De l’étude du terrain

L’étude minutieuse du terrain est indispensable

Le besoin en renseignement du chef ne se restreint pas à l’adversaire : Sun Tzu insiste particulièrement sur la nécessité de connaître le terrain. Une perception correcte en est en effet indispensable pour l’élaboration de la manœuvre. Son étude relève d’une obligation pour le général :

« La configuration topographique est d’un précieux concours dans les opérations militaires. Un grand général construit sa victoire sur la connaissance de l’ennemi et tient un compte précis de la nature du terrain et des distances. » (chapitre 10)

« Etre fixé sur l’absence de capacités défensives adverses et sur ses propres possibilités offensives, sans savoir que le terrain ne se prête pas à l’engagement, c’est […] n’avoir entre les mains que la moitié de la victoire. » (chapitre 10)

Alors qu’il est bien connu que L’art de la guerre traite dans un chapitre entier du renseignement sur l’adversaire par l’utilisation des espions, on oublie parfois que ce n’est pas moins de deux chapitres que Sun Tzu consacre intégralement à la topographie, où sont décrits les différents types de terrain et à la manière de les utiliser : le dixième (« Le terrain ») et le onzième (« Les neuf sortes de terrain »). Sans toutefois que cette étude se restreigne à ces deux chapitres. Ainsi, trouve-t-on au chapitre 8 une maxime comme :

« Le bon général ne s’attarde pas en terrain isolé, ne monte pas des plans là où il risque l’encerclement, ni ne livre combat sur les terres mortelles. » (chapitre 8)

L’objectif de cette connaissance est bien sûr d’être une composante de l’élaboration de la manœuvre :

« Qui ignore la nature du terrain – montueux ou boisé, accidenté ou marécageux – ne pourra faire avancer ses troupes ; qui ne sait faire usage d’éclaireurs sera dans l’incapacité de profiter des avantages topographiques. » (chapitre 7)

Ceci à la fois pour savoir comment réagir lorsque l’on se retrouve à devoir combattre dans un tel environnement, mais surtout pour essayer de penser à l’avance le type de terrain qui conviendrait le mieux et y attirer l’ennemi :

 « Qui excelle à la guerre dirige les mouvements de l’autre et ne se laisse pas dicter les siens. » (chapitre 6)

 « Qui ignore la nature du terrain […] sera bien en peine de conduire une armée. Qui ne sait recourir aux éclaireurs sera incapable de tirer parti des avantages du terrain. Qui néglige un seul de ces points n’est pas digne de conduire l’armée d’un conquérant. » (chapitre 11)

La connaissance du terrain est d’une telle importance aux yeux de Sun Tzu qu’elle peut à elle seule supplanter la puissance d’une armée :

« L’habile homme de guerre s’appuie sur la position stratégique et non sur des qualités personnelles. » (chapitre 5)

Toutefois, à l’instar de la plupart des taxinomies établies par Sun Tzu, la classification des terrains proposée dans L’art de la guerre a mal vieilli. Comme nous l’avons vu avec les espions, il convient dans ce cas de se détacher de la stricte lettre pour ne retenir que l’idée principale : la connaissance des terrains que l’on va rencontrer et la compréhension de leur implication en termes opérationnels est une qualité indispensable du chef militaire.

Notons que L’art de la guerre parle très peu des conditions météorologiques. La place qui leur est accordée est dérisoire par rapport à l’omniprésence du terrain. Pourtant, le peu de fois où Sun Tzu évoque le sujet, c’est pour placer les deux facteurs au même rang d’importance :

« La guerre est subordonnée à cinq facteurs […] le second est le climat, le troisième la topographie […] » (chapitre 1)

« Qui connaît l’autre et se connaît ne sera point défait ; qui connaît Ciel et Terre volera de victoire en victoire. » (chapitre 10 ; « ciel » et « terre » s’entendant bien sûr ici comme les facteurs climatiques et topographiques)

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