De la guerre éclair

Un concept ancien

Le sujet peut sembler évident puisqu’il fait l’objet des premières lignes de L’Art de la guerre, mais nous ne l’avions jamais traité en tant que tel : Sun Tzu enjoint on ne peut plus clairement de ne viser que des guerres éclair :

« Quand les opérations traînent en longueur sans apporter de victoire décisive, les armes s’émoussent, les troupes perdent leur mordant ; les soldats usent leurs nerfs dans les sièges. Des armées trop longtemps en campagne ruinent l’économie d’un pays.

Voyant vos armes émoussées, vos troupes sans mordant, vos hommes sans ressort, votre économie ruinée, les principautés rivales sauteront sur l’occasion pour vous attaquer en état d’infériorité. Et aussi avisés que soient les dirigeants, il leur sera impossible de préserver leurs arrières.

S’il y eut des campagnes qui ont péché par précipitation, que l’on m’en cite une seule qui, habilement conduite, s’éternisa. Jamais il n’est arrivé qu’un pays ait pu tirer profit d’une guerre prolongée. 

[…] Voilà pourquoi une armée doit viser la victoire immédiate et non une guerre d’usure. » (chapitre 1)

Sun Tzu voit deux raisons à rechercher la brièveté du conflit :

  • Ne pas ruiner le pays : chaque jour de conflit coûte.
  • Ne pas tenter les voisins de nous attaquer pour profiter de l’affaiblissement inéluctable du pays et de l’armée en cas de conflit prolongé.

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Le pillage, un procédé toujours pertinent

Scène de pillage en Syrie

Incontestablement, Sun Tzu préconise le pillage :

« Pillez en terrain de diligence. » (chapitre 11)

Nous pourrions penser, ex abrupto, que ce procédé est barbare et caduc. Certains exégètes historiques n’ont d’ailleurs pas manqué de contester ce précepte de Sun Tzu[1]. Pour autant, une simple étude des conflits contemporains nous montre qu’il est toujours bien appliqué dans nombre d’endroits du monde, que cela soit le fait de guérillas, d’insurrections ou de conflits plus symétriques. Nous verrons même qu’au sein des armées occidentales modernes, le concept de pillage peut toujours s’avérer d’actualité.

L’Art de la guerre expose deux raisons rendant nécessaire le recours au pillage : assurer sa logistique, et motiver ses hommes par l’autorisation de dépouiller l’adversaire.

Étudions d’abord la première justification :

« Qui est habile à conduire les armées ne procède jamais à deux levées consécutives ni n’a besoin de trois réquisitions de grains. Ses ressources propres lui suffisent et il puise ses vivres chez l’ennemi. C’est ainsi qu’il assure la subsistance de ses troupes. » (chapitre 2)

« On pourvoit aux besoins en nourriture des troupes en pillant les campagnes fertiles. » (chapitre 11)

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Une nouvelle version de L’Art de la guerre en bande dessinée

Un « roman graphique » plus qu’une bande dessinée

Les éditions Trédaniel sont décidément d’une grande prolixité concernant Sun Tzu. Après Les sept traités de l’art militaire de la Chine Ancienne parus en décembre dernier, une traduction d’une adaptation en bande dessinée de L’Art de la guerre voit aujourd’hui le jour.

Le texte introductif est bref mais correct. Regrettons toutefois qu’il donne les dates légendaires de la vie de Sun Tzu, sans mise en garde sur leur faible réalité historique. Point notable de cette introduction : elle est remarquable d’humilité concernant la qualité de la traduction livrée (qui « s’inspire des traductions modernes »).

Le contenu du traité figure dans sa grande majorité ; seules certaines maximes sont omises. Le tout est enrobé dans l’histoire d’un maitre enseignant le traité de Sun Tzu à son disciple. Ce procédé fournit l’occasion d’apporter quelques commentaires et éclairages sur le texte.

Point majeur : nous déplorons que l’illustrateur ait fait le choix d’un « roman graphique » et non d’une réelle bande dessinée. En effet, les dessins cherchent à représenter de – trop – grandes portions de texte, et nombre d’idées non illustrées peuvent ainsi ne pas être facilement appréhendées car contenues dans une image sans rapport avec leur propos. Continuer la lecture

The school of Sun Tzu

Une véritable étude de L’Art de la guerre

The school of Sun Tzu est l’un des rares livres anglo-saxons s’attachant à mener une réelle analyse de L’Art de la guerre : nombre d’ouvrages, qui ont le nom de Sun Tzu ou de son traité dans leur titre, ne font en réalité qu’utiliser le texte du stratège chinois pour illustrer une doctrine construite antérieurement. Ici, la volonté de l’auteur est de livrer une étude sincère L’Art de la guerre.

David G. Jones est Canadien. Il a été manager dans différentes entreprises et a servi au sein de l’armée. La publication de cet ouvrage date de 2012, mais sa rédaction a sans doute été grandement réalisée vers la fin des années 90, comme semble le prouver la 6e partie « passé, présent et futur » qui recense les références anglo-saxonnes à L’Art de la guerre, recension ne s’étendant que très rarement aux années 2000.

Signalons-le tout de suite, David G. Jones a un parti pris fort – mais clairement affiché : « L’Art de la guerre n’a été lu tout au long de son histoire que comme un traité militaire ; il a fallu attendre la fin du XXe siècle pour que l’on comprenne qu’il pouvait porter sur un sujet différent ». L’auteur déplore en effet que « la métaphore militaire utilisée dans L’Art de la guerre – un extraordinaire procédé d’apprentissage – a été vue non comme le medium, mais comme le message ». C’est ainsi que l’auteur lit en premier lieu dans L’Art de la guerre (comme la plupart des commentateurs modernes) une méthodologie de management : le propos est, selon lui, la description des « processus de planification stratégique qui définissent les rôles, relations, dynamiques, valeurs et méthodes pour une gestion d’engagement efficace ».

Cette lecture de L’Art de la guerre sous l’angle de l’entreprise, typiquement anglo-saxonne, n’est pas ce que nous préférons de l’ouvrage. David G. Jones note même que « bien que le traité se serve d’une imagerie militaire, il n’y a rien qu’un soldat puisse réellement utiliser ».

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Comprendre et appliquer Sun Tzu

Un ouvrage bien mal nommé

Contrairement à ce que l’intitulé laisse croire, Comprendre et appliquer Sun Tzu n’est pas une étude de L’Art de la guerre ! Le sujet est un tout autre texte : Les 36 stratagèmes. Le titre, trompeur, est en effet un choix navrant de l’éditeur (Dunod) qui a estimé plus vendeuse la référence à Sun Tzu[1].

L’auteur défend comme il peut ce titre malheureux en écrivant dans l’introduction que « si Sun Tzu n’est pas l’auteur d’un traité compilant des stratagèmes, culturellement sa pensée s’y trouve comme exaltée […]. Aborder la lecture des Trente-six stratagèmes à la lumière des préceptes de Sun Tzu lui donne une cohérence autrement plus profonde tout en livrant des clés d’application. C’est à ce titre que ce livre donne à Comprendre et appliquer le stratège chinois à partir d’une version commentée et originale des Trente-six stratagèmes. » Nous demeurons moyennement convaincu par la démonstration…

La plus grande déception provient de ce que cette promesse d’améliorer notre compréhension de la pensée de Sun Tzu n’est même pas tenue : nombre de stratagèmes exposés ne font aucune référence à L’Art de la guerre. Comble de l’ironie : l’auteur attribue à Sun Tzu une citation qui n’est pas de lui ! (cf. notre billet Une citation partiellement apocryphe). Un titre trompeur, donc qui ternit totalement un ouvrage au demeurant certainement intéressant sur le sujet qu’il traite.

Mais alors, de quoi est-il question dans ces 288 pages ?

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