Qui était Sun Tzu ?

Sun Tzu

Sun Tzu

La vie de Sun Tzu demeure un mystère et a toujours été un sujet de débats et de controverses ; il l’est encore en Chine de nos jours. Nous ne savons en effet rien de précis sur le personnage. Il n’est même pas sûr qu’il ait réellement existé…

La tradition attribue la vie de Sun Tzu au VIe siècle av. J.-C., durant la période chinoise dite des « Printemps et des Automnes[1] », entre 722 et 476. Ces dates correspondent à celles données par un classique de la culture chinoise : Les mémoires historiques[2] de Sima Qian (prononcer « Sseu-ma Ts’ien »). Egalement connu sous son nom chinois de Shiji, cet imposant ouvrage du Ier siècle av. J.-C. racontait sur 130 chapitres l’histoire de la Chine des temps mythiques jusqu’à l’empereur Wu des Han.

Nous avions relaté dans un précédent billet l’anecdote des concubines du roi, qui faisait l’objet du chapitre 65 des Mémoires historiques consacré à Sun Tzu. Le chapitre commençait ainsi :

Sun Zi Wu était un homme de Qi. Pour avoir écrit un livre de stratégie, il fut reçu par le roi Helu du royaume de Wu.[3]

Selon Sima Qian, Sun Tzu aurait donc été un général natif de l’État de Qi, devenu aujourd’hui le Shandong. Il aurait donc été un contemporain de Confucius (-551 à -479) mais ne l’aurait pas connu directement (sinon le fait aurait été évoqué). Sun Tzu aurait fait cadeau de son traité en 512 av. J.-C. au roi Helu de l’État de Wu, l’actuel Zhejiang.

La province de Shandong
dans la Chine contemporaine
où serait né Sun Tzu
(source : Wikipedia)

La province de Zhejiang
dans la Chine contemporaine
où aurait servi Sun Tzu

(source : Wikipedia)

Le roi Helu, inspiré par cet enseignement, aurait alors réussi à s’emparer des territoires voisins. L’anecdote des concubines se termine d’ailleurs par ces phrases :

Le roi compris que [Sun Zi] savait manier les troupes et le nomma général. Si ensuite le royaume de Wu viola les frontières de celui de Chu au sud, s’empara de sa capitale, et, au nord, menaça les royaumes de Qi et de Jin, ce n’est pas sans rapport avec la force de Sun Zi.

On retrouve ces faits évoqués dans le chapitre suivant des Mémoires historiques, consacré à Wu Zixu :

[En 495 av. J.-C.], grâce aux plans de Wu Zixu et Sun Wu, Wu avait vaincu le puissant royaume de Chu à l’ouest, dominait ceux de Qi et de Jin au nord et, au sud, avait soumis les gens de Yue.[4]

Carte des provinces des Printemps et des Automnes (source : Wikipedia)

Si les Mémoires historiques situent donc Sun Tzu au VIe av. J.-C., les recherches prouvent aujourd’hui que le traité a en réalité été écrit deux siècles plus tard, et plus précisément durant la seconde moitié du IVe siècle av. J.-C. (cf. notre billet Sun Tzu : pourquoi les Chinois travestissent-ils l’Histoire ?)

D’autres textes font référence à des stratèges dont les historiens pensent qu’ils pourraient être Sun Tzu. Au final, rien n’est bien précis. C’est par exemple ainsi que deux villes au moins se revendiquent lieu de naissance de Sun Tzu : Binzhou (et plus particulièrement l’arrondissement de Hunmin) et Guangrao.

Binzhou
dans la province de Shandong

(source : Wikipedia)

L’ancienne résidence de Sun Tzu
à Binzhou

(source)

Guangrao dans la province de Shandong
(source : Wikipedia)

Le musée de Sun Tzu à Guangrao
(source)

Le fait que tout cela soit sujet à équivoques, et que si peu de textes fassent clairement mention d’un personnage d’une telle importance dans l’histoire de la Chine, jette une voile de suspicion sur son existence réelle. Bien au-delà de ces problèmes de datation, cette existence même de Sun Tzu est en effet réellement sujette à débats. L’historicité du personnage, qui a été contestée en Chine dès le XIe siècle, n’est toujours pas avérée aujourd’hui, les historiens n’ayant jamais trouvé de preuves formelles de son existence. Tel Confucius ou Homère, son existence serait au moins en partie légendaire.

Dans notre prochain billet, nous présenterons un exemple de biographie plus fouillée, mais à la véracité historique forcément moins affirmée.


[1] Cette appellation tire son nom des Annales des Printemps et des Automnes (春秋), une chronique des événements survenus dans l’État de Lu entre 722 av. J.-C. et 476 av. J.-C.. Œuvre de plusieurs générations de scribes, la tradition en attribue la compilation à Confucius, au début du Ve siècle av. J.-C. Cet ouvrage est considéré comme l’un des cinq Classiques chinois.

[2] Sima Qian, Vies de Chinois illustres, traduction de Jacques Pimpaneau, éditions You Feng, 2009 (se trouve aussi aux éditions Picquier Poche, 2002). A noter qu’il ne s’agit pas de la traduction intégrale des 130 chapitres des Mémoires historiques, mais seulement des chapitres 1 à 32, 45, 46 et 48 des biographies, partie V des mémoires historiques et des annexes.

[3] Ibid., p. 48.

[4] Ibid., p. 63.

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