Les personnages de L’art de la guerre

L’armée de terre cuite du mausolée de l’empereur Qin

L’armée de terre cuite du mausolée de l’empereur Qin

Nous allons nous livrer ici à l’exercice périlleux de l’étude purement lexicale de L’art de la guerre. Périlleux, car nous nous baserons sur une traduction et non sur le texte original. Périlleux plus encore, lorsque l’on connaît toute la fragilité des versions existantes. Bien sûr, le vocabulaire employé, et même la fréquence des termes, est consubstantielle d’un traducteur. Nous serons donc attentifs à ne pas nous engluer dans ce qui relève uniquement d’un choix de traduction. Comme d’habitude, la traduction nous servant ici de référence sera celle de Jean Lévi.

L’œuvre de Sun Tzu est parcourue d’un certain nombre de personnages. Le premier d’entre eux est bien évidemment le « général », auquel s’adresse principalement Sun Tzu.

« Général » est employé 35 fois à travers tout le traité. D’autres expressions apparaissent également, voulant toujours représenter ce général, sans recherche de nuance : « capitaine » (8 fois), « chef de guerre » (8 fois), « chef » (3 fois), « commandant en chef » (1 fois), « général en chef » (1 fois), « homme de guerre » (1 fois), « expert en stratégie » (1 fois) et « militaire » (1 fois). Au total, ce général est cité 59 fois sous toutes ses formes.

Le second personnage dans l’ordre apparent d’importance est le souverain. « Apparent », car il n’est au final cité que 20 fois : 12 en tant que « souverain », 6 en tant que « prince », 1 en tant que « roi » et une autre en tant que « dirigeant ». Ces différentes appellations sont totalement interchangeables, comme en témoignent ces deux phrases issues du chapitre 13 :

« Un prince avisé et un brillant capitaine sortent toujours victorieux de leurs campagnes… »
« Seul un souverain avisé et un habile général sont capables de recruter leurs espions chez des hommes à l’intelligence supérieure… »

On trouve également par trois fois le terme de « seigneur », mais il est possible qu’il s’agisse là des grands barons, sujets du souverain.

Si la fréquence de citation explicite du souverain est inférieure à celle du général (20 fois contre 59), il n’est cependant pas impossible qu’il soit tout autant, si ce n’est plus, le destinataire de L’art de la guerre. Il est en effet recevable de considérer que Sun Tzu a pu écrire son traité à destination du prince, pour lui expliquer comment bien choisir un général. Ou, peut-être, comme le raconte Sima Qian, pour lui servir de carte de visite auprès du prince, en exposant des recettes que de toute façon nul autre que lui ne serait à même de mettre en pratique.

Un personnage est toutefois encore plus cité que le général : « l’armée ». Nous personnifions bien sûr ici un collectif, mais ce choix nous paraît avoir sens. Cette « armée » est citée 55 fois. Le terme « les armées », pour lequel l’emploi du pluriel n’a pas de signification particulière, revient quant à lui 11 fois. Ce collectif de combattants, cette masse, se retrouve également dans les termes « la troupe » (employé 29 fois), « la multitude (5 fois), « la population » (employé au sens de « la troupe », 1 fois) et « la foule » (là-aussi pour désigner la troupe : 1 fois). Au total, ce sont 102 occurrences de ce collectif qui apparaissent dans le traité.

Sun Tzu évoquent ensuite bien sûr les individus qui composent cette armée : le terme d’ « hommes » apparaît que 32 fois, celui de « soldats » 19, et celui de « combattants » 2 ; soit un total de 53. Sun Tzu ne parle toutefois jamais du « soldat » pris dans son individualité, mais toujours « des soldats » (sauf dans un cas, au chapitre 11 : « Il meut la multitude de ses armées comme on dirige un seul homme. »). Le mot désigne alors tantôt le collectif et devient synonyme de « l’armée » (« Quand il mène ses hommes au combat, c’est comme s’il leur retirait l’échelle sous les pieds après les avoir fait grimper en haut d’un mur. », chapitre 11), tantôt l’individu, pour expliciter des actions ou des sensations (« Les hommes s’appuient sur la hampe de leurs armes : l’armée est minée par la faim. », chapitre 9).

Une autre catégorie de personnel, pouvant ou non être considérée comme militaire, sont les « espions ». Ils sont évoqués 13 fois sous ce terme, et 19 fois sous celui d’ « agent ». Dans le treizième chapitre qui leur est consacré, Sun Tzu détaille même les différentes sortes d’agents : « agents indigènes », « agents intérieurs », « agents retournés », « agents sacrifiés » et « agents préservés ».

« L’ennemi » est quant à lui évoqué 62 fois. « L’adversaire » : 13 fois. L’ennemi est avant tout une instance et non pas tel ou tel ennemi incarné, ce qu’atteste la quasi absence d’ « ennemi » en tant qu’adjectif d’une personne : Sun Tzu parle de « territoire ennemi » (une dizaine de fois), mais jamais de « général ennemi », de « stratège ennemi », de « prince ennemi » ou de « peuple ennemi ». L’ennemi est ainsi une entité générique plus qu’une personne, c’est l’opposant par excellence, celui vers lequel toute l’attention doit être tournée.

La « Nation », que nous assimilons à un personnage, est évoquée 7 fois. Plus 7 autres fois sous le terme « pays ». Le mot « principauté » est également utilisé 3 fois, sans qu’il soit possible de déterminer avec exactitude s’il s’agit d’une subdivision de l’Etat ou d’un Etat à part entière.

Le « peuple » est évoqué 4 fois. On le trouve également évoqué une fois à travers le terme de « foule ». Deux fonctions en émergent : les « paysans » et les « fonctionnaires », chacun cité une fois.

La « maison royale » est identifiée une fois. Les « ministres » sont évoqués, de même que les membres de la suite : « chambellans », « portiers » et « secrétaires ». Chacun également une seule fois.

Comme nous l’avions signalé lorsque nous évoquions le souverain, le terme « seigneur » est employé 3 fois, sans que l’on puisse déterminer avec exactitude si Sun Tzu parlait ici du souverain ou de ses barons.

Enfin, un dernier personnage est cité : « Maître Sun ». Chacun des 13 chapitres commençant en effet par ces mots : « Maître Sun a dit : … ». Sun Tzu se cite ainsi 13 fois.

Au final, les cinq termes se rapportant à des personnes (ou assimilés) qui reviennent le plus souvent sont :
–  L’armée : 102 fois, et les soldats : 53 fois
–  L’ennemi : 75 fois
–  Le général : 59 fois
–  Les espions : 32 fois
–  Le souverain : 20 fois

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4 réflexions sur « Les personnages de L’art de la guerre »

    • J’ai effectivement une version numérique du texte, qui s’avère être un très bon outil pour les recherches. Ceci dit, il faut quand même à chaque fois relire intégralement le traité pour déceler ce qui pourrait être intéressant.

  1. Le texte de Sun Tzu est-il en ligne?

    Pouvez-vous nous donner la référence de la version numérique? merci d’avance

    • Bonjour,

      Non, le texte que j’utilise (celui de Jean Lévi) n’existe pas en ligne. Et aucune des versions disponible gratuitement sur Internet n’est satisfaisante : quasiment toutes sont du père Amiot, et les quelques autres sont des catastrophes. Je m’en explique dans le billet Il n’y a pas que les livres papier !
      Quant à celle que j’utilise à titre personnel, c’est un outil de travail non diffusable (j’ai retapé à la main tout le texte).
      Désolé…

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