Wu Zixu, compagnon de Sun Tzu et auteur avant lui d’un Art de la guerre

Statue de Wu Zixu à Suzhou

Statue de Wu Zixu à Suzhou

Connaissez-vous Wu Zixu (prononcez « Wou Tzi tsu »), compagnon de Sun Tzu et auteur comme lui d’un Art de la guerre ? Probablement pas. Wu Zixu est en effet quasiment inconnu en France, en dehors du monde des sinologues.

Il est l’auteur d’un traité, traduit en chinois moderne sous le titre L’art de la guerre. Ce texte, que l’on croyait perdu, a été miraculeusement redécouvert en 1983 lors de fouilles archéologiques. Transcrit en chinois moderne en 2003, il n’est toujours pas parvenu dans la langue de Molière (ni même celle de Shakespeare), laissant pour l’heure un traité de stratégie potentiellement antérieur à celui de Sun Tzu totalement méconnu !

L’histoire de Wu Zixu (« 伍子胥» en chinois, Wŭ Zĭxū en pinyin accentué) peut être recomposée à partir de deux grands textes chinois antiques : Les Mémoires historiques de Sima Qian (le chapitre 66 lui est consacré) et les Annales de Lü Buwei[1]. Quelques mentions peuvent également être trouvées dans des ouvrages comme le Guliang Zhuan ou le Gongyang Zhuan. Les histoires diffèrent sensiblement d’un texte à l’autre, témoignant du caractère hautement relatif de cette biographie : à l’instar de Sun Tzu, il n’est ni sûr que les dates soient bonnes, ni même que l’homme ait réellement existé ! En voici donc une version, reconstituée à partir des différentes sources :

Wu Zixu était le fils cadet de Wu She, principal précepteur du prince Jian du royaume de Chu. Afin de détourner l’attention de quelques-unes de ses malversations, le second précepteur du prince convainquit le roi que Wu She fomentait une révolte. Le roi condamna à mort Wu She et le força à écrire à ses fils pour leur demander de rejoindre leur père à la capitale, dans l’intention de les exécuter eux aussi. A la réception du message, les deux fils comprirent qu’il s’agissait d’un piège ; mais ils réagirent différemment : l’ainé choisit l’honneur et répondit à l’injonction, sachant qu’il courrait à une mort certaine, tandis que Wu Zixu s’enfuit vers le royaume de Hu, jurant de venger son père.

Wu Zixu entra alors au service du roi de Wu, He Lü, à qui il offrit en 512 av. J.-C. le traité qu’il venait de rédiger. Wu Zixu devint rapidement Premier ministre de Wu. Ayant auparavant fait la connaissance de Sun Tzu avec qui il était devenu ami, il aurait tenté par six fois d’introduire ce dernier auprès du roi He Lü, mais sans succès[2]. A la dernière tentative, Sun Tzu pu faire découvrir son propre traité au roi, qui fut immédiatement fasciné. Les deux stratèges guerroyèrent de nombreuses années côte à côte. Laissons Sima Qian raconter la suite :

[En 495 av. J.-C.], grâce aux plans de Wu Zixu et Sun Wu [nom de Sun Tzu avant qu’il reçoive son titre de « Tzu »], Wu avait vaincu le puissant royaume de Chu à l’ouest, dominait ceux de Qi et de Jin au nord et, au sud, avait soumis les gens de Yue.[3]

A la mort du roi He Lü, Fuchai devint le nouveau roi de Wu. Mais ce dernier ne réitéra pas la confiance de son prédécesseur envers Wu Zixu et, lorsque celui-ci le prévint avec insistance du danger que représentait l’Etat montant de Yue, il ne fut pas écouté et il lui fut même demandé de se suicider ! Wu Zixu s’exécuta en 484 av. J-C., mais en exigeant que ses yeux fussent prélevés après sa mort pour être accrochés sur les portes de la capitale, afin qu’il puisse lui-même assister à son écrasement. La prédiction se réalisa dix ans plus tard, lorsque l’armée de Yue écrasa celle de Wu.

Nous étudierons plus en détail son œuvre dans les billets à venir. Dans le prochain, nous commencerons par voir pourquoi ce personnage, apparemment fondamental, est si peu connu en France.


[1] Les passages qui nous intéressent peuvent être trouvés en français dans les ouvrages suivants :
– Sima Qian, Vies des Chinois illustres, traduction de Jacques Pimpaneau Editions You Feng, 2009.
– Lü Buwei, Printemps et automnes de Lü Buwei, traduction de Ivan P. Kamenarović, Editions du Cerf, 1998.

[2] Cette anecdote, très célèbre en Chine, est issue du Zhaoye, Printemps et Automne de Wu et de Yue.

[3] Traduction de Jacques Pimpaneau in Sima Qian, Vies des Chinois illustres, p. 63, éditions You Feng, 2009.

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