Connais-toi toi-même, disait Sun Tzu

Mosaïque d’un couvent romain présentant le Gnôthi seautón, « connais-toi toi-même »

Pour obtenir la victoire, le général doit, outre connaître le plus parfaitement possible son ennemi, se connaître lui-même :

« Qui connaît l’autre et se connaît, en cent combats ne sera point défait ; qui ne connaît l’autre mais se connaît, sera vainqueur une fois sur deux ; qui ne connaît pas plus l’autre qu’il ne se connaît sera toujours défait. » (chapitre 3)

L’injonction de Sun Tzu rejoint ici le Gnôthi seautón, « connais-toi toi-même », que les Grecs avaient inscrit au fronton du temple de Delphes et sur lequel Socrate bâtissait sa sagesse. En effet, le général doit être lucide sur ses qualités et ses défauts pour savoir mettre en valeur ses forces et ne pas prêter le flanc à ses faiblesses. Il doit de même avoir conscience de ses traits de personnalité et de ses tendances profondes pour ne pas se laisser dominer par elles :

« On dénombre cinq traits de caractère qui représentent un danger pour un général : s’il ne craint pas la mort, il risque d’être tué ; s’il chérit trop la vie, il risque d’être capturé ; coléreux, il réagira aux insultes ; homme d’honneur, il craindra l’opprobre ; compatissant, il sera aisé de le tourmenter. Ces cinq traits de caractère sont de graves défauts chez un capitaine et peuvent se révéler catastrophiques à la guerre. C’est souvent à cause d’eux que les armées sont détruites et le général tué ; aussi doit-on y prêter la plus extrême attention. » (chapitre 8)

Ayant ainsi conscience de ses travers, il sera beaucoup plus à même de résister aux tentatives de manipulation qu’il cherchera à exercer lui-même sur l’ennemi :

« [Si l’adversaire est] coléreux, provoquez-le ; méprisant, excitez sa morgue. » (chapitre 1)

Mais la connaissance de soi ne se restreint pas à sa propre personne. Elle comprend également celle de ses troupes : volume, équipement, degré d’entraînement, moral… Il est en effet capital d’avoir une parfaite connaissance de ses moyens et une lucidité sur ses propres capacités :

« Etre fixé sur l’absence de capacités défensives adverses sans s’aviser de son manque de potentiel offensif, c’est réduire ses chances de victoire de moitié. » (chapitre 10)

Une idée supplémentaire, qui n’apparaît que chez le père Amiot, est celle de la connaissance intime des grands subordonnés, de leurs aptitudes et caractéristiques, afin de pouvoir répartir au mieux les tâches :

« Ayez les noms de tous les officiers tant généraux que subalternes ; inscrivez-les dans un catalogue à part, avec la note des talents de la capacité de chacun d’eux, afin de pouvoir les employer avec avantage lorsque l’occasion en sera venue. » (chapitre 5, traduction du père Amiot)

Toutefois, il s’agit dans ce cas-là d’une liberté prise par le jésuite, aucun autre traducteur ne développant cette idée (cf. notre billet Le père Amiot a-t-il réellement traduit Sun Tzu ?).

Ainsi, faisant preuve d’une clairvoyance dont la pertinence continue à être vérifiée de nos jours, Sun Tzu avait bien formalisé la nécessité d’être lucide par rapport à soi-même.

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