L’importance des croyances chez Wu Zixu

Une vision ancienne de la voute Céleste chinoise

Une vision ancienne de la voute Céleste chinoise

Dans son Art de la guerre, Wu Zixu s’inscrit fortement dans les croyances de son époque :

« En se conciliant les quatre saisons et les cinq éléments, on peut conquérir le monde. » (Wu Zixu, chapitre 2, traduction de Jian Zhu)

Certains passages du traité relèvent d’ailleurs presque du cours d’astronomie :

« Les principes essentiels du mouvement du monde sont les suivants : le ciel est supérieur comme le père, la terre est inférieure comme la mère ; le soleil, la lune et les étoiles sont le contour général, les vingt-huit constellations sont la référence des étoiles du ciel ; les sept étoiles de la Grande Ourse doivent servir de référence pour lire le reste des étoiles ; elles tournent sans fin. » (Wu Zixu, chapitre 1)

Qui virent rapidement aux croyances :

« L’univers comprend cinq éléments : le métal, le bois, l’eau, le feu et la terre. Ils s’ordonnent, s’engendrent, se maîtrisent et se perpétuent. Comme tout le monde sait, yin et yang sont contraires, mais ils existent toujours ensemble. Par exemple, le ciel et la terre, l’eau et le feu, le soleil et la lune ; le ciel est supérieur comme la voûte céleste, la terre est inférieure en forme de carré, on ne peut pas les renverser. L’eau est la représentante des matières négatives de l’univers, le feu est le représentant des matières positives de l’univers, l’eau et feu sont incompatibles. Le soleil représente la vertu reflétant la bonté et la vie heureuse, la lune représente la peine reflétant les cruautés de la guerre. Le jour et la nuit sont tout à fait distincts. Donc, tous les représentants (le ciel et la terre, le soleil et la lune, l’eau et le feu) se rassemblent et forment le moment propice des quatre saisons (printemps, été, automne et hiver) ; si on les divise et analyse indépendamment, ils contiennent respectivement le caractère de se perpétuer parmi les cinq éléments (métal, bois, eau, feu et terre). » (Wu Zixu, chapitre 2)

Quasiment l’intégralité des chapitres 4 et 5 traite des meilleurs moments pour attaquer en fonction des signes astrologiques (les astres, les saisons, les cinq éléments) :

« Quand la vertu qui représente la joie se trouve dans la position de terre des cinq éléments, on peut combattre l’ennemi » (Wu Zixu, chapitre 4)

« Quand l’ennemi lance un défi à l’ouest qui représente le « métal », on se dispose sur le terrain au sud qui représente le « feu » pour accepter le défi de l’ennemi. » (Wu Zixu, chapitre 4)

« Quand l’étoile Zhuque, l’une des sept étoiles située au sud de l’espace céleste, se trouve en face du sens de l’attaque, et que l’étoile Tiangu se trouve à l’arrière, on peut combattre l’ennemi. » (Wu Zixu, chapitre 4)

« Vénus a sa lumière la plus forte en automne, du fait que le métal maîtrise le bois, on peut attaquer l’ennemi à l’est qui représente le bois. » (Wu Zixu, chapitre 5)

« Quand notre pays fait une expédition punitive contre un pays sans vertu cité ci-dessus, il faut respecter la loi des quatre saisons des cinq éléments : pendant le mois de mars au printemps, Gen-Xin, qui représente le métal, l’astre principal est Vénus, ne pas attaquer à l’ouest. Pendant le mois de juin en été, Ren-Gui, qui représente l’eau, l’astre principal est Mercure, ne pas attaquer au nord. Pendant le mois de septembre en automne, Jia-Yi, qui représente le bois, l’astre principal est Jupiter, ne pas attaquer à l’est. Pendant le mois de décembre en hiver, Bing-Ding, qui représente le feu, l’astre principal est Mars, ne pas attaquer au sud. » (Wu Zixu, chapitre 9)

On trouve également dans L’Art de la guerre de Sun Tzu une évocation des études du phénomène astronomique. Mais le souci est alors plus météorologique qu’astrologique :

« Il existe des périodes favorables et des jours propices pour allumer des incendies. […] Pour ce qui est des jours, on choisira ceux où la Lune se trouve dans les constellations du Van, du Mur, des Ailes ou la Caisse du Chariot ; ces quatre constellations commandent des jours de grand vent. » (Sun Tzu, chapitre 12)

Le système pragmatique et positiviste de Sun Tzu rejette les croyances de Wu Zixu.  Pour Sun Tzu, la conception de l’opération ne doit pas reposer sur les prévisions astrologiques ; il n’y a pas de « mandat du Ciel » :

« La prévision ne vient ni des esprits ni des dieux ; elle n’est pas tirée de l’analogie avec le passé pas plus qu’elle n’est le fruit des conjectures. Elle provient uniquement des renseignements obtenus auprès de ceux qui connaissent la situation de l’adversaire. » (Sun Tzu, chapitre 13)

« Faites taire les rumeurs, proscrivez les sorts et vos hommes vous suivront jusque dans la mort. » (Sun Tzu, chapitre 11)

Le point de vue des deux stratèges diverge sur la méthodologie de la prévision militaire. Il n’en demeure pas moins que, mise à part la prévision par le phénomène astronomique et l’astrologie, Wu Zixu souscrit aux méthodes de planification « classique ». Il cantonne son étude de la relation qu’il établit entre le phénomène astronomique et la guerre aux quatrième et cinquième parties de son ouvrage. En fait, il accorde une place beaucoup plus grande à l’expérience acquise par le général, comme facteur de succès, dans le reste de ses écrits.

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