Combien de versions françaises différentes ?

Le rayon Sun Tzu de la FNAC des Halles (Paris)

Note : Une version plus actualisée de cet article a été mise en ligne le 27 avril 2012.

Combien y a-t-il aujourd’hui de traductions françaises différentes de L’art de la guerre ? Question délicate, tout dépend en effet du mode de comptage. Disons entre 15 et 23. Ou 30. Ou plus…

Si nous prenons uniquement les éditions actuellement disponibles en librairie, nous arrivons à 15 traductions françaises différentes du traité de Sun Tzu :

1. Samuel Griffith traduit par Francis Wang (1972)
2.    Valérie Niquet, 1ère version (1994)
3.    Père Amiot / Impensé radical (1996)
4.    Valérie Niquet, 2e version (1999)
5.    Jean Lévi, 1ère version (2000)
6.    Père Amiot / Lucien Nachin (2002)
7.    Tang Jialong, 1ère version (2004)
8.    Groupe Denma traduit par L. Cohen (2005)
9.    Samuel Griffith traduit par J. Glaubauf (2006)
10.    Jean Lévi, 2e version (2008)
11.    Jean-François Phélizon, 2e version (2008)
12.    Alexis Lavis (2009)
13.    Gabriel Lechevallier (2009)
14.    Luo Shenyi (2011)
15.    James Trapp (2011)

Nous avons exclu de ce comptage les versions ne comportant que des différences mineures (par exemple celle parue aux éditions des 1001 nuits en regard du texte original de L’impensé radical, où seuls quelques mots ou phrases diffèrent).

Nous n’avons également pas inclus les versions qui ne se trouvent qu’en Chine :
1.    Xu Xiaojun et Jia Xiaoning (2009)
2.    Tang Jialong, 2e version (2010)

Si nous incluons les versions en bande dessinée, deux titres se rajoutent :
1.    Wang Xuanming traduit par C. Perdereau (2000)
2.    Tsai Chih Chung traduit par R. Peyrelon (2010)

Note : la bande dessinée également baptisée L’art de la Guerre de Sun Tzu et parue en 10 volumes aux Editions du Temps n’est pas une traduction de L’art de la guerre mais simplement un manhua s’inspirant du traité de Sun Tzu pour raconter des batailles au temps des Royaumes combattants.

Enfin, nous pourrions également comptabiliser les versions épuisées :
1.    Père Amiot (1772)
2.    Bande dessinée de Tsai Chih Chung traduite par C. Maréchal (1993)
3.    Jean-François Phélizon, 1ère version (1999)
4.    José María Sánchez Barrio (2001)

Au grand total, nous arrivons donc au chiffre de 23 versions différentes du texte français de Sun Tzu. Et nous ne nous sommes limités là qu’aux versions papier : les versions numériques pullulent sur la toile (il apparaît au moins une nouvelle édition Kindle tous les mois !)

Notons d’ailleurs que plus la version est épuisée sur papier, et plus elle est disponible en numérique : ainsi tous les originaux du Père Amiot ou de Lucien Nachin se trouvent sans difficulté en PDF !

A noter également qu’il est tout-à-fait possible que vous possédiez une version a priori différente de celles présentées en liens : certaines traductions ont connu plusieurs couvertures au fil du temps (la première traduction de Samuel Griffith en a ainsi eu quatre). Bien sûr, nous n’allions pas les comptabiliser.

Pas plus que n’allions considérer dans ce comptage les différents habillages explicatifs d’une même traduction (par exemple la version prestige que Jean Lévi a sorti en 2010, qui reprend sa traduction du traité de 2000). Au minimum sept autres versions seraient sinon encore à rajouter à la liste si l’on prenait en compte ce critère.

Notons enfin qu’au moins trois nouvelles traductions sont prévues de paraître en 2012 : une aux éditions Economica (la troisième version de la traduction de Valérie Niquet), une autre aux éditions Encore, et enfin une aux éditions Parkstone Press.

Source de l’image : photo de l’auteur

2 réflexions au sujet de « Combien de versions françaises différentes ? »

  1. Un ouvrage peut-il encore être considéré comme épuisé ?
    (Petite digression suite au précédent article)

    Que signifie aujourd’hui qu’un ouvrage est « épuisé » ? Que si vous allez à la FNAC vous ne le trouverez pas et qu’il ne sera pas possible de l’y commander ? Mais alors la bande dessinée Sunzi et son enseignement répond parfaitement à cette définition puisqu’elle n’est pas disponible hors des deux librairies de l’éditeur. Pourtant le livre est sorti en 2010 et est toujours approvisionné.

    « Epuisé » signifierait-il alors que l’on ne peut le commander sur Internet ? Mais qu’est-ce Internet ? Amazon ? Mais Amazon, c’est également Amazon MarketPlace, le lieu permettant à tous les libraires/bouquinistes/particuliers de vendre via le site Amazon. Autrement dit, de façon plus générale, est-ce que les livres vendus d’occasion font partie des livres que l’on doit considérer comme « disponibles » ? Personnellement, je possède l’intégralité des versions papiers de L’art de la guerre (exceptées les originales du Père Amiot, mais parce que je n’ai pas souhaité y mettre le prix). Je les ai toutes achetées par Internet, sans qu’il m’ait été nécessaire de faire de grandes recherches de rat de bibliothèques numériques.

    Enfin, je n’ai pas inclus dans mon comptage initial les versions qui ne se trouvaient qu’en Chine. Or une simple recherche Internet suffit pour les commander en ligne sur un site chinois. Il est même possible de les trouver en France dans les librairies chinoises spécialisées. Dès lors, peuvent-ils réellement être catégorisés comme indisponibles ?

    Ainsi, les distinctions « disponible » / « indisponible » / « épuisé » me paraissent être une survivance de l’ancienne économie, qui n’a aujourd’hui guère plus de sens avec l’avènement du numérique.

  2. Pour répondre à une remarque qui m’a été formulée verbalement, oui j’estime pertinent de comptabiliser différemment les deuxièmes versions que certains traducteurs ont pu réaliser. En effet, les modifications effectuées se révèlent à chaque fois de trop d’importance pour pouvoir être négligées.

    A titre d’exemple, prenons pour chacun des traducteurs concernés une phrase du premier chapitre et observons son évolution :
    • Valérie Niquet :
    1988 : « Saisir l’intérêt de mes plans et s’y conformer, c’est acquérir la puissance qui permettra de se défendre contre l’extérieur. On obtient la puissance en se conformant à mes plans. »
    1999 : « Après avoir estimé les avantages en fonction de ce que vous avez entendu, transformez-les en force pour vous défendre contre l’extérieur. »
    L’exhortation de se conformer aux préceptes de Sun Tzu pour obtenir la puissance disparaît dans la nouvelle traduction.

    • Jean-François Phélizon :
    1999 : « En analysant tous les aspects d’une situation, il est possible de créer une position favorable et un environnement positif. Par position favorable, j’entends la possibilité de prendre l’initiative. »
    2008 : « Après avoir analysé les cinq facteurs clés, il est possible de créer des circonstances favorables. Quand les circonstances deviennent favorables, il faut savoir modifier ses plans. »
    La première version insistait plus sur la nécessité de rechercher l’initiative, tandis que la seconde évoque plutôt la capacité à agir convenablement en réaction à l’adversaire.

    • Jean Lévi :
    2000 : « Cette stratégie gagnante une fois adoptée, encore faut-il créer les conditions qui permettent le recours à des procédés qui sortent de la règle commune ; j’entends par là profiter de la moindre opportunité pour emporter l’avantage. »
    2008 : « Les avantages dégagés par ces supputations une fois reconnus, encore faut-il les concrétiser dans une situation stratégique qui puisse servir au-dehors. J’entends par là profiter de la moindre opportunité pour monter des stratagèmes. »
    La notion de stratagème apparaît beaucoup plus explicitement dans la seconde version.

    • Tang Jialong :
    2004 : « Si, avant le commencement de la bataille, les participants au conseil tenu au temple des ancêtres peuvent prévoir la victoire de façon certaine, c’est parce que les conditions propices à la victoire sont suffisantes. Si, avant le début des hostilités, ils prévoient une défaite, c’est parce que les conditions propices à la victoire ne sont pas réunies. Un plan mûrement établi assure la victoire tandis qu’un plan immature mène à la défaite. »
    2010 : « Celui qui, au cours du Conseil tenu au temple des ancêtres, peut juger exactement les conditions propices à la victoire gagnera. Celui qui ne peut pas le faire perdra. Un plan mûrement établi assure la victoire tandis qu’un plan insuffisamment mûri mène à la défaite. »
    L’idée reste ici la même, seule la formulation change.

    Ainsi, en regard de telles différences, nous avons donc considéré légitime de comptabiliser à chaque fois séparément les deux versions.

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