Les grands principes de Sun Tzu ne sont pas impérissables

Même gravés, certains propos vieillissent mal

Même gravés, certains propos vieillissent mal…

Sun Tzu énonce clairement de grands principes de la guerre. Malheureusement, ces derniers ont pour la plupart très mal vieilli :

« La guerre est subordonnée à cinq facteurs […] Le premier est la vertu, le second le climat, le troisième la topographie, le quatrième le commandement, le cinquième l’organisation. » (chapitre 1)

« Qui a les meilleures institutions ? Qui a le meilleur général ? Qui a les conditions climatiques et géographiques les plus favorables ? Qui a la meilleure discipline ? Qui a l’armée la plus puissante et les soldats les mieux aguerris ? Qui possède le système de récompenses et de châtiments le plus efficace ? La réponse à ces questions permet de déterminer à coup sûr le camp qui détient la victoire. » (chapitre 1)

« Le mieux, à la guerre, consiste à attaquer les plans de l’ennemi ; ensuite ses alliances ; ensuite ses troupes ; en dernier ses villes. » (chapitre 3)

« Il existe cinq cas où l’on peut prévoir la victoire :
Qui sait quand il faut combattre et quand il faut s’en abstenir sera victorieux.
Qui sait commander aussi bien à un petit nombre qu’à un grand nombre d’hommes sera victorieux.
Celui qui sait harmoniser la volonté des inférieurs et des supérieurs aura la victoire.
Celui qui affronte un ennemi qui n’est pas préparé remportera la victoire.
Celui dont les officiers sont compétents et n’a pas à pâtir de l’ingérence du souverain remportera la victoire. »
(chapitre 3)

« A la guerre, le nombre n’est pas un facteur décisif ; il convient avant tout de ne pas rechercher les hauts faits d’armes. Pour le reste, il suffit de savoir concentrer ses forces, évaluer l’adversaire et se gagner le cœur des hommes. » (chapitre 9)

Outre que ces énumérations, présentées comme « grandes vérités de la guerre », sont très critiquables aujourd’hui, la première remarque que l’on pourrait y faire est qu’elles ne constituent pas réellement des synthèses du système suntzéen. Bien que présentées sous l’apparence récapitulative de « grands principes », elles ne sont que des maximes du traité, à l’instar de toutes les autres. Considérer que la profondeur de L’art de la guerre réside dans ses énumérations parce que ces dernières ont une apparence récapitulative serait un écueil. Les véritables grands principes du système suntzéen ne peuvent se déduire que d’une compréhension globale du traité. Ils ne sont pas écrits distinctement ; ou alors ils sont amalgamés avec des maximes plus ordinaires et ne sont pas spécifiquement mis en valeur. D’où la volonté d’exégèse de ce blog ambitionnant de faire ressortir plus clairement les grands principes de Sun Tzu de la bouillie chaotique dans laquelle ils sont cachés.

Source de l’image : Le chapitre 4 de L’art de la guerre en pendentif

3 réflexions au sujet de « Les grands principes de Sun Tzu ne sont pas impérissables »

  1. Je ne suis pas tout à fait d’accord, ou mieux dit j’ai un doute. Sun Tzu était un homme de son temps et un lettré. Ces principes qui reviennent et reviennent encore dans son traité, ne seraient ils pas plutôt le résultat d’une culture livresque (on écrivait peut être les livres de préceptes ainsi) et d’une langue (la traduction donne-t-elle vraiment justice au texte chinois de l’époque, même si plus « archaïque », et surtout en donne-t-elle toute l’ampleur) Ensuite il y a le public. Le roi He Lu état il vraiment celui pour qui fut écrit ce traité et ne s’adressait il pas plutôt aux futurs généraux. Si oui l’apparence récapitulative n’est plus un écueil mais un martèlement pédagogique des grandes lignes qu’il convient d’affiner par une lecture approfondie et une réflexion. Sun Tzu devient alors un peu plus qu’un général et un stratège, il est aussi un pédagogue.

    • Ce que tu dis Alban je ne le contredirais pas parce que je suis tout à fais en accord avec toi. Néanmoins il est un fait avéré que, de nos jours,l’étude (militaire, économique, voir psychologique) de l’enseignement de Sun Tzu se borne à de grandes maximes, qui prisent indépendamment et après traduction(s) perdent inévitablement une grande partie de leur apport. (surtout avec une langue comme le Chinois de l’époque !). Et même si il est impossible de pallier à cela, il est effectivement intéressant et bienvenue d’étudier de manière plus profonde les écrits de Sun Tzu, plutôt que de se limiter à lire quelques citations ..

      • « Il est effectivement intéressant et bienvenue d’étudier de manière plus profonde les écrits de Sun Tzu, plutôt que de se limiter à lire quelques citations. » C’est un vœu pieu mais les non sinologue devront se rabattre sur une traduction fatalement. De même, tu l’a exprimé à travers ton blog, il va falloir trouver une autre approche de l’étude du Sun Tzu à notre époque en évitant les écueils « archaïques  » que donne le livre. Sa traduction + le fait que c’est aussi un livre construits de citations et d’aphorismes (que certains twittent d’ailleurs ;0) . Difficile alors d’échapper à un certain rétrécissement de la pensée « Sun-Tzuienne ». Il reste donc à agrandir l’approche du livre dans un monde en mutation (sa concision a fait qu’il a gardé toute sa verdeur) et peut être créer des passerelles entre une approche philosophique de la stratégie de guerre qui engendre in fine des pratiques tactiques orientées (mais en phase avec leur époque) et une approche (appréhension) plus « hollistique » du Sun Tzu qui tiendrait compte ient compte de ses dimensions sociale, culturelle, et voire spirituelle.

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