Une nouvelle version de L’art de la guerre… à éviter !

L'art de la guerre des éditions Ultraletters

L’art de la guerre des éditions Ultraletters

Une nouvelle édition de L’art de la guerre vient de paraître.

Vendue exclusivement sur Amazon au prix de 4,39 €, cette version ne présente absolument aucun intérêt !

La traduction est en effet celle du père Amiot, version de l’Impensé radical. Nous avons déjà expliqué pourquoi nous considérions cette traduction comme dévoyant totalement l’œuvre de Sun Tzu. Le texte est livré brut, sans le moindre supplément.

L’éditeur, Ultraletters, publie essentiellement des œuvres tombées dans le domaine public (et bien que cette version, nous l’avons vu, date de 1971…).

Pour cinq euros de plus, n’hésitez donc pas à vous offrir l’une des traductions que nous recommandons.

Source de l’image : photo de l’auteur

Encore une nouvelle édition de L’art de la guerre !

Une édition dont on pourra se passer…

L’année 2012 aura décidemment été très riche concernant les parutions de L’art de la guerre. Ce mois-ci, c’est une nouvelle version de poche qui nous est proposée pour 4,90 €.

Autant le dire tout de suite : elle ne présente aucun intérêt ! Il s’agit en effet de la traduction du père Amiot (version de l’Impensé radical) livrée brute, sans les notes de bas de page ni le moindre complément. Même la version des 1001 nuits, commercialisée 3 €, comporte plus de matériaux…

Autant rajouter 5 € et acquérir la traduction que nous jugeons la meilleure de toutes celles existantes : celle de Jean Lévi.

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Le père Amiot enfin réédité

Couverture du fac-similé des éditions Hachette-BNF

L’Art militaire des Chinois est enfin disponible sous forme papier. Cet ouvrage du père Amiot comprend la toute première traduction hors du monde asiatique de L’art de la guerre.

Jusqu’à présent, ce texte de 1772 jamais réédité (hors 1782[1]) n’était plus disponible que dans quelques très rares bibliothèques (ou, beaucoup plus simplement depuis quelques années, sur Internet grâce à Gallica). Si une version retranscrite en français moderne était bien disponible depuis 2007 (celle d’Adrien Beaulieu dans son ouvrage – confidentiel – Investir en Chine – Guerre et Commerce), toutes les autres se revendiquant du père Amiot n’étaient, on l’a vu, jamais authentiques. Il est donc aujourd’hui enfin devenu possible de commander pour 17,48 € un fac-similé de ce petit bijou pour historien.

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La revue Guerres & Stratèges propose L’art de la guerre en cadeau

La revue Guerre & stratèges avec son supplément

Dans son numéro 4 de juillet-août-septembre 2012, la revue Guerres & Stratèges offre en cadeau un exemplaire de L’art de la guerre, le tout pour le prix de 6,95 €.

Nous ne nous prononcerons pas sur le contenu de la revue, ce n’est pas le propos de ce blog.

Par contre, sachez que la version fournie du traité de Sun Tzu est celle du père Amiot, ou plus exactement de l’Impensé radical (Cf. De l’imposture des traductions dites « du père Amiot »). Nous nous sommes déjà expliqués sur le fait que cette version ne pouvait selon nous être considérée comme satisfaisante. En outre, le texte est livré brut, sans aucun commentaire ni propos introductif. Il semblerait que nous ayons là l’édition papier d’une version iBooks mise en ligne en avril dernier. Même dans la revue il n’en est pas question.

Inutile, donc. Pour à peine 2,17 € de plus, autant acheter la meilleure des versions disponible, celle de Jean Lévi.

Source de l’image : photo de l’auteur

Sun Tzu de 1951 à 1971

La version de l’Impensé radical, 1971

Nous le verrons dans un prochain billet, la véritable consécration de Sun Tzu en France arrivera en 1972 avec la traduction de Samuel Griffith. Mais un peu avant cela, les choses commencèrent à bouger en France, accélérant le rythme précédemment observé : trois références de 1801 à 1900, trois autres de 1901 à 1950, et finalement encore trois de 1951 à 1971 !

Ce furent tout d’abord deux articles qui marquèrent ces prémices de la révolution que Sun Tzu allait connaître :

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Sun Tzu de 1901 à 1950

La version de 1948 de Lucien Nachin

Après avoir étudié le XVIIIe et le XIXe siècles, intéressons-nous maintenant au XXe. Et plus précisément à sa première moitié, qui fut marquée par la parution de deux ouvrages : L’art militaire dans l’Antiquité chinoise du lieutenant-colonel Cholet en 1922, et Sun Tse et les anciens Chinois du colonel Nachin en 1948. Hormis ces deux titres, Sun Tzu ne fit parler de lui qu’une seule fois, fugitivement, sous la plume de George Soulié de Morant ; ce dernier évoqua en effet l’existence du stratège chinois et relivra l’anecdote des concubines dans son Essai sur la littérature chinoise paru en 1924 puis dans son Histoire de la Chine en 1929. Mais l’évocation resta anecdotique.

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Sun Tzu au XIXe siècle

Le tout premier ouvrage reparlant de Sun Tzu, en 1884

Nous l’avons vu dans notre billet Comment furent accueillis Les Treize articles ?, la sortie de l’Art militaire des Chinois fut soulignée par le milieu littéraire l’année de sa parution.

Ensuite, pendant un siècle, l’éclipse de Sun Tzu fut totale ! Ce n’est en effet qu’en 1884 qu’apparurent les premiers soubresauts du stratège chinois en France. Et encore ne s’agissait-il alors que d’un rappel de son existence…

Ainsi, jusqu’au XXe siècle, alors que les ouvrages sur la Chine – voire les militaires chinois – furent nombreux à être publiés[1], Sun Tzu en resta totalement absent (hors simple citation de l’existence de l’Art militaire des Chinois). La traduction de l’Histoire des trois royaumes par Théodore Pavie parue en 1845 citait bien à de nombreuses reprises le personnage de Sun-Tse, mais il s’agissait-là d’un homonyme[2]… (De même, Théodore Pavie reprendra ce personnage dans une nouvelle intitulée Yu-ki le magicien, parue en 1853 dans Scènes et récits des pays d’outre-mer).

Seuls deux ouvrages évoquèrent au final Les treize articles :

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Les militaires du XVIIIe siècle passèrent à côté des Treize articles

L’unique commentaire militaire des Treize articles

Si le traité de Sun Tzu a aujourd’hui acquis un statut de référence stratégique, il passa relativement inaperçu des militaires lors de sa première traduction en 1772. Comme nous l’avons vu dans le précédent billet, la sortie de l’Art militaire des Chinois qui contenait le traité de Sun Tzu a bien été signalée par les journaux littéraires. Mais Elle n’a en revanche nullement retenu l’attention des militaires, à une exception près que nous allons voir.

Bien que le sinologue Laurent Long évoque l’existence de critiques provenant du milieu militaire[1], il ne cite pas sa source et son propos est donc sujet à caution. Thierry Widemann, spécialiste des écrits militaires durant cette période[2], contredit d’ailleurs cette affirmation en précisant que si la sortie des Treize articles, ou plus généralement de l’Art militaire des Chinois, a probablement pu être remarquée parmi les officiers, il n’a en revanche été fait aucun usage doctrinal de ce texte.

Trois raisons nous paraissent susceptibles d’expliquer cette relative indifférence :

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Comment furent accueillis Les Treize articles ?

Les treize articles

Si la traduction du père Amiot publiée en 1772 fut bien signalée par la presse de l’époque, elle ne fut cependant pas réellement critiquée. Pourquoi ?

Comme nous l’avons précédemment évoqué, la toute première traduction française de L’art de la guerre date de 1772. Elle était l’œuvre du père Amiot, jésuite français missionnaire en Chine. Le texte, alors intitulé Les treize articles sur l’art militaire, faisait partie d’un recueil comprenant plusieurs autres traités : l’Art militaire des Chinois. Ce recueil fut réédité tel quel en 1782 sous la forme du septième tome des Mémoires concernant l’histoire, les sciences, les arts, les mœurs, les usages, etc. des Chinois par les missionnaires de Pé-kin.

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Une nouvelle version de L’art de la guerre vient de paraître

L’art de la guerre illustré aux éditions Encore

Les éditions Encore viennent de faire paraître une « Nouvelle édition illustrée » de L’art de guerre.

Officiellement présentée comme « traduite du chinois par le père Amiot, version abrégée », nous avons en réalité là le texte de l’Impensé radical de 1971, duquel ont curieusement été retirés quelques paragraphes. La raison de ces coupes reste pour nous un mystère, sachant que cela ne peut être pour une question de place étant donné le gain de texte relativement faible au final.

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Napoléon a-t-il lu Sun Tzu ?

Napoléon enfant à l’école de Brienne

Il est courant de voir écrit que Napoléon fut un lecteur avide de Sun Tzu, ce qui pourrait expliquer ses victoires militaires[1]. Pourtant, cette affirmation est très certainement fausse.

Plusieurs raisons plaident en effet contre. Si d’un point de vue purement chronologique, Napoléon aurait effectivement pu lire Les treize articles, rien n’indique cependant qu’il ait jamais eu l’ouvrage entre les mains. Le traité était de toute façon passé relativement inaperçu lors de sa sortie, et Napoléon n’avait que peu connaissance des affaires de la Chine. En outre, la traduction du Père Amiot était relativement absconse et sensiblement éloignée de celles que nous connaissons aujourd’hui, présentant beaucoup moins d’originalités stratégiques. Enfin, force est de constater que l’Empereur n’a jamais réellement mis en œuvre les préceptes de Sun Tzu.

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Le père Amiot a-t-il réellement traduit Sun Tzu ?

Les treize articles de Sun-Tse, 1772

Si le père Amiot a l’incontestable mérite d’avoir compris l’importance des Treize articles de Sun-Tse (titre qu’il avait donné à sa traduction de L’art de la guerre), le texte qu’il nous a livré se révèle relativement éloigné des traductions modernes. La différence saute aux yeux dès le premier regard : alors qu’une traduction moderne comme celle de Jean Lévi[1] compte 577 mots pour le premier chapitre, celle du père Amiot en utilise plus du double : 1204 !

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Des difficultés du père Amiot à traduire Sun Tzu

Discours préliminaire de l’Art militaire des Chinois, 1772

Une fois n’est pas coutume, nous laisserons dans ce billet parler le père Amiot, qui raconte dans l’introduction de son Art militaire des Chinois paru en 1772 combien fut difficile la traduction du traité de Sun Tzu :

Ce n’est pas sans avoir vaincu bien des obstacles que j’ai conduit [ce travail] à la fin. Le laconisme, l’obscurité, disons mieux, la difficulté des expressions chinoises n’est pas un des moindres ; cent fois rebuté, j’ai abandonné cent fois une entreprise que je croyais être, et qui était en effet au-dessus de mes forces : j’y renonçais entièrement, lorsque le hasard me remit sur les voies, dans le temps même que mes occupations semblaient devoir m’en éloigner d’avantage. Voici, en peu de mots, quelle en a été l’occasion.

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Le père Amiot, encyclopédiste de la Chine

Le septième tome (sur 15) de l’encyclopédie du monde chinois du père Amiot, contenant Les treize articles

Nous avons rapidement brossé dans le précédent billet la vie du père Amiot, tout premier traducteur de L’art de la guerre hors du monde asiatique. Nous allons nous intéresser ici au colossal travail auquel se livra le jésuite pour faire connaître le monde chinois à la France.

Ce dernier était en effet un lettré et un scientifique, et possédait des connaissances importantes en histoire, littérature, mathématiques, physique et musique. Il a légué au monde un nombre important d’écrits et de correspondances sur des sujets très divers incluant par exemple, la médecine, la philosophie, les sciences astronomiques et les danses rituelles chinoises.

Mais il convient avant toute chose de comprendre que le père Amiot n’était pas un cas isolé : les hommes de science que la Compagnie de Jésus envoyait de France avaient en effet une double mission : prêcher l’Evangile, et concourir, par tous les moyens que pouvait fournir leur position spéciale, à enrichir les sciences et les arts de l’Europe. Nonobstant les incontestables facultés intellectuelles du père Amiot, ce dernier ne s’était donc livré à tous ces travaux, si étrangers à l’exercice strict de son ministère, que par souci de remplir son mandat.

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Qui était le père Amiot ?

La biographie la plus complète du père Amiot, parue en 1915

Joseph-Marie Amiot naquit le 8 février 1718 à Toulon. Fils d’un notaire royal, il effectua à l’issue de ses études classiques, trois ans de philosophie et un an de théologie. A l’âge de 19 ans, il entra au noviciat de la Compagnie de Jésus à Avignon et y resta deux années, se liant à Dieu en 1739. Il poursuivit alors sa formation au collège à Besançon (1739-1742), puis effectua ses humanités à Arles et à Aix (1742-1744). Il apprit ensuite la rhétorique à Nîmes (1744-1745) et la théologie à Dôle (1745-1749), où se développa sa passion pour l’Histoire, les langues et les arts. Ordonné prêtre à 31 ans à la fin de ses quatre années de théologie, il redevint novice pendant un an (1749-1750) à Salins.
Attiré par les peuples « d’au-delà des mers », il fut désigné pour servir en Chine. Le 22 août 1751, âgé de 32 ans, il rejoignait la mission française de Pékin[1]. Il y resta 42 ans, jusqu’à sa mort le 8 octobre 1793.

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De l’imposture des traductions dites «du père Amiot»

Le père Amiot

La traduction du père Amiot, toute première hors du monde asiatique, paraît en 1772. Libre de droits, toutes les éditions de L’art de la guerre à petit prix y recourent. Cette traduction est également celle que l’on trouve dans les différents recueils de textes stratégiques ou en format numérique (Kindle et autres).
Sauf qu’il s’agit d’une tromperie : à l’exception de deux cas particuliers[1], aucun de ces textes n’est réellement celui du père Amiot. Le plus ancien utilisé remonte à 1948, tandis que le plus récent est une composition datant de 2009 !

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