« S’il ne sait où je vais porter l’offensive, l’ennemi est obligé de se défendre sur tous les fronts. » (chapitre 6)

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Du renseignement

Sun Tzu, premier théoricien du renseignement

Nous l’avons vu dans le billet précédent : pour acquérir le renseignement sur l’ennemi, Sun Tzu ne parle que des espions. Bien sûr, à l’époque, il ne pouvait être question de renseignement d’origine électromagnétique, d’acquisition image, de recherches sur sources ouvertes ou autres hacking. Il convient donc ici de dépasser la stricte application restreinte à l’époque de composition de L’art de la guerre pour percevoir l’idée maîtresse de Sun Tzu : la nécessité de recherche du renseignement sur l’adversaire.

« Qui connaît l’autre et se connaît, en cent combats ne sera point défait ; qui ne connaît l’autre mais se connaît, sera vainqueur une fois sur deux ; qui ne connaît pas plus l’autre qu’il ne se connaît sera toujours défait. » (chapitre 3)

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De l’espionnage

L’espionnage, une pratique plus que jamais d’actualité

Sun Tzu consacre l’intégralité du dernier chapitre de son traité aux espions. Pour lui, leur usage relève de l’obligation :

« Un prince avisé et un brillant capitaine sortent toujours victorieux de leurs campagnes et se couvrent d’une gloire qui éclipse leurs rivaux grâce à leur capacité de prévision. Or la prévision ne vient ni des esprits ni des dieux ; elle n’est pas tirée de l’analogie avec le passé pas plus qu’elle n’est le fruit des conjectures. Elle provient uniquement des renseignements obtenus auprès de ceux qui connaissent la situation de l’adversaire. » (chapitre 13)

L’art de la guerre se termine d’ailleurs sur cette phrase :

« Le rôle [des espions] est essentiel et […] sur eux reposent les mouvements d’une armée. » (chapitre 13)

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Des préceptes pouvant être totalement opposés d’une traduction à l’autre

Une étonnante comparaison des traductions

Celui qui se livrera à l’exercice de comparaison de deux traductions françaises de L’art de la guerre (et il aura le choix, cf. notre billet Combien de versions différentes ?) aura la surprise de voir combien les textes proposés peuvent s’avérer dissemblables. A tel point que certains propos de Sun Tzu se retrouvent parfois totalement inversés d’une traduction à l’autre. Nous illustrerons ce phénomène à travers l’exemple de deux traductions que nous jugeons de grande qualité : celle Jean Lévi aux éditions Hachette et celle du groupe Denma au Courrier du livre.

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