De l'(in-)utilité des transpositions de L’art de la guerre

Sun Tzu s'applique vraiment à tous les domaines...

Sun Tzu s’applique vraiment à tous les domaines…

Pour faire suite à notre billet Pourquoi trouve-t-on autant de transpositions de L’art de la guerre ?, si nous avions déjà évoqué les ouvrages transposant Sun Tzu à d’autres domaines que celui militaire (médecine, séduction et développement personnel féminin, …), force est de constater que ce genre d’articles pullule sur Internet. Aucun thème ne semble épargné : management, entretien de recrutement, survivalisme, insertion professionnelle, médias sociaux, sécurité des systèmes d’information, jeu d’échecs, gestion des risquesstratégie thérapeutiqueguerre de l’information, management appréciatif, etc. etc.

Nous sommes personnellement assez critiques vis-à-vis de ce genre d’articles. En effet, l’attitude béni-oui-oui consistant à montrer que L’art de la guerre est applicable au champ d’étude concerné en ne transposant qu’une sélection des préceptes de Sun Tzu nous paraît particulièrement creuse et stérile. Nous considérons ainsi qu’il n’y a pas de réel intérêt à cette démarche : le lecteur de Sun Tzu n’apprendra rien, pas plus que l’amateur (et encore moins le spécialiste) du sujet concerné, qui restera également sur sa faim puisqu’il ne trouvera là que de grandes généralités sans aucun développement véritablement concret et novateur.

Nous avons toutefois identifié deux cas où cet exercice pouvait se révéler intéressant :

– Lorsque l’auteur cherche à aller plus loin que la mise en parallèle, et se pose la question du « et donc ? » pour aboutir à des recommandations réellement concrètes (par exemple dans l’article A Sun Tzu approach to counter Al-Qaeda’s global insurgency où l’auteur, Kevin M. Love, après avoir montré que L’art de la guerre pouvait être une grille de lecture efficace pour les opérations menées par Al-Qaida, énonce des recommandations pour lutter plus efficacement contre ce mouvement terroriste[1]).

– Lorsque l’auteur identifie les points de la doctrine de Sun Tzu qui ne s’avèrent pas applicables à la discipline concernée. Dans ce cas, une réflexion un peu plus pertinente émerge alors (par exemple dans l’article de Kenneth Geers The art of cyberwar[2]).


[1] S’appuyant sur les préceptes de Sun Tzu, Kevin M. Love plaide en effet pour la mise en œuvre d’une véritable approche globale (qu’il désigne sous le nom trompeur de « guerre irrégulière »). L’idée n’est certes pas nouvelle -et se veut même déjà en œuvre en Afghanistan, mais l’auteur estime que les Etats-Unis ne vont pas suffisamment loin dans le processus et propose ainsi la définition d’une stratégie nationale spécifique pour éliminer la menace, ainsi qu’une véritable restructuration de l’administration américaine pour mettre fin à la relative indépendance d’action de chacun des ministères concernés.

[2] Cet article, qui est un résumé d’un texte beaucoup plus conséquent paru l’année précédente, Sun Tzu and Cyber War, présente dix aspects de la cyberguerre qui sont spécifiques à cet environnement et ne peuvent relever des préceptes de Sun Tzu.

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Une réflexion au sujet de « De l'(in-)utilité des transpositions de L’art de la guerre »

  1. Je suis d’accord: utiliser Sun Tzu pour des comparaisons avec des champs opératifs actuels me semblent intéressant. Comparer Sun Tzu et la tactique/stratégie d’Al Quaeda est intéressant car beaucoup de points communs: guerre totale etc…

    Mais Sun Tzu et n’importe quoi, c’est inutile.

    A quand « la cuisine de Sun Tzu »? mdr

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