L’art de la guerre par Victoria Charles… et Sun Tzu ?

L'art de la guerre, par Sun Tzu (???) et Victoria Charles

L’art de la guerre, par Sun Tzu (???) et Victoria Charles

Voici un ouvrage paru en juillet 2013 (et non pas septembre 2011 comme affiché sur Amazon…) aux éditions Parkstone International. Observez-le.

Lisez ensuite le quatrième de couverture :

Composé de textes d’écrivains célèbres rassemblés par Victoria Charles, cet ouvrage s’accompagne, en outre, du texte de référence de Sun Tzu, stratège militaire légendaire de Chine.

Que pensez-vous trouver ?

Le texte de L’art de la guerre ?

Pas du tout ! Le traité de Sun Tzu n’y figure pas…

Comme l’explique l’auteure en introduction :

Le titre de ce livre d’art n’est […] pas un hasard. Il a été intentionnellement choisi pour évoquer le général chinois et ses écrits. Bien que le but principal soit de présenter l’art qui a été inspiré par la guerre, il est également censé incarné – sans être exhaustif – une chronologie des batailles importantes et décisives dans l’histoire du monde.

Dès lors, qu’a-t-on ? Un livre d’art relatif aux grandes batailles de l’Histoire. Mais en aucun cas une nouvelle version du traité de Sun Tzu. Aucun rapport avec la superbe version illustrée parue en 2010 aux éditions Nouveau Monde.

Les batailles sont présentées par un texte historique, la plupart du temps introduit par une citation de Sun Tzu. D’où le nom du stratège chinois comme « co-auteur » de l’ouvrage…

La traduction anglo-saxonne dans laquelle Victoria Charles a puisé ses citations est celle de Lionel Giles. Cette dernière, datant de 1910, a passablement été améliorée depuis (même si elle était déjà largement supérieure à celle du père Amiot). Mais elle est libre de droits…

La traduction française est quant à elle épouvantable ! (le nom du traducteur n’est d’ailleurs pas mentionné.) Les préceptes de Sun Tzu en deviennent bien souvent incompréhensibles. Par exemple :

« We can form a single united body, while the enemy must split up into fractions. Hence there will be a whole pitted against separate parts of a whole, which means that we shall be many to the enemy’s few.[1] » (chapitre 6)

devient :

« Si l’ennemi reste uni alors qu’il se divise, je peux utiliser ma force entière pour attaquer une fraction de la sienne. » (page 32)

Que dire, sinon ? Victoria Charles est une historienne d’art anglo-saxonne particulièrement prolixe. Les reproductions présentées ici sont superbes, et nous avons indéniablement là un magnifique ouvrage qui, considéré sous cet angle, porte bien son titre : L’art de la guerre. Proposé au prix de 30 euros, il n’y a guère à hésiter. Pour les images. Dommage que figure le nom de Sun Tzu sur la couverture, et que le texte du quatrième de couverture conforte cette ambiguïté.


[1] La traduction que donne Jean Lévi de ce passage est :

« Je forme un corps unique, il est fractionné en dix endroits ; attaquant à dix contre un, je me trouve toujours en supériorité numérique. »

Source de l’image : Photo de l’auteur

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