Des difficultés du père Amiot à traduire Sun Tzu

Discours préliminaire de l’Art militaire des Chinois, 1772

Une fois n’est pas coutume, nous laisserons dans ce billet parler le père Amiot, qui raconte dans l’introduction de son Art militaire des Chinois paru en 1772 combien fut difficile la traduction du traité de Sun Tzu :

Ce n’est pas sans avoir vaincu bien des obstacles que j’ai conduit [ce travail] à la fin. Le laconisme, l’obscurité, disons mieux, la difficulté des expressions chinoises n’est pas un des moindres ; cent fois rebuté, j’ai abandonné cent fois une entreprise que je croyais être, et qui était en effet au-dessus de mes forces : j’y renonçais entièrement, lorsque le hasard me remit sur les voies, dans le temps même que mes occupations semblaient devoir m’en éloigner d’avantage. Voici, en peu de mots, quelle en a été l’occasion.

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Le professeur Hervé Coutau-Bégarie nous a quittés

Le professeur Hervé Coutau-Bégarie nous a quittés aujourd’hui. Avec lui disparaît un pilier de la recherche stratégique française.

Je ne retracerai pas sa carrière, vous en trouverez les principaux jalons sur Wikipédia et sur stratisc.org, le site de l’Institut de Stratégie Comparée dont il fut le fondateur.

Bien sûr, il disparaît trop tôt : il aurait encore pu encadrer de nombreux chercheurs, les éclairer de ses conseils avisés et de sa parfaite maîtrise du sujet, et s’enrichir de leurs travaux pour nous en faire profiter dans une de ses prochaines publications. Las ! Espérons que le Traité de tactique sur lequel il travaillait depuis longtemps sera rapidement publié, même si inachevé.

Nous garderons à l’esprit l’œuvre immense de l’artisan d’un formidable essor de la pensée stratégique française.

A titre personnel, je n’aurais jamais pu entreprendre mes premières recherches sur Sun Tzu sans les bases qu’il avait jetées, notamment dans son Traité de stratégie.

Alors merci professeur, et bon voyage.

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Le père Amiot, encyclopédiste de la Chine

Le septième tome (sur 15) de l’encyclopédie du monde chinois du père Amiot, contenant Les treize articles

Nous avons rapidement brossé dans le précédent billet la vie du père Amiot, tout premier traducteur de L’art de la guerre hors du monde asiatique. Nous allons nous intéresser ici au colossal travail auquel se livra le jésuite pour faire connaître le monde chinois à la France.

Ce dernier était en effet un lettré et un scientifique, et possédait des connaissances importantes en histoire, littérature, mathématiques, physique et musique. Il a légué au monde un nombre important d’écrits et de correspondances sur des sujets très divers incluant par exemple, la médecine, la philosophie, les sciences astronomiques et les danses rituelles chinoises.

Mais il convient avant toute chose de comprendre que le père Amiot n’était pas un cas isolé : les hommes de science que la Compagnie de Jésus envoyait de France avaient en effet une double mission : prêcher l’Evangile, et concourir, par tous les moyens que pouvait fournir leur position spéciale, à enrichir les sciences et les arts de l’Europe. Nonobstant les incontestables facultés intellectuelles du père Amiot, ce dernier ne s’était donc livré à tous ces travaux, si étrangers à l’exercice strict de son ministère, que par souci de remplir son mandat.

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Qui était le père Amiot ?

La biographie la plus complète du père Amiot, parue en 1915

Joseph-Marie Amiot naquit le 8 février 1718 à Toulon. Fils d’un notaire royal, il effectua à l’issue de ses études classiques, trois ans de philosophie et un an de théologie. A l’âge de 19 ans, il entra au noviciat de la Compagnie de Jésus à Avignon et y resta deux années, se liant à Dieu en 1739. Il poursuivit alors sa formation au collège à Besançon (1739-1742), puis effectua ses humanités à Arles et à Aix (1742-1744). Il apprit ensuite la rhétorique à Nîmes (1744-1745) et la théologie à Dôle (1745-1749), où se développa sa passion pour l’Histoire, les langues et les arts. Ordonné prêtre à 31 ans à la fin de ses quatre années de théologie, il redevint novice pendant un an (1749-1750) à Salins.
Attiré par les peuples « d’au-delà des mers », il fut désigné pour servir en Chine. Le 22 août 1751, âgé de 32 ans, il rejoignait la mission française de Pékin[1]. Il y resta 42 ans, jusqu’à sa mort le 8 octobre 1793.

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De l’imposture des traductions dites «du père Amiot»

Le père Amiot

La traduction du père Amiot, toute première hors du monde asiatique, paraît en 1772. Libre de droits, toutes les éditions de L’art de la guerre à petit prix y recourent. Cette traduction est également celle que l’on trouve dans les différents recueils de textes stratégiques ou en format numérique (Kindle et autres).
Sauf qu’il s’agit d’une tromperie : à l’exception de deux cas particuliers[1], aucun de ces textes n’est réellement celui du père Amiot. Le plus ancien utilisé remonte à 1948, tandis que le plus récent est une composition datant de 2009 !

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La guérilla est-elle suntzéenne ?

L’inévitable rapprochement entre Sun Tzu et guérilla

L’Histoire tend à nous montrer que la guérilla est la forme la plus applicable de la pensée de Sun Tzu. Comment en effet ne pas invoquer des maximes telles : « S’il ne sait où je vais porter l’offensive, l’ennemi est obligé de se défendre sur tous les fronts. Alors qu’il a éparpillé ses forces en de multiples points, je concentre les miennes sur quelques-uns, de sorte que je ne rencontre jamais que de faibles troupes » (chapitre 6). Pourtant, la guérilla n’est qu’une application sélective de L’art de la guerre, car elle bafoue nombre de principes fondamentaux de Sun Tzu.

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Sun Tzu en Amérique latine

L’art de la guerre de Sun Tzu pour la lutte contre les narcotrafiquants, en espagnol uniquement

Les guérillas asiatiques et sud-américaines sont les seules à avoir fait explicitement référence à Sun Tzu. Si l’affaire peut s’entendre en Asie, zone naturelle de diffusion d’un traité chinois, elle est en revanche plus surprenante lorsqu’elle touche un univers culturel aussi différent que celui de l’Amérique latine. Quelle en est donc la raison ?

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