De la duperie

Probablement la ruse la plus célèbre du monde occidental

Probablement la ruse la plus célèbre du monde occidental

Après avoir vu ce qu’était la guerre et pourquoi on la faisait, intéressons-nous maintenant à la façon de la faire.

L’idée majeure qui parcourt l’ensemble du traité, et où tous les préceptes de Sun Tzu peuvent trouver leur source, est la suprématie de la duperie :

« La guerre repose sur le mensonge. » (chapitre 1)

A noter que cette idée, présentée dès le premier chapitre, se voit re-explicitée et complétée plus loin dans le traité:

« La guerre a le mensonge pour fondement et le profit pour ressort. » (chapitre 7)

Le cadre d’emploi de la duperie est très large, voire systématique, et ce tant sur le plan temporel (avant et pendant l’affrontement) qu’à tous les niveaux de la guerre : politico-diplomatiques, stratégique, tactiques, voire sub-tactiques (individu isolé ou équipe). Le fait que Sun Tzu traite de la duperie jusqu’au niveau diplomatique donne d’ailleurs à sa conception de la guerre une dimension qui embrasse bien plus que le seul aspect strictement militaire du choc de deux entités (voir à ce propos notre billet Sun Tzu vs Clausewitz, Des périmètres d’étude de la guerre différents).

A quoi sert de duper ?

A obtenir un avantage, permanent ou temporaire, ou à pouvoir user de surprise.

L’avantage peut par exemple résulter d’une démoralisation de l’ennemi basée sur une appréciation erronée de notre situation. De même, un mensonge ou un bluff qui remettrait en cause une alliance de l’adversaire affaiblirait indubitablement ce dernier.

La surprise peut quant à elle résulter d’une duperie lorsque le général a sciemment dissimulé ou désinformé sur sa capacité à agir.

« Attaquez là où il ne vous attend pas. Surgissez toujours à l’improviste. » (chapitre 1)

Nous en revenons aux notions de moyens « ordinaires » et « extraordinaires » (sur lesquelles nous reviendrons dans un prochain billet) dont le contenu même se fonde sur ce quoi à quoi s’attend l’adversaire : c’est en fonction des projets ennemis et de sa compréhension de la situation tactique qu’il convient de se déterminer et de le surprendre. Il s’agit de prévoir un coup d’avance, de deviner ce qu’il croit connaitre de vos plans, afin de retourner ses supputations contre lui.

Comment duper ?

Il est tout d’abord possible d’embrouiller l’adversaire, afin de l’empêcher d’avoir une compréhension juste de la situation :

« S’il ne sait où je vais porter l’offensive, l’ennemi est obligé de se défendre sur tous les fronts. » (chapitre 6)

Il est également possible de le désinformer :

« Proche semblez donc loin, loin semblez donc proche. Avide d’un avantage, appâtez-le. » (chapitre 1)

La technique la plus fréquemment évoquée par Sun Tzu est, dans ce cas, la simulation de la faiblesse :

« Capable, passez pour incapable. Prêt au combat, ne le laissez pas voir. » (chapitre 1)

« Vous vous présentez d’abord comme une vierge timide, l’ennemi ouvre sa porte, alors, rapide comme le lièvre, vous ne lui laissez pas le temps de la refermer. » (chapitre 11)

Un cas particulier de la désinformation est possible lorsque l’on sait que l’ennemi a une vision erronée de la situation (notre position, force ou intention). Il est alors possible de le conforter dans cette croyance :

« La tâche d’un bon militaire consiste à faire semblant de se conformer aux desseins de l’ennemi. » (chapitre 11)

De fait, mener une déception efficace implique de bien connaître son adversaire. On ne déploie en effet de l’énergie pour cacher ou désinformer que parce que l’on a une idée précise de ce que l’adversaire sait de nous. Pour cela, le renseignement s’avère une nouvelle fois un préalable indispensable.

Il semble alors naturel que l’ennemi tente également de faire preuve de ruse à notre encontre :

« On ne poursuit pas une armée dont la retraite est simulée ; […] on ne gobe pas l’appât que l’adversaire vous tend. » (chapitre 7)

Cette formule, apparemment très incantatoire (comment savoir que l’ennemi est en train de nous tendre un piège ?) doit se comprendre comme l’injonction de Sun Tzu de rester toujours sur ses gardes, de sans cesse se demander si l’adversaire ne pourrait pas être en train de ruser à notre encontre, d’en permanence exécuter en tache de fond une analyse de l’éventualité d’une duperie adverse.

Une grande partie du chapitre 9 est consacrée à une étude très « cas-par-cas » des situations susceptibles de se présenter :

« L’ennemi est loin et pourtant nous provoque : il veut nous attirer ; il campe sur un lieu dégagé : il cache quelque atout ; […] L’ennemi se montre humble et renforce son dispositif : il se prépare à l’offensive ; ses hérauts sont pleins de morgue et il fait mine d’avancer : il s’apprête à battre en retraite. […] L’ennemi demande la paix sans pourparlers préalables : il complote. Il avance en toute hâte, rangé en formation de combat : il a prévu une jonction ; moitié il bat en retraite, moitié il se lance à l’assaut : il nous appâte. […] Lorsque la partie adverse envoie des émissaires prendre des nouvelles, c’est qu’elle souhaite nous voir relâcher notre vigilance. Lorsque l’adversaire se porte à vos devants et tarde à engager le combat, sans toutefois se retirer, il convient de faire preuve de la plus grande circonspection. » (chapitre 9)

Et comment savoir qu’il s’agit d’un appât ? Une nouvelle fois, grâce au renseignement. Et à l’intuition du général :

« Qui sait quand il faut combattre et quand il faut s’en abstenir sera victorieux. » (chapitre 3)

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