L’exercice du pouvoir selon Wu Zixu

La réflexion de Wu Zixu sur l'exercice du pouvoir est globalement datée, mais des bribes sont à garder.

La réflexion de Wu Zixu sur l’exercice du pouvoir est globalement datée, mais des bribes sont à garder.

Près de la moitié de L’art de la guerre de Wu Zixu (chapitres 1, 2, 8 et 9) traite de l’exercice du pouvoir. Le reste, nous l’avons vu, traite plus spécifiquement de la conduite de la guerre.

Wu Zixu ne se limite pas dans ses réponses au strict cadre de la stratégie militaire. Il s’attache à resituer l’art de la guerre dans un contexte encore plus large, englobant le contexte social, politique et économique.

Un certain nombre d’idées peuvent être soulignées :

– si on accorde un réel intérêt au peuple, l’Etat pourra être prospère, mais si on néglige le peuple, l’Etat subira un désastre ;
– la priorité du souverain consiste à nourrir le peuple ;
– l’Etat ne peut être prospère que quand la situation sociale est stable ; sinon l’oppression des dignitaires poussera le peuple à la révolte et l’Etat courra à la ruine ;
– le souverain doit exercer une politique basée sur la morale, faute de quoi il ne pourra contenir les troubles de son pays ; l’application du droit pénal est le dernier recours ;
– le souverain doit mettre en valeur les actions des mauvaises personnes qui nuisent à la société et à l’Etat, et les condamner afin d’épurer l’environnement politique de l’Etat ;
– le souverain doit convaincre le peuple que la guerre qu’il doit mener n’est pas de son fait mais résulte du manque de sens moral de l’ennemi.

Le sinologue Alain Thote a bien voulu nous livrer sa propre traduction du premier échange du traité :

He Lü s’adressant à Shenxu (Wu Zixu) lui demanda : « Comment un prince échoue-t-il dans son gouvernement, comment y réussit-il ? Comment s’élève-t-il, comment s’abaisse-t-il ? En exerçant son autorité sur le peuple, quand lui faut-il être prudent et quand son action requiert-elle de l’obstination ? Pour se faire obéir, quelles sont les bonnes méthodes à utiliser et les mauvaises qu’il faut s’interdire ? Pour suivre la loi du Ciel, quelle conduite éviter, quelle conduite suivre ? Pour agir conformément à la vertu de la terre, quel modèle prendre, comment y parvenir ? Quand il ne reste plus qu’à employer les armes, quelle voie faut-il suivre ?

Wu Zixu répondit : « En général, un prince qui est maître du monde échouera s’il ne suit pas la Voie, et s’élèvera par la Voie. Il se grandira en pratiquant la justice, mais s’abaissera en la ruinant. Pour gouverner, il faut pourvoir à la subsistance de son peuple, et punir les criminels avec sévérité. Gouverner par la vertu constitue le principe directeur. Pour que le peuple soit obéissant, il suffit de faire régner la paix, et le pays deviendra florissant. Quand au contraire le prince exerce son pouvoir par la menace, le pays court à sa perte. Si un prince fait profiter le peuple [de ses bienfaits], le pays s’enrichira, mais s’il lui nuit, le pays courra à sa perte. Quant à la loi du Ciel, si le prince ne l’observe pas et s’y oppose, des malheurs surviendront, mais si le prince s’y conforme, le peuple vivra dans la félicité. Si le prince agit conformément à la vertu de la terre, à la saison venue les récoltes muriront à profusion et le peuple mangera à sa faim. S’il manque à son devoir, il mettra en péril son pays et ruinera l’autel du dieu du Sol. En règle générale, les stratagèmes dans lesquels interviennent les armes doivent être lancés à l’heure fixée par le Ciel, et à cette condition seulement la destinée royale sera couronnée de réussite et aucune calamité ne surviendra. Les phénix descendront du ciel, et le peuple ne connaîtra ni épidémie ni malheur, les « barbares » Man et Yi se soumettront à notre pouvoir, nous n’aurons plus de voleurs, les sages se multiplieront, les révoltes cesseront. Ainsi s’ouvrira une ère conforme aux vœux du Ciel. »

Bien sûr, Sun Tzu traite également de l’exercice du pouvoir, mais de façon beaucoup plus succincte. On en retiendra surtout les premières phrases de son traité :

« La guerre est la grande affaire des nations ; elle est le lieu où se décident la vie et la mort ; elle est la voie de la survie ou de la disparition. On ne saurait la traiter à la légère. » (Sun Tzu, chapitre 1)

Le chapitre 12 du traité de Sun Tzu contient également quelques indications sur sa vision de l’usage des forces armées par le souverain :

« On n’entreprend pas une action qui ne répond pas aux intérêts du pays ; on ne recourt pas aux armes sans être sûr du succès ; on ne combat pas lorsqu’on n’est pas menacé. Un souverain digne de ce nom ne lève pas une armée sous le coup de la colère. […] Si la joie peut succéder à la colère et le contentement à l’humeur, les nations ne se relèvent pas de leurs cendres, ni les morts ne reviennent à la vie. C’est pourquoi le souverain avisé se surveille et le grand général se contrôle. C’est de cette façon que l’on contribue à la sécurité de la nation et à la sauvegarde de l’armée. » (chapitre 12)

Un grand merci à Alain Thote pour son aimable autorisation de mise en ligne de sa traduction.

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