L’art de la guerre de Sun Tzu, ouvrage militaire préféré des civils

Un traité militaire qui inspire surtout le monde civil !

Un traité militaire qui inspire surtout le monde civil !

Contre toute attente, le succès que rencontre aujourd’hui Sun Tzu ne vient pas tant du monde militaire que du monde civil. Si L’art de la guerre dispose d’une incontestable stature de par sa position de plus ancien traité stratégique du Monde, l’affirmation selon laquelle il serait enseigné dans toutes les académies militaires est inexacte (nous consacrerons bientôt un billet à ce sujet). A part peut-être pour les guérillas latino-américaines, la doctrine de Sun Tzu n’a jamais servi de référence, pas même en Chine où il constitua pourtant pendant neuf cents ans la base des études stratégiques qu’il fallait absolument maîtriser pour passer les examens de fonctionnaire militaire impérial.

Au sein de la communauté militaire, le traité de Sun Tzu ne sert donc à rien d’autre qu’à fournir des citations pour justifier a posteriori une idée de manœuvre. Nous avions vu dans notre billet Quel est aujourd’hui l’intérêt de lire Sun Tzu ? voire dans notre article Doit-on enseigner Sun Tzu aux militaires ? que si L’art de la guerre pouvait bien présenter un intérêt pour le militaire, il ne pouvait en aucun cas servir de manuel de doctrine. Nous avions de toute façon évoqué la quasi-impossibilité d’utiliser un traité de stratégie comme doctrine.

En revanche, force est de constater le succès de ce texte dans le monde civil, notamment à travers ses innombrables versions et surtout la quantité et la diversité de ses transpositions à tous les domaines possibles : là où au départ seuls les mondes de l’économie et de l’entreprise avaient trouvé un intérêt dans le traité chinois, il n’existe guère aujourd’hui de discipline qui ne connaisse pas sa transposition de L’art de la guerre.

Le monde civil, donc, s’est emparé de Sun Tzu à partir des années 60 avec la traduction en langue anglaise du général Griffith. Elle n’était pas la première, mais elle s’avéra être celle qui suscita réellement l’intérêt auprès du grand public. Le rayonnement des Etats-Unis et de leurs idées nouvelles contribua à propager l’intérêt mondial pour Sun Tzu et à multiplier les traductions et les transpositions dans tous les pays (beaucoup ne disposent d’ailleurs pas de traduction directe du chinois et transitent par celle de Griffith).

Bien plus que la quantité de traductions, les transpositions nous paraissent être un excellent indicateur du succès que rencontre Sun Tzu dans la culture populaire. Force est de constater que celles-ci abondent, et que le rythme de parution ne donne aucun signe d’essoufflement.

Pourquoi Sun Tzu connait-il un tel succès ? Quelle est la recette de L’art de la guerre ?

Pourrait-il tout simplement s’agir d’un effet de mode ? La question mérite d’être posée. Le succès de Sun Tzu en Occident remonte toutefois à maintenant plus de 50 ans (depuis la traduction anglaise du général Griffith en 1963), et rien n’indique que l’engouement pour le stratège chinois soit en train de s’essouffler. Quand bien même il le ferait, comment expliquer qu’il ait connu à un moment donné un tel succès ? Et pourquoi le manuel de tactique de l’armée de Terre[1], l’Arthashâstra de Kautilya, Le Prince de Machiavel ou L’art de la guerre de Sun Bin ne suscitent-ils pas autant l’envie d’être transposés par des non-spécialistes de la chose militaire ? C’est ce sur quoi nous nous interrogerons lors des prochains billets.


[1] Armée de Terre, Tactique générale, éditions Economica, 2008 (2e edition 2014).

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