La Chine en guerre, l’ouvrage pour comprendre la période de Sun Tzu

Un ouvrage de référence sur la Chine antique

Sinologue émérite, traducteur de la plupart (si ce n’est la totalité) des grands traités militaires de la Chine antique, Jean Lévi livre aujourd’hui une synthèse de la pensée militaire chinoise durant la dynastie des Zhou orientaux (qui couvre la période des Printemps et Automnes (-722 à -453) et celle des Royaumes Combattants (-453 à -221)). La Chine en guerre vient en effet de paraitre aux éditions Arkhé, et autant le dire d’emblée, il y a longtemps que nous attendions un tel ouvrage.

Jean Lévi étudie comment le concept de guerre a évolué depuis les premiers temps de la civilisation chinoise jusqu’à l’unification de l’Empire en 221 av. J.-C., passant d’une forme proche de nos guerres en dentelles à une industrialisation de la société cherchant à intégrer la possibilité permanente de conflit armé avec ses voisins. Le livre explore à ce titre en détail le glissement d’une idéologie où la tromperie est bannie car contraire à l’esprit de chevalerie, à celle où cette tromperie est acceptée, et même portée aux nues, car promettant la possibilité d’une victoire sans effusion de sang.

Dans la deuxième partie de l’ouvrage, Jean Lévi montre comment les anciens Chinois – ou du moins les grands textes de cette période qui nous sont parvenus – traitent de la guerre « juste », et de la justification de l’usage de procédés contraires à la morale.

Un glossaire et la présentation de quelques batailles emblématiques (Guiling 354 av. J.-C., Maling 341 av. J.-C. et Changping 260 av. J.-C.) viennent compléter l’étude.

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Sun Tzu sur France Inter

Jean Lebrun questionne Yann Couderc

Sun Tzu et son Art de la guerre ont fait l’objet d’un numéro de La marche de l’histoire, émission diffusée quotidiennement sur France Inter de 13h30 à 14h00.
Yann Couderc était en effet reçu le 10 mai dernier par l’animateur Jean Lebrun pour évoquer le stratège chinois, à grand renfort d’illustrations sonores venant appuyer ou agrémenter les propos échangés.
À titre personnel, nous regrettons la structure décousue de l’interview : les sujets sautaient du coq à l’âne, sans fil directeur. Le titre même de l’émission, Sun Tzu et ses applications, ne correspondait absolument pas aux thèmes traités. Il s’agit cependant là d’un jugement personnel : des personnes ayant écouté l’émission et n’y connaissant rien à Sun Tzu l’ont trouvé fort enrichissante. L’objectif est donc atteint.
L’émission a été diffusée le 10 mai 2018 et est disponible ici.

Source de l’image : photo de l’auteur

L’Art de la guerre, traduit par le père Amiot

La véritable traduction du père Amiot

Une version de L’Art de la guerre traduit par le père Amiot vient de paraitre aux éditions… Amiot ! Quelle différence avec la masse de traductions en vente – ou en accès libre – se réclamant elles aussi du jésuite ?
Les lecteurs assidus de ce blog le savent : la quasi-totalité des versions numériques, et une grande partie des éditions papier, de L’Art de la guerre se revendiquent être des « traductions du père Amiot ». La raison en est que cette version ayant été publiée en 1772 (le père Amiot était un jésuite missionnaire en Chine sous Louis XV), elle est libre de droits. Or, la grande majorité de ces textes ne sont pas réellement du père Amiot, mais relèvent en fait d’un groupe de personnes ayant fait paraitre leur texte en 1971 aux éditions de L’impensé radical. Ce nouveau texte, théoriquement non libre de droits, est relativement éloigné de la traduction qu’avait réalisée le père Amiot, même si l’ayant pris pour base de composition.
Aussi, en réaction à cette erreur massivement diffusée et qui s’auto-entretient (il sort environ une nouvelle édition « du père Amiot » chaque mois), nous avons décidé de publier la véritable traduction du père Amiot. Nous en avons profité pour compléter l’ouvrage de précisions sur l’histoire de cette traduction (qui était le père Amiot ? pourquoi a-t-il traduit ce texte ? comment le traité a-t-il été reçu en France lors de sa sortie ? quelle suite a été donnée à cette traduction ? etc.). Nous avons également fait figurer une étude des divergences du texte livré par le père Amiot avec le véritable traité de Sun Tzu. Enfin, nous dressons un constat des différences existant entre les versions se réclamant du père Amiot (celle de L’impensé radical et celle de Lucien Nachin) et l’original du jésuite.
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L’Art de la guerre de Sun Bin

La première traduction française du traité de Sun Bin (1994)

Nous avons déjà raconté l’épisode de la découverte de la tombe du Yinqueshan en avril 1972. Parmi les rouleaux de bambous qui ont été retrouvés figurait, outre un exemplaire du traité de Sun Tzu, celui de Sun Bin.

L’exemplaire du traité de Sun Bin retrouvé dans la tombe du Yinqueshan était particulièrement endommagé. Seule une partie[1], difficilement déchiffrable, put être récupérée. De nombreux chercheurs se penchèrent sur les restes découverts et tentèrent de reconstituer tout ce qu’il était possible du traité. La première transcription du texte en chinois moderne parut en 1975.

L’exemplaire retrouvé ayant souffert du temps, il ne livre qu’un texte parcellaire. Sa reconstitution reste hypothétique. Aussi, une nouvelle découverte archéologique serait susceptible de fortement modifier le traité tel qu’actuellement rendu public.

La première traduction française de cet exemplaire parut en 1994, réalisée par Tang Jialong[2]. Deux ans plus tard, la sinologue Valérie Niquet, qui avait déjà été la première à traduire Sun Tzu du chinois ancien directement vers le français, livra sa propre traduction[3]. Une troisième sortit en 2011, signée Luo Shenyi[4]. Notons pour finir que de très nombreux passages du traité de Sun Bin sont inclus dans la traduction de Jean Lévi, mis en parallèle avec les propos de Sun Tzu[5].

Nota : A la différence de celui de Sun Tzu, le traité de Sun Bin n’est pas disponible gratuitement sur Internet, celui-ci n’étant pas encore libre de droits, ayant été découvert en 1972, la première traduction française par (Tang Jialong) ne datant que de 1994.

Tout comme avec le traité de Sun Tzu, les spécialistes n’ont pas de certitudes quant à la composition du traité de Sun Bin : certains analystes considèrent qu’il n’est qu’une compilation des enseignements du stratège, recueillie par ses disciples et transcrite peu après sa mort. D’autres pensent qu’un texte de la main de Sun Bin existait, et que le traité qui nous est parvenu serait une version contemporaine, peut-être augmentée de l’enseignement recueilli par les disciples. Les plus sceptiques estiment que le texte pourrait n’être qu’un recueil d’éléments d’origine inconnue qui se serait revendiqué de Sun Bin afin d’être considéré…

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Sun Bin

Sun Bin

À la suite immédiate de la biographie de Sun Tzu, le 65e chapitre des Mémoires historiques de Sima Qian expose celle de Sun Bin. Elle commence en ces termes :

Cent ans après que Sunzi eut expiré vint Sun Bin. Sun Bin naquit dans les environs d’Ajuan et était un descendant de Sun Wu.

(Rappel : Sunzi et Sun Wu sont deux appellations de Sun Tzu.)

Sun Bin serait donc un descendant de Sun Tzu[1]. Sun (孙) est le nom de famille et Bin (膑) signifie « rotule », faisant référence au châtiment qu’il subit après avoir été injustement accusé de crime – on lui ôta les rotules. « Bin » n’est donc pas son véritable prénom, mais celui-ci nous demeure inconnu.

La biographie de Sun Bin par Sima Qian est nettement plus fournie en détails historiques que celle de Sun Tzu. Nous apprenons ainsi les éléments suivants :

Cent ans après la mort de Sun Tzu, Sun Bin naquit dans les environs d’Ajuan. Durant sa jeunesse, Sun Bin étudia la stratégie avec l’un de ses condisciples, Pang Juan. Ce dernier parvint à s’attirer les faveurs du roi de l’État de Wei et fut nommé général. Il demanda alors à Sun Bin de le rejoindre pour le conseiller. Mais Pang Juan se rendit rapidement compte que les talents de Sun Bin, supérieurs aux siens, risquaient de lui porter ombrage. Il prépara un coup monté, faisant accuser Sun Bin d’un méfait dont il n’était pas coupable. Sun Bin fut condamné à avoir son visage tatoué (la punition traditionnelle des criminels) et les rotules enlevées.

Devenu paria, Sun Bin profita du passage dans la région d’un émissaire de l’État de Qi pour lui signifier qu’il pourrait mettre ses talents au service de son royaume. Le messager l’y conduisit clandestinement et le présenta à Tian Ji, général en chef du Qi. Ce dernier accueillit Sun Bin et les deux hommes devinrent amis.

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