De l’incompréhension classique de L’art de la guerre

Un ouvrage donnant une vision incorrecte de L'art de la guerre

Un ouvrage donnant une vision erronée de L’art de la guerre

La récente parution de l’ouvrage Le grand livre de la Chine va nous servir d’illustration pour évoquer un problème récurrent dans les fiches de lecture de L’art de la guerre : l’incompréhension de la nature chaotique du traité.

En effet, dans le cadre de son étude de la Chine, l’ouvrage consacre quelques pages au traité de Sun Tzu, le présentant en ces termes :

L’Art de la guerre est constitué de treize articles qui couvrent tous les sujets militaires pour mener à la victoire. Ainsi sont évoqués les thèmes de l’évaluation, de l’engagement, de la stratégie, des analyses du plein et du vide, des neufs changements, des attaques par le feu… Le livre enseigne les cinq facteurs de la réussite : [le dao, le ciel, la terre, le commandant et l’organisation.]

Ces propos reflètent, selon nous, une lecture totalement superficielle du livre relevant du simple survol mal compris. En effet, s’attacher à la structure des chapitres (ou articles) et y comprendre une réflexion organisée et structurée sur la guerre est une erreur : L’art de la guerre ne peut se lire comme un traité moderne, architecturé selon une logique démonstrative. Les propos, bien que rassemblés sous forme de chapitres, n’ont pas d’ordre précis ni de liens entre eux. L’art de la guerre doit être considéré comme un ensemble de maximes disparates, dont certaines se rassemblent il est vrai en paragraphes cohérents, pour lesquelles seule une lecture globale se détachant de la structure en chapitre permet de bien saisir le sens.

C’est pourquoi il est de même totalement réducteur d’énoncer que les cinq facteurs de réussite sont le dao, le ciel, la terre, le commandant et l’organisation. Certes, cela est écrit dans le premier chapitre. Et certes, dans un livre normal, ce qui est écrit dans le premier chapitre est la substance de ce qui va être développé par la suite. Mais pas dans L’art de la guerre. La maxime est vraie, mais c’est un contresens que de croire que la philosophie de Sun Tzu serait contenue dans cette maxime parce qu’elle figurerait en tête du traité. Nous étudierons prochainement les véritables piliers de cette philosophie. Ils ne sont pas toujours explicités clairement, et sont bien souvent explosés à travers tout le traité.

Nous ne doutons pas de l’érudition des deux auteurs (Claude Chancel et Libin Liu Le Grix) en matière de culture chinoise. Pour autant, force est de constater que leur compréhension de L’art de la guerre est erronée.

Cet abord de L’art de la guerre est cependant très fréquent. Il résulte, nous l’avons dit, de ce que la plupart des personnes s’imaginent faire face à un livre classique, s’attendant à trouver dans le premier chapitre tout ce qui va être développé par la suite. Une lecture rapide suffirait donc à comprendre de quoi il en retourne…

Or cette vision est totalement fausse. Nous avons expliqué dans le billet De quand date le texte de L’art de la guerre que nous connaissons ? que le traité n’était pas né d’un jet, mais était le résultat d’une lente sédimentation de la pensée stratégique. D’où il en ressort que tout est en vrac dans L’art de la guerre : des commandements sans aucun liens entre eux peuvent se succéder, certaines idées sont explosées sur plusieurs chapitre, et les enseignements les plus profonds ne sont pas forcément ceux les plus développées. Enfin, les préceptes du premier chapitre ne représentent pas nécessairement l’essence du traité.

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